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Vladimir Guerrero, le dernier joueur des Expos au Temple de la renommée

La dernière grande vedette de l'histoire des Expos fera son entrée au Temple de la renommée. Les membres de l'Association des chroniqueurs de baseball d'Amérique ont approuvé l'admission de Vladimir Guerrero, de même que celles de Chipper Jones, Jim Thome et Trevor Hoffman.

Un texte de Sébastien Desrosiers

Guerrero est ainsi devenu le troisième Dominicain à être admis au panthéon à sa deuxième année d'admissibilité.

L'ex-voltigeur des Expos, des Angels de Los Angeles, des Rangers du Texas et des Orioles de Baltimore a rejoint ses compatriotes Juan Marichal et Pedro Martinez à Cooperstown.

Guerrero a obtenu 92,9 % des voix, soit 392 votes sur 422 bulletins. Un minimum de 75 % (317 votes) était nécessaire pour être admis. En 2017, il avait raté son intronisation par 15 voix seulement.

Il sera intronisé le 29 juillet prochain, en compagnie de Chipper Jones, Jim Thome, tous deux élus à leur première année d'admissibilité, et de Trevor Hoffman. Jack Morris et Alan Trammell ont quant à eux été élus par le comité des vétérans il y a un mois.

En 16 saisons dans les majeures, le natif de Nizao a frappé 2590 coups sûrs, dont 477 doubles et 449 circuits, pour une moyenne au bâton de ,318. En plus de produire 1496 points, Guerrero n'a été retiré que 985 fois sur des prises et n'a jamais connu une saison de plus de 95 retraits au bâton, un fait d'armes chez les frappeurs de puissance, d'autant plus quand on se rappelle son style débridé.

Joueur par excellence de l'Américaine à sa première saison avec les Angels en 2004, Guerrero a gagné huit Batôns d'argent et a été élu neuf fois au sein de l'équipe d'étoiles. Quatre fois il a terminé parmi les quatre premiers au scrutin du joueur par excellence.

« C'était un joueur qui n'avait pas de limites, se souvient le chroniqueur Serge Touchette, qui a couvert les Expos de Montréal de 1975 jusqu’à leur départ en 2004. Je dirais qu’il a été parmi les deux ou trois meilleurs joueurs de son époque. »

Les Expos l’ont trouvé « dans un champ de patate »

L’intronisation de Vladimir Guerrero au Temple de la renommée tient du miracle ou presque.

« C’est un gars qu’ils ont trouvé quasiment dans un champ de patate en République dominicaine. Un dépisteur l’avait débusqué quelque part, on ne sait pas trop où », se rappelle Serge Touchette.

En fait, le jeune homme, né à Nizao, a grandi dans une maison sans eau courante ni électricité. La pauvreté l’a forcé à abandonner l’école après la cinquième année pour trouver du travail.

Des années plus tard, après l’avoir vu à l’œuvre, le gérant des Expos à l’époque, Felipe Alou, avait dit avoir trouvé la perle rare.

« Il ne s’est pas trompé », lance Serge Touchette.

Dès sa deuxième saison, Vladimir Guerrero a frappé 38 longues balles. À ce jour, il détient plusieurs records de la franchise montréalaise : plus grand nombre de circuits en une saison (44), plus de points produits en une saison (131), plus grand nombre de matchs consécutifs avec un coup sûr (31).

« Pendant les premières années, il avait l’air d’un cheval sauvage sur le terrain, c’était incroyable de le voir jouer, raconte Serge Touchette. Il fonçait dans les clôtures, il essayait même de les grimper pour capter des balles. Et puis il avait un bras bazooka. Parmi les plus puissants que j’ai vus tout au long de ma carrière. »

« Je l’ai déjà vu frapper un circuit sur une balle qui a touché le sol, ajoute-t-il. Il s’élançait sur carrément n’importe quoi. Il n'y a pas un lancer qu’il n’a pas aimé au cours de sa carrière. »

Le choix de la casquette

Après son départ de Montréal en 2004, « Vlad » a disputé six saisons dans l’uniforme des Angels de Los Angeles, une dans l’uniforme des Rangers du Texas, avec qui il a atteint la Série mondiale, et une avec les Orioles de Baltimore.

Le choix de la casquette avec laquelle un joueur est intronisé revient d’abord aux membres du Temple de la renommée. Ils tentent de déterminer où le joueur a laissé sa marque la plus indélébile. Si l'on se fie à sa page biographique sur le site du Temple, c'est toutefois comme premier porte-couleurs des Angels d'Anaheim qu'il serait admis à Cooperstown. Mais le principal intéressé n'a pas voulu dévoiler son choix mercredi, réservant cette annonce pour la conférence de presse officielle de jeudi après-midi.

