Geneviève Richard se présente en serrant délicatement la main de son interlocuteur et incline même légèrement la tête. Un peu plus et on aurait droit à un « hajimemashite », la salutation d'usage quand on rencontre quelqu'un au Japon. La gardienne de but vient de quitter le pays du Soleil levant, et un tout autre contexte l'attend dans le prochain chapitre de sa carrière : elle a signé un contrat avec le prestigieux Olympique de Marseille (OM).

Un texte d’Olivier Tremblay

La vie nippone de Geneviève Richard aura été agréable, mais l’occasion était trop belle. Lorsque la gardienne titulaire de l’OM, Pauline Peyraud-Magnin, rentre à l’Olympique lyonnais au début de juillet, le club phocéen se met à la recherche d’une nouvelle recrue.

L’agence High Performance Talent Pool, à Ottawa, lui lance le nom de la Canadienne.

« Mon club au Japon a reçu une offre de Marseille, et on m’a contactée pour me demander si ça m’intéressait, raconte Richard en entrevue à Radio-Canada Sports. Bien évidemment, je n’ai pas hésité à accepter l’offre. »

L’entente se conclut rapidement. Après un peu plus de deux ans d’association, le club Nojima Stella libère Richard avant la fin de son contrat, en plein championnat.

Jeudi, la gardienne de 24 ans arrivera à Marseille, après quelques jours chez ses proches qu’elle n’avait pas vus depuis belle lurette. Ses ambitions sont claires.

« Je veux gagner, dit-elle tout simplement. Au niveau professionnel, les résultats comptent. Qui ne voudrait pas gagner contre l’Olympique lyonnais, le Paris-Saint-Germain et Montpellier? Qui ne voudrait pas les surprendre? »

En 2016-2017, à sa première saison dans l’élite depuis les années 1980, l’OM s’est classé au 4e rang derrière Montpellier, le Paris-Saint-Germain et Lyon, qui a gagné un 11e championnat de suite en s’appuyant sur le noyau de l’équipe nationale française.

« Mais personnellement, j’adore les défis, souligne Richard. J’aime affronter de bonnes joueuses dans des matchs difficiles. Parfois, dans une carrière d’athlète, les meilleurs matchs sont ceux qu’on perd. Idéalement, on veut gagner un bon match, mais une compétition se joue sur de petits coups de chance ou de petites erreurs. On ne sait jamais ce qui peut arriver. Je garde espoir. »

De Saint-Bruno au grand Tokyo

Rien n’indiquait pourtant que Richard, née à Saint-Bruno-de-Montarville en 1992, se targuerait d’une telle feuille de route à son âge. Lorsqu’elle se remémore ses aptitudes au secondaire, elle éclate de rire. Elle vient cependant d’une famille de sportifs. Son frère Hugo est le quart-arrière du Rouge et Or de l’Université Laval.

Son université, c’est celle du Wisconsin, où elle joue trois saisons avant de se dénicher du travail en banlieue de Tokyo. C’est un deuxième séjour en terre japonaise; elle s’y était retrouvée en 2012 pour la Coupe du monde U-20 avec le Canada sans vraiment prendre le pouls de sa culture.

« Je n’ai eu aucune hésitation à aller au Japon, car au niveau international, elles sont dominantes avec leur propre style de jeu, précise-t-elle en rappelant la victoire nippone en Coupe du monde de 2011. Il y avait quelque chose à apprendre. Ça m’a permis d’améliorer ma vitesse, mon agilité. J’ai pu m’adapter à un autre style, et cette expérience m’a aidée. »

C’est une expérience qui se distingue de celles de ses consœurs nord-américaines, qui choisissent les États-Unis, l’Europe, voire l’Australie.

Elle a cependant appris la langue – jusqu’au niveau intermédiaire, dit-elle – et découvert une culture qui lui a inculqué une discipline de fer.

« En lisant un peu, j’ai compris que dans l’étude des signes chinois, il faut être très détaillé pour que le signe soit clair et facile à lire, explique Richard. La discipline de la culture vient aussi de l’apprentissage de l’écriture. Il faut être très soigné et détaillé dans son travail. Il faut donner le meilleur de soi-même en tout temps. L’excellence est un standard. »

L’équipe nationale dans le viseur

Les occasions de revenir au Canada sont rares, mais le mal du pays ne se fait pas trop sentir. Geneviève Richard s’est engagée pour plus d’une saison avec Marseille, où la structure l’a charmée.

Si les Américaines, d’abord, ont dicté le rythme sur la scène internationale, l’Europe s’est approprié le soccer féminin en utilisant efficacement les processus en place.

« Quand on débarque en France, le foot est partout, assure Richard. Prenons l’exemple de Marseille : le club a été fondé à la fin des années 1800. On parle d’une grande histoire par rapport à l’Amérique du Nord. C’est difficile de comparer les deux, mais la structure du football en France et en Europe a été mise en place il y a longtemps. Les clubs masculins ont de gros budgets qui permettent d’investir du côté féminin. »

L’Olympique de Marseille, avec son propriétaire américain Frank McCourt – anciennement des Dodgers de Los Angeles –, veut revenir parmi les grands après quelques saisons sous la moyenne. Cette ambition, assure Richard, se projette aussi dans le volet féminin.

Mais par-dessus tout, l’OM offre à sa nouvelle gardienne une visibilité qu’elle n’avait pas au Japon. Cela, espère-t-elle, lui permettra d’enfin recevoir une convocation de l’équipe nationale canadienne senior après deux Coupes du monde chez les jeunes.

« J’ai toujours aimé représenter mon pays, affirme-t-elle. C’est encore un rêve de le représenter chez les seniors. C’est important de me concentrer sur ce que je peux contrôler : ma performance et ma constance. Avec Marseille, j’aurai beaucoup de visibilité, et les gens du Québec auront plus de facilité à me suivre.

« Ensuite, en 2019, il y a la Coupe du monde en France. Puis, en 2020, les Jeux olympiques à Tokyo. »

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