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Vous connaissez les îles entourant Montréal? Découvrez-les en carte

Les Montréalais oublient parfois qu'ils vivent dans un archipel qui regroupe une centaine d'îles. Savez-vous lesquelles sont habitées ou protégées? Explorez-les!

Un texte de Mélanie Meloche-Holubowski

L’archipel d’Hochelaga compte environ 200 îles sur la rivière des Mille-Îles, la rivière des Prairies et une partie du fleuve Saint-Laurent – les plus grandes étant l’île de Montréal, l’île Bizard, l’île Perrot et l’île Jésus.

Si la plupart sont inhabitées, quelques-unes ont connu un essor et comptent de nombreuses habitations, tandis que certaines n'ont que quelques chalets et fermes. Plusieurs petites îles appartiennent encore à des particuliers.

Conserver l’écologie

Des travaux de conservation sont en cours sur près d'une dizaine d'îles de l’archipel. Le but? Préserver ces environnements naturels, tout en redonnant accès à ces petites oasis de verdure.

Grâce à un investissement de 500 000 $, Conservation de la nature Canada (CNC) termine l'aménagement de sentiers pédestres, de plateformes d'observation, de quais flottants et de panneaux d'interprétation sur sept îles qui lui appartiennent. Dès l’an prochain, les îles Bonfoin, à l’Aigle, aux Cerfeuils et Beauregard seront accessibles aux canoteurs et kayakistes.

Conservation de la nature Canada a acheté ses premières terres en 1987, soit l'île aux Moutons, sur le fleuve Saint-Laurent, à l'extrémité est de Montréal. CNC travaille également avec l'organisme Protection des oiseaux du Québec, qui a acquis pour sa part les îles aux Canards et l'îlet Vert dans les années 80.

Des panneaux d’interprétation expliqueront aux visiteurs la fragilité de l’écosystème et les îles n’auront qu’un seul point d’entrée (l’île à l'Aigle en aura deux). « On a étudié l’écologie complète pour cibler les endroits où accoster. Nous voulons centraliser les gens sur la rive. Nous ne voulons pas que le projet nuise à la protection des espèces. C’est un équilibre fragile », précise M. Poisson.

Cette année, deux agents patrouillent dans les îles pour en interdire l’accès. Lorsque le réaménagement sera terminé l’an prochain, ces agents feront aussi de la sensibilisation. « Par exemple, ils expliqueront que si une personne marche sur les rives, elle risque de piler sur les œufs de tortue, ou que l'ancrage d'un bateau peut endommager les habitats des poissons, les herbiers aquatiques », mentionne M. Poisson.

Conservation de la nature Canada a aussi racheté l'île aux Hérons à Hydro-Québec en 2000 et souhaite acquérir plus d’îles. L'organisme a notamment tenté d’acheter l’île à la Truie (inhabitée) et l'île Bouchard en entier (on y trouve des fermes et des vignobles, et CNC y possède quelques lots de terre), mais n’a pas encore conclu d’entente.

« Plusieurs îles ne sont presque plus constructibles [en raison des règlements municipaux et provinciaux], donc leur valeur marchande diminue. D’autres îles sont toujours inondées », précise M. Poisson.

De l'autre côté de l'île de Montréal, depuis quelques mois, des camions s’affairent à enlever quelque 60 000 mètres cubes d’asphalte et de ciment de l’île Lapierre, située près du pont de l’autoroute 25. L’ancien propriétaire avait remblayé le marais dans le but d’y construire des condos.

Ce projet de réhabilitation du marais, un partenariat entre Infrastructure Canada et la Ville de Montréal, vise à augmenter la valeur écologique du site et à redonner accès à l’île. Il permettra aussi de compenser la perte de milieux naturels causée par la construction du nouveau pont Champlain. Des travaux de compensation sont également en cours dans les rapides de Vaudreuil, ainsi que sur les îles de la Paix à Beauharnois.

« C’est un endroit très propice aux oiseaux et à la nidification, et il y a plusieurs grenouilles et serpents dans les milieux humides », explique Crystelle Arseneault, gestionnaire en infrastructures pour Infrastructure Canada.

Les îles habitées

L’île Bourdon, à l’embouchure de la rivière L’Assomption, appartient depuis une vingtaine d’années à un agriculteur, qui y cultive du soya. L’île, qui a déjà appartenu à Jean-Baptiste Le Gardeur de Repentigny, est nommée en l’honneur de l'ingénieur Jean Bourdon, auteur des premiers plans de Québec et des environs.

Les îles Dorval, Bushy et Dixie, appelées auparavant les îles Courcelles, ont eu plusieurs propriétaires, dont l’Ordre de Saint-Sulpice, Pierre Le Gardeur de Repentigny, sir George Simpson (président de la Hudson Bay) et lord Dorval. Ce dernier nommera la plus grande île Dorval, les autres Bouchard (aussi appelée Bushy) et Dixie.

