Pourquoi bannir l'enseignement du français en Ontario? Qui sont ceux, en Ontario et au Québec, qui se sont battus contre le Règlement 17? Testez vos connaissances, alors que le gouvernement ontarien a présenté lundi des excuses officielles aux Franco-Ontariens, plus de cent ans après l'adoption de ce qu'ils ont qualifié de règlement « infâme ».

Un texte de Michel Bolduc

1) En quelle année le Règlement 17 est-il adopté? 1912 et s'applique dès la rentrée scolaire.

2) Qui est le premier ministre de l'Ontario à l'époque? Le conservateur James Whitney, qui a toujours sa statue devant l'Assemblée législative de l'Ontario à Toronto.

3) Que prévoit le Règlement? Il interdit l'enseignement du français après les deux premières années du primaire, faisant de l'anglais la langue principale enseignée dans les écoles en Ontario, même celles qui sont fréquentées en majorité par des Franco-Ontariens.

4) Pourquoi bannir le français à l'école? Le premier ministre Whitney est au nombre de ceux qui sont affolés de voir que les Canadiens français forment 10 % de la population de l'Ontario. Il veut protéger la province contre la Quebec Invasion (l'invasion du Québec).

5) Quelles autres provinces avaient déjà interdit l'enseignement du français? La Nouvelle-Écosse (1864), l'Île-du-Prince-Édouard (1873), le Manitoba (1890), l'Alberta (1909) et la Saskatchewan (1909).

6) Comment réagissent les Franco-Ontariens après l'adoption du Règlement 17? Une levée de boucliers s'ensuit dans la communauté francophone. Ses leaders laïcs et ecclésiastiques font front commun. Le Conseil des écoles séparées d'Ottawa (CESO) donne notamment la consigne à ses enseignants de continuer à enseigner en français. 

7) Qu'est-ce que le Règlement 18? Face à la résistance des francophones, le ministère de l'Éducation adopte le Règlement 18, qui menace de couper les vivres aux conseils scolaires qui refusent d'obtempérer. La province prévient aussi les enseignants récalcitrants qu'ils pourraient perdre leur certificat. Mais l'Association canadienne-française d'éducation d'Ontario (ACFEO), notamment, demande aux Franco-Ontariens de continuer leur lutte. Le sénateur libéral Napoléon-Antoine Belcourt porte même la cause devant les tribunaux et le Conseil privé à Londres, mais en vain.

8) Un évêque presse les Franco-Ontariens de continuer à se battre. Comment s'appelle-t-il? Mgr Élie-Anicet Latulippe, qui est le seul évêque franco-ontarien à l'époque. La crise scolaire divise le clergé, alors que des évêques anglophones demandent, au contraire, que le Règlement 17 soit appliqué dans leur région. 

9) Comment réagit le pape? Le pape Benoît XV appelle les catholiques ontariens à l'unité.

10) Que fait le Québec? Henri Bourassa est au nombre des Québécois qui se joignent au combat des Franco-Ontariens. Pour lui, il est inconcevable qu'Ottawa demande aux Canadiens français d'aller se battre pour la démocratie en Europe alors que les « boches » de l'Ontario s'attaquent à leurs droits dans la province. Des journaux québécois comme Le Devoir et Le Soleil appuient également la cause des Franco-Ontariens. 

11) Les anglophones sont-ils tous en faveur du Règlement 17? Non. Une coalition de députés, de journalistes et d'universitaires anglophones d'influence, appelée la Unity League, formée en 1923, contribue à rallier l'opposition au Règlement. 

12) Quel premier ministre de l'Ontario accepte de réexaminer la situation? Le conservateur Howard Ferguson, en 1925. Il forme une commission d'enquête sur la question.

13) Comment s'appelle la commission d'enquête ontarienne sur la crise scolaire formée par la province? La commission Scott-Merchant-Côté, dont les recommandations mènent à l'établissement en Ontario d'un système d'écoles primaires bilingues, où le français est la principale langue d'enseignement.

14) En quelle année le Règlement 17 cesse-t-il d'être appliqué? 1927.

15) En quelle année le Règlement 17 est-il répudié complètement par la province? C'est seulement en 1944 que le Règlement disparaît des statuts de l'Ontario.

17) Quel organisme a demandé récemment au gouvernement de présenter des excuses aux Franco-Ontariens au sujet de l'infâme Règlement? L'ACFO du grand Sudbury. Il s'agit d'une initiative du militant Denis Constantineau, qui a voulu ainsi honorer la mémoire de sa mère, morte l'an dernier. « J'ai passé toute ma vie à entendre ma mère s'excuser du fait qu'elle ne pouvait pas écrire en français », a-t-il raconté à Radio-Canada.

*Avec des renseignements fournis par le Centre de recherche en civilisation canadienne-française de l'Université d'Ottawa et l'Université Laval

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