Retour

Une application pour aider les jeunes victimes d'intimidation

Rejoindre les adolescents qui se font intimider là où ils passent beaucoup de temps : sur leur téléphone intelligent. C'est le pari que fait l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal avec la toute première application en français pour aider les jeunes victimes, mais aussi pour documenter le phénomène.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

« Si tu es victime d'intimidation, sache que tu n'es pas seul. Comme toi, de nombreux jeunes ont été victimes et s'en sont bien sortis » : c'est le message rassurant que livre la comédienne Frédérique Dufort dans l'une des vidéos disponibles sur l'application + Fort, lancée officiellement aujourd'hui. 

« Ce qu'on veut, c'est offrir un soutien aux victimes », résume Isabelle Ouellet-Morin, chercheuse à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM), en charge de ce projet en préparation depuis trois ans.

Destiné aux jeunes de 12 à 16 ans, le nouvel outil développé par son équipe vise à expliquer le phénomène, mais aussi à aider les victimes d'intimidation à mieux comprendre leur situation particulière et à leur offrir des stratégies personnalisées.

La dizaine d'applications existantes, essentiellement en anglais, se contentent souvent d'informer sans proposer de solutions, privilégient la dénonciation ou sont destinées aux parents, déplore la professeure adjointe à l'École de criminologie de l'Université de Montréal. Et, contrairement à la sienne, elles ont rarement été validées empiriquement, souligne-t-elle. + Fort a été testée auprès d'une cinquantaine d'élèves de deux écoles du secondaire.

Soutenu financièrement par la Fondation de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal et par le programme Bell cause pour la cause, le projet a rallié des partenaires comme la Commission scolaire de Montréal et la Fondation Jasmin-Roy.

Le problème auquel ils s'attaquent est de taille. Selon une étude rendue publique par l'Institut de la statistique du Québec en 2013, 37 % des élèves du secondaire ont dit avoir été victimes d'intimidation physique ou verbale pendant l'année scolaire.

Et les conséquences sont dévastatrices, notamment sur l'estime de soi. Selon une étude montréalaise, les adolescents victimisés constamment pendant deux années scolaires sont cinq fois plus susceptibles d'avoir des idées suicidaires que leurs pairs. Des chercheurs britanniques ont démontré que les séquelles perdurent, même 40 ans plus tard.

Faire naître l'espoir et libérer la parole

Les chercheurs ont fait appel à Yan England, Frédérique Dufort et Marie-Claude St-Laurent, des comédiens associés à Vrak TV, au joueur des Alouettes de Montréal Jean-Samuel Blanc et à Jasmin Roy, très actif dans la lutte contre l'intimidation. Dans des capsules vidéo, ils abordent des thèmes comme l'intimidation entre filles, l'homophobie, le racisme et la cyberintimidation.

« Lors de nos études préliminaires, une jeune a dit : "lorsque je passais vraiment une mauvaise journée, je revenais à la maison, je passais devant ma mère en gardant le sourire pour ne pas qu'elle voie comment je me sentais, je fermais la porte et je regardais en boucle les vidéos parce que j'avais l'impression que quelqu'un me comprenait et qu'on pouvait s'en sortir " », raconte la chercheuse.

Le réflexe des adolescents, signale-t-elle, est de ne pas en parler, encore moins à un adulte. « Ils ont peur d'être jugés, de voir dans l'oeil de l'adulte la peine, la colère, la tristesse. Ils ne veulent pas gérer les émotions des autres en plus de ce qu'ils vivent ».

La plateforme leur permet aussi de clavarder avec d'autres jeunes de façon anonyme.

L'application peut servir de pont, croit Mme Ouellet-Morin. « Après avoir utilisé l'application pendant quatre semaines, la très grande majorité des jeunes ont brisé le silence, la plupart du temps avec un adulte », indique-t-elle.

Amener les jeunes à tester des solutions

Les adolescents peuvent répondre régulièrement à une dizaine de questions pour identifier les formes d'intimidation qu'ils subissent. À l'aide de graphiques, l'application leur permettra de mieux cerner ce qu'ils vivent, indique Mme Ouellet-Morin.

On leur suggérera une série de stratégies adaptées aux réponses qu'ils auront données parmi la quarantaine recensées dans l'application : en parler à un ami, à un membre de sa famille, trouver une façon de se détendre, demander à l'intimidateur d'arrêter, l'ignorer, etc. Le jeune sera invité à les essayer et à voir lesquelles sont les plus utiles pour lui.

Les victimes d'intimidation ne forment pas un groupe hétérogène, souligne Mme Ouellet-Morin. Le type d'intimidation qu'ils subissent, leur âge, leurs forces et leurs limites jouent pour beaucoup, explique-t-elle.

« Ce sont pourtant des questions de base », fait-elle valoir.

S'ils le veulent, les jeunes pourront d'ailleurs permettre aux chercheurs d'utiliser leurs résultats, de façon anonyme, à des fins de recherche.

Le bilan des tests préliminaires est encourageant, assure Mme Ouellet-Morin. Les expériences d'intimidation ont chuté de moitié après une utilisation de l'application de quatre à six semaines, rapporte-t-elle.

« On veut que les victimes n'utilisent pas l'application longtemps, parce que si ça fonctionne, ils n'ont plus besoin de l'utiliser! », conclut-elle.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un homme sauve un faucon d'une attaque de serpent





Rabais de la semaine