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Une résidence pour aînés de Laval fait craindre le pire aux pompiers

Québec s'apprête à révoquer la certification de conformité du Manoir Chomedey. Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval et le service d'incendie de la ville estiment que la résidence n'est pas sécuritaire pour les résidents en cas d'incendie.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

« Malheureusement, il reste encore des propriétaires négligents qui n'ont pas retenu de leçons de l'incendie de l'Îsle-Verte », affirme André St-Hilaire, du Service d'incendie de Laval.

Depuis plusieurs années, les pompiers de Laval et le réseau de la santé font pression sur le propriétaire de l'immeuble - un homme d'affaires de Toronto, Adel Kirloss - pour qu'il améliore la sécurité incendie de sa résidence où vivent 150 personnes âgées, dont plusieurs en perte d'autonomie et de mobilité.

« On peut dire que le propriétaire ne met pas la sécurité incendie à l'avant-plan de ses priorités et n'a pas choisi de faire les investissements nécessaires pour améliorer la sécurité de ses résidents », avance M. St-Hilaire.

Il ajoute que le propriétaire « a toujours fait des promesses [...] d'améliorer les systèmes et la formation du personnel [...], de faire des plans avec un architecte, de faire venir un ingénieur [...], mais finalement il n'a jamais donné suite à aucun de ses engagements ».

La situation est telle que le CISSS de Laval va déménager en juin les 36 résidents les plus vulnérables, qu'il avait placés au Manoir Chomedey en raison de leur perte de mobilité et d'autonomie, vers une autre résidence parce qu'il estime que les risques liés aux incendies sont trop importants. On ignore ce qu'il adviendra de l'immeuble et des 110 autres résidents.

Pas d'exercice d'incendie ni de plan satisfaisant

Le CISSS appuie ses décisions sur les rapports d'inspection du Service de sécurité incendie de Laval, selon lesquels il n'y a pas eu d'exercice d'incendie au Manoir Chomedey depuis quatre ans. Il n'y a pas non plus de plan de sécurité incendie satisfaisant.

Presque chaque fois que les pompiers se sont rendus sur place, ils ont constaté que les employés ignoraient quoi faire en cas de feu, alors que plus de la moitié des résidents sont en perte de mobilité.

Il ajoute que « la stratégie d'évacuation qu'a choisie le propriétaire, c'est d'évacuer tous les gens à l'extérieur en un temps de huit minutes, alors qu'on parle de 150 personnes âgées réparties sur six étages. Et parmi ces personnes-là, il y en a plusieurs qui sont en difficulté de mobilité, donc c'est évident que ça ne peut pas fonctionner. »

« Il y a eu un début d'incendie en octobre 2015. À l'arrivée des pompiers, c'était complètement désorganisé au niveau de l'évacuation. Il y a eu un délai avant que les pompiers soient avisés de l'incendie On a dit : "il faut faire quelque chose parce que ça fonctionne plus." C'est ça qui a été la dernière sonnette d'alarme. »

Des installations non conformes

Lors de la dernière inspection de la résidence, l'automne dernier, les pompiers de Laval ont relevé 18 pages d'infraction. On peut lire dans le document dont nous obtenu copie que :

  • des avertisseurs de fumée sont manquants, défectueux ou ont plus de 10 ans dans certains logements;
  • l'issue de la salle commune du sous-sol et de la salle à manger donnait dans un espace clôturé et verrouillé;
  • les séparations coupe-feu n'étaient pas conformes;
  • un plan de sécurité incendie complet et conforme doit être rendu disponible.

On peut également lire dans le rapport qu'il « serait dans le plus grand bien, pour la sécurité des occupants, de faire la correction des anomalies mentionnées précédemment dans ce rapport ».

Depuis, on nous dit que certains travaux d'amélioration auraient été réalisés par le propriétaire. Mais ces travaux semblent, de toute évidence, insuffisants aux yeux des autorités. « Il fallait que le ministère de la Santé finisse par prendre une décision, croit André St-Hilaire du service d'incendie de Laval. Est-ce qu'on continue de tolérer des années jusqu'à tant qu'il arrive un drame? Ou on agit maintenant? »

Nous avons tenté de joindre le propriétaire et il n'a toujours pas retourné nos appels. Le propriétaire du Manoir Chomedey dispose de 60 jours pour contester la décision de Québec.

Il faut cependant mentionner que le contexte de cette résidence de Laval est bien différent de celui de l'Isle-Verte. L'immeuble est construit en briques et la Ville de Laval possède un service de pompier permanent, contrairement à la municipalité de l'Isle-Verte.

Le service de prévention incendie de Laval réalise annuellement une inspection de chacune des 50 résidences pour personnes âgées de la Ville ainsi qu'un exercice d'évacuation.

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