Aujourd’hui, on peut trouver sur l’île Dorval 58 chalets, construits dans les années 20-40. Les résidences ne sont accessibles qu’en traversier et les voitures ne sont pas permises sur l’île. Incorporée en 1915, l’île, qui a comme devise In pax tranquilitate, a été fusionnée à la ville de Montréal en 2002, puis est redevenue une municipalité en 2006. Quelques jours avant les fusions municipales, les résidents de l'île Dorval ont acheté l'ensemble des équipements municipaux dans le but de soustraire ces infrastructures au contrôle de la nouvelle ville de Montréal. Le dossier s’est retrouvé devant le Procureur général du Québec et les résidents ont finalement accepté d'annuler ces transactions.

En novembre 2016, une centaine de propriétaires de chalets sur l’île Sainte-Thérèse ont reçu un avis d’expulsion. Le gouvernement du Québec, qui est propriétaire de 90 % des lots, estime que ces gens occupent illégalement l’île. Depuis, une vingtaine de chalets ont été détruits; plusieurs propriétaires se sont adressés à la cour.

De plus, saviez-vous que l'île Saint-Laurent a été transformée en terrain de paintball et qu'on trouve des vignobles sur l'île Bouchard?

Une toponymie qui se rapporte à l'environnement

Signe qu'elles regorgent d’une faune et d'une flore riches, plusieurs îles portent le nom d’animaux ou de plantes.

Il semblerait que la présence de nombreux ratons laveurs (chats sauvages) serait à l’origine du nom de l’île aux Chats, dans le Parc-nature du Bois-de-Saraguay. Par contre, ce nom pourrait aussi faire référence aux Amérindiens de la nation des Chats que l'on trouvait en amont de la rivière des Outaouais.

La dénomination de l’île aux Moutons, au nord-est de l'île Sainte-Thérèse, tire son origine des troupeaux de moutons qu'on y faisait paître. L'appellation de l’île Avelle, au sud de la baie de Vaudreuil, pourrait être une variante du nom commun « ablette », un petit poisson blanc.

L’île aux Cerfeuils, près de Repentigny, aurait reçu ce nom parce que les premiers colons y ont trouvé du cerfeuil, leur permettant d’assaisonner leurs aliments. Le nom de l’île aux Asperges, qui fut connue également sous le nom d'île McDuff, pourrait avoir été inspiré de la culture d’asperges sur l’île, mais pourrait aussi faire référence au mot « esparto », qui désignait, au 19e siècle, une herbe à lien utilisée dans la fabrication du papier. Quant à l'île Bonfoin, elle a probablement été nommée ainsi en raison de la qualité du foin qu'on y récoltait.

En 1969, le géographe Ludger Beauregard expliquait la toponymie des îles Robinet : « Une seule île, lorsque le niveau de l'eau est bas, se divise en deux petites lorsque celui-ci s'élève. Entre les deux circule un mince filet d'eau comme celui qui coule d'un robinet. »

Le nom de l’îlet Vert fait probablement référence à la couleur des eaux du fleuve, tandis que l'île au Bois blanc a reçu son nom des essences d'arbres qui y poussent.

L’appellation pour l’île du Bois debout proviendrait de l’expression de « terre en bois debout » - une terre où les arbres n’avaient pas été encore coupés.

Une toponymie à référence historique

L’histoire a bien évidemment influencé le choix du nom de plusieurs îles. Les appellations ont souvent changé au cours des décennies, à la guise de chaque nouveau propriétaire, qui souhaitait laisser sa marque dans la toponymie du Québec. Voici quelques propriétaires qui sont passés à l’histoire.

Île Perry (Ahuntsic-Cartierville) : Cette île était d’abord connue comme l'île des Messieurs, en référence aux Messieurs de Saint-Sulpice qui ont mis ce site en valeur. La famille Perry prend possession de l’île à la fin des années 1700.

Île Paton (Laval) : Cette île a été achetée en 1880 par l’homme d’affaires Hugh Paton pour 2800 $. M. Paton y a construit une villa de 50 pièces, avec de vastes jardins et un terrain de golf. Des condos de luxe ont été bâtis après que sa villa eut passé au feu en 1966. De 1963 à 1967, l'île a appartenu à la famille Berthiaume-Du Tremblay, ancien propriétaire de La Presse.

Île du Tremblay (Laval) : Le nom de cette île rappelle le souvenir de Pamphile-Réal du Tremblay, propriétaire et résident de l’île. M. Tremblay a notamment été président de la Compagnie de publication La Presse ltée, député libéral de la circonscription fédérale de Laurier-Outremont et conseiller à l'Assemblée législative.

Île Bizard : Cette île a été baptisée ainsi en l’honneur de Jacques Bizard, un Suisse d’origine, qui a été lieutenant dans la garde de Frontenac et major de Montréal. Il a reçu, à titre de fief et de seigneurie, l’île Bonaventure, qu’il nommera île Bizard. Jacques Bizard n’habitera pas l’île, mais accordera de multiples concessions à des colons à partir de 1735. L’île Bizard était essentiellement agricole jusqu’en 1960. La construction de terrains de golf a ensuite ouvert la porte à la vente de terrains et à la construction de nombreuses résidences. Aujourd’hui, plus de 10 000 personnes y habitent.

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