Retour

Vers une consultation sur le racisme et la discrimination à Montréal

Souhaitant que la Ville de Montréal revoie en profondeur ses politiques afin d'être davantage « inclusive », un groupe de citoyens est sur le point d'obtenir les 15 000 signatures de résidents de la métropole nécessaires pour lancer une consultation publique sur le racisme systémique et la discrimination.

Un texte de Romain Schué

Depuis le 1er mai, date officielle de lancement de cette pétition, Balarama Holness arpente les rues montréalaises, patiente devant les universités, circule au cœur des festivals et de tous les événements organisés dans la métropole, en compagnie d’une petite dizaine de personnes.

L’ancien joueur des Alouettes, candidat défait à la mairie de Montréal-Nord l’automne dernier sous les couleurs de Projet Montréal, s’est fixé un défi : « créer un dialogue officiel sur les enjeux et les solutions à apporter à Montréal ».

Pour y arriver, il a élaboré cette pétition, avec le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), qui doit recueillir 15 000 signatures en 90 jours. La Ville sera alors dans l’obligation de lancer une consultation publique. Et cet objectif est presque atteint.

Alors que cette pétition doit être remise aux instances de la Ville d’ici le 29 juillet, Balarama Holness et le CRARR affirment avoir récolté près de 14 000 signatures.

« Un mouvement avec beaucoup d’énergie s’est créé. On sent que les gens veulent faire bouger les choses », soutient Balarama Holness, qui avait vivement critiqué, fin 2017, le manque de diversité au sein des instances municipales.

Pour « l'équité »

Depuis ce printemps, l’étudiant en droit à l’université McGill, qui prône « l'équité », a temporairement mis de côté ses objectifs scolaires. « C’est un full time job  », clame-t-il, mentionnant travailler « 24 heures sur 24 » sur ce sujet.

« Il faut être sur le terrain et on est une petite organisation. Récolter des signatures, ça demande du temps », reprend celui qui a lancé un mouvement intitulé Montréal en action.

« La réaction est très favorable, on parle avec des personnes de toutes les origines, de toutes les communautés, souligne Fo Niemi, directeur du CRARR. Ce sujet touche les gens, car il y a beaucoup d’inégalités sociales, économiques et de la discrimination. »

Selon ce dernier, l’histoire d’un conducteur aspergé de poivre de Cayenne par un policier, dans les rues montréalaises, a notamment « permis à notre pétition de faire un bond ».

Plus de diversité

Que réclame concrètement ce groupe de citoyens?

Ils souhaitent notamment une meilleure représentativité au sein des effectifs de services de la Ville de Montréal.

« Mais on ne veut pas simplement un changement visuel, rappelle Fo Niemi. Il faut un changement de politique et de pratiques institutionnelles. On doit inclure tout le monde, avoir une conception inclusive ».

Pour Balarama Holness, qui aimerait que la Ville oblige ses fournisseurs à embaucher davantage de personnes issues de la diversité, « il faut des politiques et des plans d’action ».

« L’une des grandes choses que j’ai apprises ces dernières semaines, c’est que les citoyens ont une idée de ce qu’est un Montréal d’inclusion, un Montréal multiculturel. Mais tout ça est très différent de ce qu’il se passe à l’hôtel de ville, clame-t-il. Il y a un océan de divergence. »

La Ville promet « des mesures concrètes »

Saluant la mobilisation citoyenne pour ce sujet « très important », le cabinet de la mairesse Valérie Plante assure que l’administration municipale « n’a pas attendu pour passer à l’action ».

Rappelant la création, en mars, de la Table sur la diversité, l'inclusion et la lutte contre les discriminations, qui comprend 15 personnes, la Ville soutient qu’elle accueillera positivement cette consultation qui serait menée par l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), mais qu’elle « favorise la mise en œuvre » des différentes recommandations émises ces dernières années.

En septembre 2017, deux commissions municipales, composées d’élus, avaient émis 31 pistes de solutions afin de lutter contre le profilage racial.

« La mission de cette table n'est pas de faire un nouveau rapport, mais de voir comment mettre en place ces recommandations, comment les mettre en œuvre », précise Youssef Amane, porte-parole du comité exécutif.

Du côté de l’opposition, le dépôt de cette pétition, qui permettra d’aborder « le vivre ensemble », est salué. « Elle offrira une tribune pour aborder un dossier qui touche des milliers de Montréalais. J’espère que l’administration de Valérie Plante fera rapidement un suivi », assure le conseiller Frantz Benjamin, membre d’Ensemble Montréal.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Un grand danois se baigne pour la première fois





Rabais de la semaine