Retour

Wapikoni, faire résonner la voix des Autochtones par le cinéma

Depuis 13 ans, les studios de cinéma ambulants Wapikoni sillonnent le pays pour donner une voix aux jeunes Autochtones, leur permettant de créer leur propre court métrage et d'enregistrer des vidéoclips. Jeudi, une sélection de 14 œuvres originales, parmi une centaine tournée cette année, ont été présentées dans le cadre du Festival du nouveau cinéma, à Montréal.

Un texte de Laurence Niosi

Originaire d’Iqaluit, au Nunavut, Kevin Tikivik avait 25 ans quand il a déménagé à Ottawa. La transition « d'un monde à l'autre » n'a pas été facile. Rapidement, il a trouvé refuge dans l'alcool et la drogue.

« Toutes les statistiques sur les hommes autochtones s’appliquent à moi », résume-t-il dans son court métrage réalisé avec Wapikoni, Shiny Objects, dans lequel il raconte non seulement ses problèmes mais surtout son retour à ses racines.

Kevin, qui travaille aujourd’hui comme travailleur social, s’est toujours intéressé à la création. Il a d’ailleurs collaboré pendant un moment à Nipivut (Notre voix), première émission québécoise en inuktitut, sur les ondes de la radio communautaire CKUT.

Mais Wapikoni lui a donné, peut-être pour une première fois, l'occasion de raconter son histoire, d’un point de vue autochtone, « sans ingérence » d’autres cultures. « C’est si rare aujourd’hui d’avoir une plateforme pour partager le contenu amérindien avec des non-Amérindiens et de pouvoir interagir ainsi », dit-il.

1000 courts métrages en 10 ans

Partager le point de vue autochtone, c’est l’un des objectifs de Wapikoni, l’organisme sans but lucratif mis sur pied par la cinéaste Manon Barbeau en 2004. Chaque année, une petite équipe – qui inclut notamment des accompagnateurs cinéastes – est dépêchée dans des communautés autochtones, à l’invitation du conseil de bande. Les ateliers, qui durent plusieurs semaines, portent sur tous les aspects du film, de la scénarisation au montage.

Au fil des ans, environ 4000 jeunes issus de 30 communautés au Canada ont réalisé presque 1000 courts métrages. Cette année seulement, une centaine de courts métrages ont été tournés dans 20 communautés. L’organisme a même fait une escale dans la communauté samie de Drag, en Norvège, où deux courts métrages ont été réalisés.

Plusieurs talents ont émergé de ces ateliers, dont la porte-parole du mouvement Idle No More au Québec, Mélissa Mollen Dupuis, la cinéaste Jani Bellefleur-Kaltush, ou encore le rapper Samian. Cette année, une œuvre produite par Wapikoni mobile, Les outils de mon père, a été présentée au prestigieux festival de cinéma Sundance.

Mais Wapikoni n’est pas une usine à cinéastes. C’est avant tout un projet social, rappelle sa directrice générale. « Le but n’a jamais été de créer seulement des cinéastes – on aurait créé pas mal de chômeurs –, mais de développer cette fierté et cette confiance en soi, qui fait que certains sont devenus cuisiniers, pompiers, travailleurs sociaux. L’important, dans un contexte de taux de suicide alarmant chez les Autochtones, c’est d’offrir une alternative. »

Des thèmes reviennent souvent dans les films réalisés dans le cadre de Wapikoni : le chômage, le suicide, la consommation de drogue, mais aussi le territoire, les liens avec les aînés, l’affirmation par la création ou le sport…

Kevin Tikivik espère que Wapikoni contribue à un changement de mentalité, en permettant aux Autochtones de s'affirmer et de poser eux-mêmes les questions. « C’est le premier pas pour changer le paradigme des non-Autochtones, de comprendre par exemple que la suprématie, ce n’est pas nécessairement une tête rasée et un swastika », estime-t-il.

Une sélection de 14 films choisis pour leurs qualités artistiques sera présentée jeudi au Cinéma Impérial, à Montréal.

Par ailleurs, jusqu’en novembre, Wapikoni présentera des courts métrages réalisés par ses participants dans 50 villes du Canada, à l’aide d’une caravane équipée de matériel de projection extérieure.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un tsunami de glace sème la panique!





Rabais de la semaine