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2016, l'année du dossier Guertin… encore!

Si l'année 2015 a sonné le glas du projet de centre multifonctionnel à Gatineau, l'année 2016 a été celle du « nouveau » projet Guertin. Et le dossier pourrait même devenir un enjeu électoral en 2017.

Un texte de Nathalie Tremblay

Malgré l'assurance donnée en début d'année par le maire Maxime Pedneaud-Jobin de « mettre le point final » à ce dossier, rien n'est encore finalisé.

On ne sait toujours pas quand une entente sera signée ni même si la Ville est près d'une telle entente. Le maire est demeuré ferme, refusant de donner quelque échéancier que ce soit.

Malgré tout, plusieurs étapes importantes ont été franchies au cours de l'année qui se termine.

L'opposition s'intensifie

En juin, le conseil municipal a choisi le groupe Vision Multisports Outaouais (VMSO) pour négocier la construction du nouvel amphithéâtre, écartant la proposition des Sénateurs d'Ottawa, l'autre groupe intéressé par le projet.

Au retour des vacances estivales en septembre, le choix du site est soumis au conseil.

Une majorité d'élus décident de déménager dans le secteur de Gatineau le futur domicile des Olympiques, un aréna de 4000 places, auquel seront greffées des glaces communautaires.

Un groupe de conseillers - ceux qui avaient voté contre la proposition du partenaire trois mois plus tôt - s'y oppose, soutenant que cette décision va à l'encontre d'une des grandes priorités du conseil, soit de développer le centre-ville.

Puis en décembre, un conseil spécial adopte le libellé du projet de loi privé, qui donnera un cadre légal à toutes les ententes qui seront conclues avec VMSO et permettra à la Ville d'investir dans la construction de l'amphithéâtre.

L'opposition déjà manifestée au conseil se fait plus vive.

Guertin, le dossier de la discorde

Cet enjeu a certainement polarisé les opinions autour de la table du conseil municipal.

Au moment de lancer les travaux en début d'année, le maire s'attendait à des discussions tendues.

« Pris isolément, on avance bien dans les dossiers », avait alors déclaré M. Pedneaud-Jobin. « Dans la mesure où on avance, je suis prêt à manger bien des coups! »

Ces coups n'ont pas tardé…

Jocelyn Blondin, Louise Boudrias, Denise Laferrière, Denis Tassé, Sylvie Goneau et Marc Carrière ont reproché au maire sa lenteur à faire avancer le dossier Guertin, mais surtout son manque de transparence.

Malgré quelques rencontres à huis clos durant lesquelles les détails leur ont été présentés, les conseillers ont soutenu que le peu d'informations rendues publiques ne leur permettait pas de se prononcer.

Il était clair dès lors que pour eux, le dossier Guertin deviendrait un enjeu électoral.

« Aucune décision par rapport à des spécificités du projet n'a été prise », avait lancé en juin Sylvie Goneau, conseillère dans le district de Bellevue et candidate à la mairie. « Il n'y a aucun plan B. Donc, on se lance dans un grand processus de négociations, sans savoir advenant un échec sur quoi on retombe. »

C'est un gros risque. [...] Si le maire est prêt à prendre le risque, parce que c'est un risque politique [...] s'il se casse la gueule, là il va vivre avec [ça].

Sylvie Goneau, conseillère dans le district de Bellevue et candidate à la mairie

La tension a monté d'un cran lorsqu'une semaine après le vote sur le futur site, une fuite médiatique d'un document a révélé que la construction du nouvel amphithéâtre pourrait coûter 100 millions de dollars.

Livide, le maire Pedneaud-Jobin a parlé d'un geste grave pouvant nuire aux négociations en cours avec VMSO.

« La personne qui a posé ce geste lâche devrait avoir le courage de m'attaquer directement plutôt que de nuire à Gatineau » a-t-il alors déclaré.

En décembre, lors du vote du sur le projet de loi privé, les adversaires du maire reviennent à la charge. Ils l'accusent de vouloir un « chèque en blanc ».

Ces élus sont surtout opposés au fait qu'il n'y ait pas d'appels d'offres. L'un après l'autre, les six mêmes conseillers font une sortie en règle contre M. Pedneaud-Jobin.