« [Mercredi] soir, je vais célébrer cette intronisation, a-t-il dit au cours d'une conférence téléphonique, par l'entremise d'un traducteur. Je suis très reconnaissant envers toutes les équipes pour lesquelles j'ai joué. Elles ont toutes apporté quelque chose à ma vie. Mais là, je vais fêter le fait que je suis membre du Temple de la renommée. »

« Ils ne m’enlèveront jamais ça de l’idée que Vladimir Guerrero, c’est un Expo d’abord, un Angels ensuite, affirme Serge Touchette. Il a grandi dans l’organisation des Expos, il a été découvert par les Expos, il a été développé par les Expos et il a passé plus de temps dans l’uniforme des Expos que dans celui des Angels. »

Appelé à expliquer comment il compte arrêter son choix, Guerrero a admis que ce serait un processus difficile.

« Elles représentent toutes beaucoup pour moi. Que ce soit Montréal, mon premier club, ou les Angels, où immédiatement j'ai goûté à la victoire, ou encore les Rangers, avec qui j'ai atteint la Série mondiale, ou encore les Orioles, qui m'ont permis de demeurer dans le baseball. Je n'ai pas encore déterminé tous les facteurs que j'évaluerai pour prendre ma décision, mais je devrai bien y penser. »

À l'heure actuelle, trois joueurs portent la casquette des « nos Amours » au Temple de la renommée, soient Gary Carter, Andre Dawson et Tim Raines.

De ses 16 campagnes au baseball majeur, Guerrero en a passé huit à Montréal, dont près de six sous les ordres de Felipe Alou.

« Je suis très reconnaissant envers les Expos, car après que quelques équipes eurent décidé de passer leur tour, ce sont eux qui m'ont donné ma première chance, a-t-il souligné. J'ai été très chanceux d'avoir un gérant comme Felipe à mes premières années dans les majeures. Je me rappelle particulièrement qu'il m'avait bien averti d'arriver tôt au stade et d'effectuer le travail que j'avais à faire! »

« Je me rappellerai toujours l'accueil que j'ai reçu à mon premier rappel à Montréal, après avoir gagné le titre de joueur par excellence au niveau AA, a-t-il poursuivi. Je n'oublierai jamais à quel point les partisans souhaitaient me voir, alors que je n'étais pas un partant à ce moment-là. Et je me souviendrai toujours de mon premier circuit dans les majeures, face à Mark Wohlers, un releveur no 1 établi [...] Je serai toujours reconnaissant envers Montréal. »

Jones avec 97,2 % de votes

Chipper Jones, qui a obtenu 410 votes sur 422 bulletins, a passé ses 19 saisons dans les majeures avec les Braves d'Atlanta. Joueur par excellence de la Nationale en 1999, il a gagné la Série mondiale en 1995, a été élu huit fois dans l'équipe d'étoiles, a remporté un championnat des frappeurs en 2008 avec une moyenne de ,364, ainsi que deux Bâtons d'argent.

Auteur de 2726 coups sûrs, dont 468 circuits, Jones a produit 1623 points et a conclu sa carrière avec une moyenne de ,303. Il retrouve au Temple ses coéquipiers John Smoltz, Greg Maddux et Tom Glavine, son gérant Bobby Cox, ainsi que son directeur général John Schuerholz.

Jim Thome, dont le nom s'est retrouvé sur 89,8 % des bulletins (379 votes), a passé 22 ans dans le baseball majeur avec les Indians de Cleveland, les Phillies de Philadelphie, les White Sox de Chicago, les Twins du Minnesota, les Dodgers et les Orioles. Il a conclu sa carrière avec 612 circuits, ce qui lui confère le 8e rang de tous les temps.

En 2543 rencontres, il a frappé 2328 coups sûrs pour une moyenne de ,276.

Hoffman a été l'un des plus grands releveurs de tous les temps. Avec ses 601 sauvetages, il arrive au 2e rang à ce chapitre, derrière les 652 de Mariano Rivera, qui devrait être élu à sa première année d'admissibilité l'an prochain.

Rivera et lui sont les deux seuls à avoir dépassé la marque des 600 sauvetages.

Il a passé 16 de ses 18 saisons avec les Padres de San Diego, où il a récolté 552 de ses sauvetages. Il a montré une moyenne de points mérités de 2,87 dans sa carrière, au cours de laquelle il n'a jamais amorcé un match, mais en a conclu 856.

Hoffman a vu son nom être inscrit sur 337 bulletins, pour 79,9 % des voix.

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