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Une cochère réclame un ménage dans le milieu des calèches à Montréal

Les calèches de Montréal sont de retour dans la rue après la demande d'injonction gagnée par les cochers. Mais le maire Denis Coderre a promis une nouvelle politique du cheval pour cette industrie qui semble en avoir grand besoin. C'est du moins ce que pense une cochère montréalaise bien connue dans le milieu et qui a décidé de se confier.

Un texte de Jean-Sébastien Cloutier

Josée Lapointe a passé sa vie près des chevaux. Elle a son permis de cochère depuis 30 ans et défend bec et ongles leur présence dans les milieux urbains.

Son métier lui a fait vivre toutes sortes d'émotions; des hauts et des bas. Elle admet que le milieu des calèches a besoin d'un ménage et précise que les problèmes ne datent pas d'hier. Elle se souvient d'une rencontre en juillet 2008 avec un fonctionnaire de la Ville. Une rencontre qu'elle attendait depuis longtemps et qui l'a surprise.

« Nous étions allés à la Ville de Montréal afin de formuler une demande pour mieux encadrer l'industrie de la calèche et on s'est fait faire la morale de l'enveloppe 101, si je peux dire. Comment parvenir à nos demandes en bonne et due forme : en donnant de l'argent. Ça semblait irréaliste les mots que cette personne nous disait! » explique-t-elle.

Une deuxième personne qui était présente à ce rendez-vous nous a confirmé la teneur de ces discussions.

La Ville, quant à elle, préfère ne pas commenter. Depuis, Josée Lapointe n'a pas eu d'autres rencontres où on lui a sollicité des dons. Sauf qu'elle en veut à l'administration municipale qui, dit-elle, a toujours fait la sourde oreille à ses demandes répétées pour améliorer la situation des chevaux.

« La Ville nous a carrément ignorés. Parce que depuis 30 ans, si les choses qui sont demandées pour les chevaux avaient été mises en place, on ne parlerait pas de ça aujourd'hui [...] Ce n'est pas sorcier, depuis 30 ans, on demande des points d'ombre, des points d'attache, des points d'eau », ajoute la cochère.

Elle nous parle aussi du manque de connaissances et d'aptitudes de certains cochers, qui n'ont aucune formation obligatoire à suivre.

Et ça cause des problèmes. Elle donne l'exemple d'un cocher qu'un propriétaire de permis est allé recruter à L'Accueil Bonneau il y a quelques années.

« Il lui a demandé s'il voulait travailler : "Viens passer la journée avec moi sur la calèche!" La personne s'est ramassée toute la journée assise sur la calèche. Le lendemain, cette personne-là était dans le Vieux-Montréal aux commandes d'un cheval [...] Le conducteur n'était vraiment pas là, dépourvu de toute connaissance, de formation. Il a accroché une voiture et le cocher a dit : "Moi, j'en ai jusque là, je ne suis plus capable". Il est débarqué. Il n'a pas attaché le cheval, il est parti, on l'a pu jamais revu! » raconte Mme Lapointe.

Des chevaux plus en santé qu'avant, mais...

Josée Lapointe admet qu'aujourd'hui les chevaux sont en meilleure forme et davantage inspectés qu'auparavant. Mais elle ajoute qu'on peut faire mieux.

Elle soutient que Luc Desparois, celui qui exploite la moitié des 24 permis de calèches de la Ville, a une lourde part de responsabilité dans les problèmes actuels de l'industrie.

« C'est un personnage qui a participé à nuire beaucoup à l'image de l'industrie de la calèche et qui a nui aussi beaucoup à l'image de Montréal, dit Josée Lapointe. Maintenant, pourquoi l'administration a laissé aller ça aussi longtemps, c'est la question que beaucoup de gens se posent. »

Luc Desparois, surnommé le Lucky Luc des calèches, a eu maille à partir avec le ministère de l'Agriculture (MAPAQ) et avec la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux dans les dernières années.

Cet hiver, il a d'ailleurs été condamné à une amende de 600 $ par le MAPAQ. Son infraction : avoir « compromis la sécurité et le bien-être de ses animaux en ne s'assurant pas qu'ils soient gardés dans un lieu convenable, salubre, propre, adapté à leurs impératifs biologiques ».

Le mois dernier, Josée Lapointe et son avocate ont adressé une nouvelle plainte au MAPAQ contre Luc Desparois.

« On a constaté qu'il y avait un cheval du nom de King qui appartient à la flotte de chevaux de M. Luc Desparois qui avait des ménoires qui étaient mal ajustées. Donc, qui frottaient sur les flancs de l'animal. On pouvait constater des blessures importantes [...] Le MAPAQ est intervenu encore une fois. Maintenant l'attelage en place est correct, mais c'est encore Lucky Luc qui donne mauvaise presse à l'industrie de la calèche. »

Joint au téléphone, Luc Desparois n'a pas nié les faits, affirmant que ce genre de choses pouvaient arriver dans le métier, que des correctifs avaient été apportés et que nul n'était parfait.

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