Le professeur d'histoire originaire de Kahnawake Michael Rice n'est pas du tout d'accord avec la modification que la Banque de Montréal souhaite apporter à une plaque patrimoniale située dans le Vieux-Montréal à la suite d'une plainte qu'il a déposée. Il souhaite une solution plus complète.

Un texte de Yannick Donahue

À la source du problème : une phrase écrite sur une plaque commémorative bien en vue sur la rue Saint-Jacques, où circulent bon nombre de citoyens et de touristes.

On peut y lire : « À proximité de cette place à laquelle l’on donna par la suite le nom de place d’Armes, les fondateurs de Ville-Marie affrontèrent les Iroquois qui furent vaincus. Au cours de la bataille, en mars 1644, Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, tua le chef indien de ses propres mains. »

La controversée plaque est fixée au mur de l’édifice Royal Trust, sur la place d’Armes, où trône le Monument à Maisonneuve qui rend hommage au premier gouverneur de Montréal.

Or, la Banque de Montréal, qui occupe des bureaux dans l'édifice Royal Trust, a entrepris des démarches pour retirer le passage qui concerne le meurtre du chef indien.

Une plainte

Michael Rice dit avoir deux problèmes avec la plaque qui accompagne le Monument à Maisonneuve.

En entrevue à CBC News, il souligne qu’elle célèbre le meurtre d'un chef iroquois et qu'elle fait abstraction de la question des droits territoriaux. Il signale qu’il n’y a aucune mention du fait que les Premières Nations occupaient ce territoire bien avant la venue du sieur de Maisonneuve.

M. Rice explique que les informations écrites sur la plaque manquent de contexte historique et que la perspective autochtone a été ignorée. Il faudrait selon lui ajouter une seconde plaque présentant le point de vue des Autochtones.

De plus, il doute de la véracité des informations inscrites sur la plaque. Il ne croit pas que Paul de Chomedey ait pu tuer le chef indien de ses propres mains.

« Si vous allez voir le monument à la place d’Armes, là où il y a une fontaine, on le représente en train de le tirer à la tête avec une arme à feu à courte distance », fait-il valoir.

Une reconnaissance

Marie-Ève Bordeleau, commissaire des relations avec les Peuples autochtones à la Ville de Montréal, croit elle aussi qu'il faut présenter la perspective autochtone.

« Ce n’est pas en déboulonnant la statue de Maisonneuve que nous procéderons à la réconciliation, mais en ajoutant des références culturelles et historiques à la contribution des peuples autochtones à la vie montréalaise », a-t-elle déclaré dans un courriel transmis à Radio-Canada.

Un message haineux

Des organismes autochtones du Grand Montréal disent éprouver un malaise avec l’inscription écrite sur la plaque.

Nakuset, directrice du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, se réjouit de l'intention de la Banque de Montréal d’effacer la mention du meurtre du chef indien. Or, elle irait encore plus loin. « Enlevez la plaque, enlevez-là », déclare-t-elle. Selon elle, cette inscription est « insultante pour les Premières Nations » et elle envoie un « message de haine » à ceux qui la lisent.

Elle mentionne avoir demandé il y a deux ans à la Ville de Montréal de retirer l’inscription dans le cadre du mouvement de réconciliation et de la préparation des festivités entourant le 375e anniversaire de Montréal.

Elle se désole qu'elle soit encore là et dit constater que l’administration municipale n’entend pas les demandes des représentants des Premières Nations.

Elle précise que la statue peut rester, mais que l’écriteau doit absolument disparaître. « Ce n’est pas comme cela que nous parviendrons à la réconciliation », fait-elle valoir.

De mauvais goût

Présence autochtone considère aussi qu’un changement doit s’opérer.

« La plaque est de mauvais goût. L’enlever ne me pose pas de problème. Mais on pourrait poser un geste alternatif », affirme André Dudemaine, directeur du festival Présence autochtone, en entrevue à Radio-Canada.

Il reconnaît que Paul de Chomedey est un personnage important dans l’histoire de Montréal, mais il apporte des nuances importantes.

Il insiste pour dire que « personne ne réclame de faire tomber le monument », mais il se questionne sur le fait de célébrer un conflit entre nations. « Peut-être y a-t-il mieux que de commémorer un acte guerrier », lance-t-il.

L’homme préférerait que l’on parle par exemple des gestes et décisions du chef Kondiaronk, qui fut l’architecte, souligne-t-il, de la paix de 1701. D’autant plus que le leader autochtone repose sous la place d’Armes. Il mérite d’être nommé, connu et reconnu, d'après M. Dudemaine.

André Dudemaine estime qu’il est temps de « revaloriser le patrimoine et la mémoire autochtone » par des actions significatives des gouvernements.

Une visibilité pour les Autochtones

Le directeur général de Montréal autochtone, Philippe Meilleur, souhaite depuis longtemps que plusieurs lieux de Montréal soient « autochtonisés ».

Il indiquait en octobre 2017 qu’une promenade dans les divers quartiers de Montréal ne permet pas de mesurer à sa juste valeur la présence des Premières Nations.

Philippe Meilleur milite pour l’élaboration d’un guide de design autochtone en collaboration avec le Bureau du design de Montréal.

Il croit que les différents gouvernements ont leur rôle à jouer pour accroître la visibilité de l’apport des communautés autochtones dans la sphère publique.

M. Meilleur cite en exemple la ville de Vancouver : « Dès l’arrivée, à l’aéroport, on a des artefacts culturels. En sortant, il y a des centres culturels, il y a différents lieux qui ont été ''autochtonisés''. Et même sur les affiches, sur les autoroutes, on va retrouver de l’art autochtone. »

Un virage

Avant la création du poste de commissaire des relations avec les peuples autochtones, la Ville de Montréal avait déjà enclenché un processus visant à reconnaître l'apport des Autochtones à l'histoire de la métropole.

En septembre 2017, l’administration Coderre présentait les nouvelles armoiries de Montréal, où figure désormais un pin blanc qui illustre la présence autochtone ancestrale sur le territoire de la ville.

Toujours en septembre 2017, l’ex-maire de Montréal rendait publique son intention de rebaptiser la rue Amherst, nommée en hommage au général Jeffery Amherst qui, selon Denis Coderre, voulait « exterminer les Autochtones ». La Commission de toponymie étudie le dossier.

Avec la collaboration d'Anouk Lebel

Plus d'articles