Retour

Une douzaine d'offres d'achat pour la Maison de Radio-Canada à Montréal

La direction de Radio-Canada a annoncé, lundi, avoir reçu une douzaine d'offres d'achat pour la vente de ses installations et de son site à Montréal. Elle n'a cependant fourni aucun détail sur l'identité des acheteurs potentiels, mais l'un d'eux a admis avoir soumis une proposition.

Dans un bref communiqué, le diffuseur public précise que cette « première étape du processus de demande de propositions » s'est terminée le 18 mars dernier. La Maison est officiellement en vente depuis le 19 février dernier.

« Au cours des prochaines semaines, CBC/Radio-Canada, en collaboration avec la firme de courtage immobilier Avison Young et Brookfield Financial, procédera à l'analyse des offres d'achat et verra à les arrimer au volet du projet relatif à la modernisation de la MRC », indique-t-il dans le communiqué.

Invoquant la nature « confidentielle et concurrentielle du processus », Radio-Canada ajoute qu'elle ne fournira aucune information additionnelle pour le moment.

Un des promoteurs sort de l'ombre

Le promoteur Philip O'Brien a cependant profité du Forum stratégique sur les grands projets, un événement organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain qui se tient au Palais des congrès de Montréal, pour annoncer, le même jour, qu'il avait déposé une offre d'achat.

Il a qualifié le site d'exceptionnel, à cause de son étendue et de son emplacement. Le vaste terrain compte près de 10 millions de pieds carrés, a-t-il rappelé.

L'unique promoteur à avoir publiquement confirmé son intérêt pour la Maison de Radio-Canada n'a toutefois pas indiqué la vocation qu'il entendrait donner au site. Il n'a pas voulu dire si, par exemple, son projet inclurait des logements.

Il a affirmé n'avoir encore aucune vision particulière pour le site et les installations. « C'est comme la structure interne d'un corps : il y a des os là-dedans et tu mets de la peau par-dessus et des muscles. Mais ça, ça vient après. [Ce qu'il faut], c'est de comprendre, à l'intérieur, comment tu changes ce gigantesque montage de béton et ce que tu peux faire avec. Je n'en ai aucune idée », a-t-il assuré.

M. O'Brien a rappelé que son parcours l'avait souvent porté vers des projets à caractère historique. Il est notamment l'un des partenaires du projet de revitalisation de la gare Viger, à l'angle des rues Berri et Saint-Antoine. Il a été aussi l'instigateur du Centre de commerce mondial, qui a su allier le modernisme à l'architecture du Vieux-Montréal.

La tour de Radio-Canada est d'ailleurs située près du pont Jacques-Cartier et de la gare Viger, près de ce qu'il a appellé la « porte est » vers le Vieux-Montréal.

Le Syndicat des communications de Radio-Canada « consterné »

Dans un communiqué, le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC) s'est dit « consterné » d'avoir appris « par l'entremise des médias » l'existence de la douzaine d'offres d'achat.

Il déplore entre autres que la direction de Radio-Canada n'ait « pas jugé bon d'informer le syndicat à ce sujet » et qu'elle se soit « contentée de diffuser un communiqué laconique bien après qu'un des promoteurs eût fait l'annonce aux médias ».

Le SCRC, qui représente 3200 employés au Québec et à Moncton, demande au gouvernement fédéral de « suspendre toute action liée à la vente de la Maison de Radio-Canada ». Invoquant l'article de la Loi sur la radiodiffusion encadrant notamment l'aliénation d'immeubles, il estime que la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly,  « doit exercer ses prérogatives pour mettre un frein à cette opération avant qu'il ne soit trop tard ».

Une vente contestée

Plusieurs voix, notamment au sein d'organismes communautaires de l'arrondissement de Ville-Marie, se sont élevées pour réclamer le maintien des activités de la Société Radio-Canada à l'emplacement actuel.

Projet Montréal fait partie de ceux qui s'opposent au déménagement. La formation invoque l'accord de développement signé entre la société d'État et la Ville en 2009. Le départ des milliers de travailleurs de Radio-Canada pourrait porter un dur coup au développement du quartier, fait-on valoir.

La semaine dernière, Radio-Canada a affirmé que le sort de l'immeuble n'était pas encore scellé. Le diffuseur disait étudier « toutes les options possibles », y compris « la vente des installations ainsi qu'un déménagement qui pourrait être à l'extérieur du site ou dans un nouvel édifice construit sur le site actuel ».

En février, l'opposition à la vente des installations a amené la direction de Radio-Canada à sortir sur la place publique pour expliquer sa décision. Elle disait devoir aller de l'avant avec la vente de l'immeuble, invoquant notamment la vétusté des lieux.

Selon elle, les installations actuelles « nécessitent des rénovations majeures, qu'elle estime à environ 170 millions de dollars ». Elle argue en outre n'avoir besoin que du tiers des 400 000 pieds carrés de l'immeuble.

Il y a quelques semaines, le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC) a pour sa part dit ne pas comprendre la décision de la direction de « vendre un patrimoine appartenant à tous les Canadiens et Canadiennes » alors que le gouvernement fédéral a a promis de réinjecter de l'argent dans la société d'État dans son prochain budget, qui sera présenté mardi.

Avec les informations de Laurence Niosi

Plus d'articles

Commentaires