Une patiente de 93 ans de l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal affirme avoir été agressée sexuellement par son voisin de chambre.

Un texte de Davide Gentile

Fin mars dernier, Marie-Marguerite Howard est admise à l'Hôpital du Sacré-Coeur dans le nord de Montréal. La nonagénaire doit y être traitée pour une blessure mineure. Mais quelques jours plus tard, on relaie à sa famille une information alarmante.

« Je reçois un texto de mon frère disant qu'il y avait eu agression d'un homme dans sa chambre », raconte sa fille, Diane Howard. Un employé, témoin, décrit un « attouchement sexuel » de la part du voisin de chambre qui a placé son corps sur celui de Mme Howard.

La femme, aphasique, a perdu récemment l'usage de la parole, ce qui rend difficile tout appel à l'aide. Ce « rapport d'incident » indique qu'il n'y aurait eu « aucune » conséquence immédiate. Mais la situation est assez alarmante pour que la direction change Mme Howard de chambre.

« Ils l'ont mise dans un local d'équipement », indique sa fille, Diane Howard. La photo du local obtenue de la famille prouve en effet qu'il ne s'agit pas d'une salle à vocation médicale. « Le seul endroit sécuritaire après l'événement était cette chambre », note la coordonnatrice de la courte durée gériatrique au CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal, Jouhaiyna Zahreddine.

La famille ne comprend pas pourquoi la direction n'a pas plutôt déménagé l'auteur présumé de l'attouchement. « Pourquoi les hôpitaux ne voient pas la problématique des chambres mixtes? » interroge sa petite-fille, Mélissa Leroux. Mais aucune politique ne force les hôpitaux à séparer les hommes des femmes.

Le CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal parle d'un accident et affirme que rien n'indiquait que le voisin de chambre de Mme Howard pouvait avoir pareil comportement. « On n'a pas vu de signes précurseurs qui auraient pu nous pousser à agir différemment pour prévenir ce genre d'événement », affirme Jouhaiyna Zahreddine.

Et l'établissement affirme qu'il était impossible, ce jour-là, d'offrir une chambre privée à Mme Howard. « Idéalement, on aurait un hôpital avec uniquement des chambres privées », lance Mme Zahreddine.

Le vénérable Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, qui est l'un des plus vieux de la province, compte 32 % de chambres privées. Cette situation est loin d'être unique. L'Hôpital Pierre-Boucher à Longueuil, pourtant construit en 1982, ne dispose que 17 % de chambres privées.

À Maisonneuve-Rosemont, ouvert en 1954, il y en a 16 %. La situation est différente dans les établissements plus récents. Au Centre universitaire de santé McGill, 75 % des chambres sont privées. Au CHUM, le dernier-né du réseau québécois, la totalité des chambres sont privées.

Toutefois, la famille pense que Sacré-Coeur aurait pu faire mieux. « Si on n'est pas en sécurité à l'hôpital, où peut-on se sentir en sécurité? », demande Diane Howard.

Le phénomène des agressions sexuelles dans les hôpitaux est réel, mais il n'est pas chiffré avec précision par le réseau de la santé.

Le registre des accidents en santé regroupe les incidents à caractère sexuel dans une vaste catégorie, y compris les incidents d'abus, d'agression, de harcèlement ou d'intimidation. Ce chiffre est passé de 12 400 à 14 000 entre 2014-2015 et 2016-2017, une hausse de 12 % pour l'ensemble des établissements du réseau de la santé québécois.

Le Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU) demande que le réseau de la santé classe les agressions sexuelles dans une catégorie statistique distincte. Le président du conseil d'administration du RPCU, Claude Ménard, pense que la dénonciation des abus à caractère sexuel dans le réseau est délicate. « On n'est simplement pas portés à divulguer ça dans les hôpitaux », pense-t-il.

La famille de Mme Howard a signalé l'événement aux policiers qui ont recueilli sa déclaration.

Une dénonciation aurait été faite au commissaire aux plaintes de l'établissement. « À l'hôpital, quand on a été la chercher, elle s'est tout de suite mise à pleurer », indique Mélissa Leroux.

En entendant sa petite-fille rappeler l'affaire, des larmes montent aux yeux de la femme de 93 ans. « On veut parler publiquement pour peut-être changer les choses dans les hôpitaux. Et éviter que ça ne se reproduise », affirme Mélissa Leroux.

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