« On en a fait quelque chose de compliqué, au point où les gens en sont écoeurés, tannés, puis veulent plus rien savoir du projet », a lancé Sylvie Goneau à la mi-décembre. « Pour moi, c'est une honte, une grande tristesse. »

De leur côté, plusieurs des élus favorables au projet de loi ont fait part de leur exaspération face aux arguments des opposants.

Ce que les citoyens me disent par rapport à leur écoeurement dans ce dossier-là, c'est notre incapacité à prendre une décision.

Gilles Carpentier, conseiller du district du Carrefour-de-l'Hôpital

« C'est bien notre droit d'être contre le maire puis d'aimer la façon dont il travaille, de lui dire puis d'en mettre », estime le conseiller Gilles Carpentier. « Mais en même temps, c'est le même conseil municipal qui il y a quelques mois était prêt à déchirer sa chemise pour ne pas perdre les Olympiques. »

Prélude à une année électorale

Mis à part le dépôt officiel du projet de loi privé qui doit se faire avant le 7 février, difficile d'identifier les prochaines étapes dans le dossier Guertin.

Le maire se contente de dire que les négociations avec Vision Multisports se poursuivent. En cette dernière année de mandat, le conseil risque d'être encore plus divisé.

Une visite de Québec qui a fait du bruit

Par ailleurs, si Guertin a fait ressortir les positions bien campées des opposants au maire, la visite du maire de Québec à Gatineau en novembre l'a cristallisé.

La façon un peu cavalière de Régis Labeaume a créé un malaise pratiquement généralisé chez les élus. Mais elle a surtout permis aux adversaires politiques de Maxime-Pedneaud-Jobin de fourbir leurs armes.

« Il y a une ligne électoraliste qui a été franchie, partisane, lors de ce dîner-là », a lancé le conseiller du district de Masson-Angers, Marc Carrière. « Cette somme-là de 2800 $ ne doit pas être assumée. Les citoyens de Gatineau ne devraient pas payer pour ce dîner-là. »

2017, une année sous haute tension?

C'est dans un tel contexte de divisions et de tensions que la dernière année du mandat s'amorce.

Le président du conseil municipal et conseiller dans le district du Versant, qui a maintes fois agi à titre de médiateur dans plusieurs dossiers, s'attend à ce que les tensions restent vives.

Mais Daniel Champagne rappelle à ses collègues qu'ils ont encore des décisions à prendre avant de terminer le mandat.

Pour moi, le travail doit se poursuivre dans le respect, jusqu'à la période électorale. On n'est pas élu pour 75 % du mandat, mais pour 100 %.

Daniel Champagne, conseiller du district du Versant et président du conseil municipal

« Dans certains cas, je constate déjà qu'il y a un certain recul, qu'il y a des personnes qui sont déjà en période électorale », souligne-t-il.

Daniel Champagne, qui dit aimer son travail et la politique municipale, admet que les divisions qui ont marqué la dernière année n'ont pas toujours été faciles, au point d'influencer sa décision de se représenter.

« Chaque fois que je parle de concertation, de travailler ensemble aux avancements et au bien des citoyens, on me remet en question », notait-il fin novembre. « Chaque fois que je dis qu'on est 18 plus le maire et que tout le monde doit travailler ensemble, souvent on me dit que j'ai une vision utopique puis que je comprends mal la politique municipale. »

« Je suis actuellement à me dire : "Est-ce que je vais essentiellement réussir dans un second mandat à amener les gens à travailler de façon plus concertée?" C'est la réponse à cette question-là qui va déterminer si je me représente ou pas », souligne le conseiller.

Daniel Champagne dit qu'il prendra une décision finale au printemps, soit six mois avant le prochain scrutin municipal.

À cette date, plusieurs des élus qui souhaiteront solliciter un nouveau mandat auront déjà annoncé leurs intentions.

Le dossier Guertin aura quant à lui peut-être franchi l'étape finale, une étape qui - pour le maire et ses adversaires - pourrait déterminer l'issue du scrutin municipal du 5 novembre.

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