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Une consultation des aînés qui rate sa cible, selon deux chercheuses

Deux chercheuses de l'Université Concordia demandent à la Ville de Montréal d'apporter des changements majeurs à son processus de consultation des aînés, jugeant que la démarche exclut d'emblée les personnes qu'elle vise précisément à protéger.

Dans une lettre publique transmise mercredi à la mairesse Valérie Plante, les deux professeures regrettent que les consultations, qui visent à doter Montréal d'un nouveau plan d'action municipal pour les aînés, ne soient pas adaptées aux personnes âgées, surtout les plus vulnérables.

« Force est de constater que le processus de consultation [...] empêchera la participation de nombreux aînés, en particulier celle des plus marginalisés », écrivent Kim Sawchuk, directrice du projet Ageing, Communication, Technologies (ACT), et Shannon Hebblethwaite, directrice d’engAGE, un centre de recherche sur le vieillissement.

Les deux chercheuses soulignent entre autres que les quatre rencontres d'échanges prévues plus tard ce mois-ci sont menées en plein mois de février, « l’un des mois les plus froids et enneigés de l’année », et que le sondage en ligne n'est disponible qu'en version française. Elles proposent donc que les consultations se prolongent jusqu'au printemps.

Mmes Sawchuk et Hebblethwaite font également valoir que ces rencontres auront lieu dans des endroits difficilement accessibles pour les personnes à mobilité réduite. « Trois des quatre sites [dans les arrondissements d'Outremont, de Saint-Laurent et de Saint-Léonard] sont à proximité de stations de métro qui ne sont pas munies d’ascenseur, dénoncent-elles. Le seul emplacement à proximité d’un métro accessible [dans l'arrondissement de Ville-Marie] nécessite une marche de 11 minutes. »

« Les personnes âgées avec qui nous travaillons ont déjà exprimé leurs inquiétudes en rapport à la température et aux conditions des routes qui pourraient compromettre leur participation », précisent-elles.

Les professeures déplorent aussi que le processus se déroule essentiellement en français. Elles citent un rapport datant de 2006 dans lequel le Commissariat aux langues officielles du Canada soulignait que les aînés anglophones de Montréal couraient un plus grand risque d’isolement que les aînés francophones.

« Pourquoi les anglophones et les immigrants sont-ils systématiquement mis à l’écart dans ce processus de consultation? », demandent-elles.

Ce sont 22 % des aînés de l'agglomération montréalaise qui ne comprennent pas le français et 6 % qui ne comprennent ni l'anglais ni le français, selon un portrait des aînés publié en 2015.

L'utilisation d'un sondage en ligne est également décriée. « Les aînés utilisent moins Internet que les plus jeunes », rappellent les chercheuses, soulignant que cette réalité est encore plus criante chez les personnes âgées marginalisées, qui ont un revenu inférieur et dont le niveau d'alphabétisation et de scolarité est plus faible. « Un questionnaire en ligne ne fera que sonder les aînés les plus jeunes, les plus riches et les plus éduqués de Montréal, tout en excluant les opinions de ceux et celles qui comptent parmi les plus âgés, exclus ou isolés de notre ville », estiment-elles.

Selon une enquête de Statistique Canada réalisée en 2017, 19 % des Canadiens de 65 à 74 ans n'avaient pas utilisé Internet au cours du mois précédent. Ce pourcentage montait à 50 % pour ceux de plus de 75 ans.

Représenter la diversité des aînés

Les aînés ont un grand intérêt pour cette consultation, mais bon nombre d'entre eux ne sont pas au courant de son existence, en particulier chez les anglophones, indique Nora Lamontagne, assistante de recherche pour ACT.

La responsable du développement social et communautaire au comité exécutif de la Ville de Montréal, Rosannie Filato, a précisé à CBC qu'une ligne téléphonique bilingue avait été mise en place pour aider les personnes ayant besoin d'aide pour remplir le sondage. « Mais comme nous sommes au Québec, la plus grande partie de l'information est en français », a-t-elle reconnu.

Sur Twitter, le chef de l'opposition officielle à l'hôtel de ville, Lionel Perez, a demandé à l'administration Plante d'ajouter une cinquième rencontre dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce – une proposition appuyée par le conseiller indépendant Marvin Rotrand, qui croit que la question devrait être soulevée lors du prochain conseil municipal, le 19 février, si rien n'est fait d'ici là.

La consultation a été lancée sous l'administration Coderre à l'été 2017. Elle devrait normalement entraîner l'adoption, entre mars et juin prochains, d'un nouveau plan d'action, qui comprendra des mesures à adopter pour offrir des services et des infrastructures mieux adaptées aux besoins des aînés.

Les personnes âgées de 65 ans et plus représentent 17 % de la population montréalaise, selon la Ville.

Montréal répond

Dans un courriel transmis à Radio-Canada, la Ville de Montréal explique que les lieux de consultation ont été sélectionnés en raison du fait qu'ils étaient « situés à proximité des transports en commun et dans divers secteurs du territoire montréalais ».

Si la présentation s'effectuera en français, « avec traduction au besoin », les échanges subséquents pourront s'effectuer dans l'une ou l'autre des deux langues officielles, précise Linda Boutin, du Services des communications.

La Ville indique également que les gens désirant répondre aux questions posées à la population, mais ne disposant pas d'un accès Internet, peuvent passer par une ligne téléphonique pour offrir leur avis ou obtenir de l'aide.

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