La campagne électorale du maire Paul Leduc, qui s'amorcera officiellement d'ici septembre, pourrait prendre un tournant inattendu : le gouvernement du Québec dévoilera cet automne son rapport d'enquête sur la gestion de la Ville de Brossard, qui suscite de nombreux questionnements depuis deux ans, autant de la part de cadres que de certains élus.

Un texte de Marc-André Carignan, chroniqueur à l’émission Le 15-18 et ICI Grand Montréal

C'est ce que vient de confirmer le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT) à Radio-Canada, en refusant cependant de spécifier si ce dernier sera dévoilé avant ou après le scrutin du 5 novembre. « Le ministère ne planifie pas ses travaux en fonction de la tenue des élections municipales », a-t-on répondu par courriel.

Difficile de savoir également ce que contiendra ce rapport et s'il visera des personnes en particulier, quitte à perturber leur campagne électorale. Le MAMOT se contente de dire qu’il traitera de « différents aspects liés à l’administration municipale ».

Cela dit, il est permis d’espérer que ce rapport apportera des explications quant aux nombreux éléments négatifs qui ont mis la Ville sur la sellette ces derniers temps.

Quand Brossard ne se retrouve pas dans la ligne de mire de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), pour des transactions immobilières réalisées sous le règne du maire actuel, comme le révélait le quotidien La Presse il y a moins d’un an, c’est le climat de travail à l'Hôtel de Ville qui retient l’attention. Une vague de départs prend de l’ampleur, particulièrement dans les hautes sphères de la direction, à la suite de démissions ou de congés de maladie.

Le dernier en lice : Nicolas Bouchard, directeur général de la Ville, qui se retrouve depuis le mois de mai en congé de maladie. Son nom s’ajoute à une liste de départs déjà longue, après la directrice du génie, le directeur de l’urbanisme et son adjointe, la directrice des ressources humaines, le directeur des communications, le directeur de cabinet du maire... entre autres.

S’ajoute à cela, depuis peu, une plainte de harcèlement psychologique envers le maire de la part de la directrice des services juridiques, Me Isabelle Grenier, déposée au Tribunal administratif du travail, ainsi que la décision de trois élus (Doreen Assaad, Claudio Benedetti et Pierre Jetté) de prendre leurs distances avec l’équipe de Paul Leduc en s’alliant sous la bannière Brossard Ensemble, dénonçant notamment de « l’ingérence » au sein de l’administration brossardoise.

Sans compter qu’un rapport troublant sur le climat organisationnel à l’Hôtel de Ville, réalisé par la firme Banks & MacKenzie (et dévoilé partiellement en 2016 dans le Journal de Montréal), dénotait une « détresse psychologique » chez plusieurs employés et « un environnement de travail toxique où les victimes font alliance [...] pour échanger leur désarroi ».

Plusieurs sources bien informées, non élues, nous confirment d’ailleurs que les multiples démissions ou congés de maladie sont majoritairement liés à ces tensions dans la machine bureaucratique. Certains, exaspérés de la situation, ont même quitté avant d’obtenir d’autres emplois.

« Je peux comprendre un taux de roulement, [mais] quand [pratiquement] tout votre staff de direction a quitté, il doit y avoir quelque chose dans les murs de très nocif », confie l’une d’elles.

Brossard va bien, juge le maire

De son côté, le maire Paul Leduc continue de rejeter du revers de la main les critiques formulées à l’égard de son administration, renvoyant la balle à l’opposition.

« Brossard va bien, Brossard est bien gérée, indique-t-il à Radio-Canada. C’est une ville où il y a une opposition active, leur campagne électorale a débuté il y a déjà longtemps. [...] C’est sûr qu’on veut un petit peu noircir le portrait à Brossard. Mais la réalité est tout autre. »

Il ajoute : « On est une ville en pleine croissance aussi, avec beaucoup de projets. [...] C’est sûr que ça demande une capacité d’adaptation parce qu’à Brossard, ça va vite. »

Ces affirmations du maire font sourciller nos sources.

« On peut très bien comparer Brossard à bien d’autres villes. Il n’y a pas un volume d’affaires aussi élevé qu’on pourrait le croire. C’est une petite ville, bien faite, bien structurée, qui ne nécessite pas tant de choses à faire ou à reconstruire. […] Quand je parle à mes collègues qui ont quitté, on ne m’a jamais dit que c’était parce qu’il y avait trop de travail ou que la ville grossissait trop rapidement », dit l'une d'elles.

Quant aux vérifications du ministère des Affaires municipales, le maire ne semble pas s’inquiéter des conclusions du rapport à venir.

« Ils viennent vérifier des choses qui ont été alléguées dans les journaux par [l’opposition]. C’était leur devoir de le faire. Ça ne me dérange pas du tout, au contraire. Je l’ai accueilli [le MAMOT] avec plaisir et je le ferais encore. Parce qu’on a besoin que le MAMOT démontre qu’à Brossard, la situation est très très bonne. »

Bref, les versions divergent de part et d’autre, comme a pu le constater Radio-Canada. Le rapport du MAMOT permettra-t-il d’obtenir l’heure juste sur ce qui se déroule réellement entre les murs de l’hôtel de ville?

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