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Voir un médecin en quelques minutes grâce à une application montréalaise

Mardi, 7 h 30, vous vous réveillez congestionné, faible et fiévreux. Trop tard pour vous rendre à une clinique sans rendez-vous. À court de recours? Peut-être pas si votre employeur fait affaire avec la jeune pousse montréalaise Dialogue, qui promet une consultation virtuelle avec un médecin dans la journée.

Cette entreprise spécialisée dans la télémédecine est en pleine expansion et elle prévoit même offrir ses services dans toutes les provinces canadiennes d’ici la fin de l’année. Son secret? Proposer une solution simple à un besoin criant, soit celui d’avoir accès à un médecin facilement et rapidement.

« On promet une consultation vidéo avec un médecin dans la journée, mais, souvent, c’est beaucoup plus rapide que ça, c’est dans quelques minutes », explique Cherif Habib, cofondateur de Dialogue.

L’aventure de Dialogue a débuté en octobre 2016 grâce au flair de quatre entrepreneurs québécois, dont Cherif Habib, qui a évolué dans le domaine des technologies de la santé avec sa précédente entreprise, EMcision. En à peine six mois, Dialogue s’est installée dans quatre provinces canadiennes et compte déjà 21 employés à temps plein, en plus de collaborer avec une cinquantaine de professionnels de la santé.

Réduire l’absentéisme au travail

L’innovation proposée par Dialogue réside dans sa plateforme en ligne et son application mobile, qui permettent de mettre en contact des patients et des professionnels de la santé. Le service est vendu à des entreprises, qui peuvent ensuite l’offrir de façon illimitée à leurs employés moyennant un prix par mois par employé.

L’argument de vente principal de Dialogue est que ce service permettrait notamment de réduire l’absentéisme au travail. « Le retour sur investissement est très, très facile à démontrer. Et ce qui est très intéressant, c’est la perception des employés; quand on leur demande combien ils pensent que leur employeur paie pour offrir ce service, 100 % du temps, ils pensent que ça coûte beaucoup plus cher que 20 $. »

Des médicaments livrés à la maison

Pour bénéficier du service, les employés n’ont qu’à installer une application sur leur téléphone intelligent et à entrer quelques informations personnelles. Ils sont alors mis en communication avec un infirmier, qui filtre les questions des patients. S’il ne peut pas répondre à la question ou que le patient requiert l’attention d’un médecin généraliste ou spécialiste, il lui suggère un rendez-vous la journée même.

À l’heure du rendez-vous, une vidéoconférence démarre et le patient peut alors communiquer avec le médecin, qui tente de poser un diagnostic. Le médecin peut prescrire des médicaments. Cette prescription est envoyée soit à une pharmacie au choix du patient, soit à une pharmacie en ligne qui livrera les médicaments au patient dans les 24 heures suivantes (à la maison ou au bureau).

Dans le cas où le médecin ne parviendrait pas à poser de diagnostic ou si l’attention d’un spécialiste est nécessaire, l’équipe de Dialogue se charge de le diriger vers les bonnes ressources et de prendre rendez-vous pour lui, si nécessaire. Des suivis automatiques ont ensuite lieu pour s’assurer que l’état du patient progresse bien.

« Tous les médecins qui travaillent pour Dialogue sont des médecins généralistes et des médecins de famille. Certains d’entre eux ont fait des spécialisations complémentaires », indique Cherif Habib. Les utilisateurs peuvent donc communiquer avec des dermatologues, des psychothérapeutes et des nutritionnistes, entre autres.

Aucun d’entre eux ne travaille toutefois à temps plein pour Dialogue.

« La plupart de nos médecins sont affiliés à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), mais on les paie à l’heure. Donc on ne facture pas la RAMQ pour nos services », précise l’homme d’affaires.

Des consultations confidentielles, assure le cofondateur

Malgré les avantages qu’offre cette technologie, certains patients pourraient s’inquiéter de voir leurs informations personnelles être interceptées lors d’une consultation virtuelle. Le fondateur de Dialogue se veut rassurant sur ce point. « Personne dans notre compagnie ne peut savoir ce qui a été dit et c’est la même chose du côté de l’employeur. Il y a une confidentialité à 100 % vis-à-vis l’employeur. Et on utilise les moyens techniques les plus avancés sur le marché pour s’assurer de la confidentialité des données », assure M. Habib.

Dialogue se garde bien de se mêler de l’épineux dossier de l’engorgement du système de santé, même si ses services semblent présenter un potentiel intéressant de ce côté. Selon un rapport publié en 2014 par la Commission sur la santé et le bien-être du Québec, 60 % des visites à l’urgence pourraient être traitées par d’autres moyens. Ce même rapport montre du doigt le manque d’accès aux médecins de première ligne pour expliquer ce problème.

« Des études disent qu’à peu près 70 % des visites chez les médecins de famille et les cliniques sans rendez-vous peuvent être traitées virtuellement, sans examen physique », précise M. Habib, tout en ajoutant que son entreprise ne compte pas pour l’instant élargir son service au grand public.

Des clients satisfaits

Les entreprises qui font affaire avec Dialogue semblent très satisfaites du service qu’elles reçoivent et de l’image qu’il leur permet de projeter lorsque vient le temps d’attirer de la main-d’œuvre.

Dans le secteur très compétitif des technologies de l’information, cet avantage peut faire la différence pour les jeunes employés quand vient le temps de choisir une entreprise, selon Marie-Andrée Lemelin Breton, directrice des ressources humaines de Crakmedia, une entreprise de Québec.

Même son de cloche chez Cossette, une grande agence de communications et de marketing qui fait affaire avec Dialogue. « Généralement, une agence, c’est beaucoup de jeunes gens dans les 30 à 35 ans qui élèvent de jeunes familles, qui ont des enfants qui ont entre 0 et 5 ans, souligne Pierre Delagrave, cofondateur de Cossette et président de Cossette santé. Les enfants commencent à être malades assez souvent et ça cause beaucoup d’inquiétude. Alors on se ramasse à l’urgence ou à la clinique. Mais à la clinique, ce n’est pas toujours drôle… »

M. Delagrave indique qu’après seulement deux semaines, 40 % des employés de Cossette avaient utilisé le service de Dialogue. Il croit que le potentiel de ce type de technologies dépasse le simple cadre des entreprises. « Il y a une grande révolution partout dans le numérique qui n’a pas beaucoup pénétré dans le domaine de la santé. Mais ça aura une incidence énorme à tous les points de vue. Ça va possiblement sauver le système de la santé », lance-t-il avant de préciser que ce type de service ne peut pas tout régler.

Marie-Andrée Lemelin Breton abonde dans le même sens. « Ça vient pallier un manque. Les services publics sont tels que tels. On les connaît. On attend beaucoup à l’hôpital. [Dialogue] vient pallier le manque de temps des gens. »

Le Collège des médecins reste prudent

Dans un document mis en ligne en 2015 à l’attention des médecins québécois, le Collège des médecins du Québec (CMQ) reconnaissait les avantages d’une telle technologie, en soulignant que « les technologies de l’information et des communications sont devenues des outils essentiels à la qualité et à l’offre de soins aux Québécois. [...] Le Collège croit opportun de faire la promotion de cette nouvelle façon d’exercer la médecine, en encourageant l’utilisation de diverses applications tout en s’assurant que celle-ci est balisée. »

En entrevue au téléphone, le secrétaire du CMQ, Dr Yves Robert, reste prudent lorsqu’on lui parle de télémédecine. « La télémédecine, c’est un outil. Comme n’importe quel outil, il faut savoir comment l’utiliser, pourquoi on l’utilise et pourquoi c’est le meilleur outil pour faire ce qu’on veut faire. C’est comme si vous me posiez la question "Est-ce qu’un marteau, c’est un bon ou un mauvais outil?" Ma réponse, c’est que ça dépend ce que vous voulez en faire. Ce n’est pas un bon ou un mauvais outil en soi. »

Il insiste toutefois pour dire que la télémédecine ne pourra jamais remplacer la consultation traditionnelle ni désengorger les urgences.

Ce spécialiste met aussi en doute la statistique avancée par Cherif Habib, selon laquelle 70 % des visites en cabinet pourraient se faire grâce à une application sans affecter la qualité des soins. « Je suis sûr que ce n’est pas le résultat d’une étude à double insu contrôlée, que c’est plus une impression qu’une réalité », dit le secrétaire du CMQ.

Il invite les patients et les médecins à faire preuve de prudence lorsqu’ils choisissent la télémédecine pour communiquer entre eux.

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