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5 conseils pour trouver l’amour en ligne lorsqu’on a un handicap

La Saint-Valentin, c'est dimanche, et au lieu de vous parler seulement de fleurs ou de chocolat, on a décidé d'explorer l'univers des rencontres en ligne, mais du point de vue de ceux qui vivent une situation de handicap.

Le résultat? Des leçons de vie valables pour tous et pas seulement pour ceux qui veulent trouver l'amour avec un grand H.

Une collaboration d'André Dalencour et de Claudine Richard

Afin de comprendre les défis que doivent relever les personnes en situation de handicap quand il s'agit de faire des rencontres en ligne, nous en avons discuté avec un jeune couple de Gatineau : Koralie Boyer, 26 ans, qui est atteinte de paralysie cérébrale depuis sa naissance, et Emmanuel Lapointe, 29 ans, qui n'a aucun handicap.

Ensemble depuis deux ans, ils se sont rencontrés au hasard d'une discussion sur le forum d'une communauté virtuelle.

Si elle vivait en Outaouais, Emmanuel résidait quant à lui en Gaspésie. De discussion en discussion, derrière un clavier ou devant une caméra, ils ont fini par se rencontrer en personne.

Sous le charme, Emmanuel, qui n'avait jamais été en couple avec une personne handicapée, décide de franchir les mille kilomètres qui les séparent, afin de donner une chance à leur histoire d'amour.

Aujourd'hui, les deux tourtereaux s'apprêtent à déménager dans un nouvel appartement, afin de poursuivre leur chemin ensemble, heureux de s'être enfin trouvés.

« Il ne faut pas s'attarder au temps que ça prend pour rencontrer quelqu'un, parce que ça peut prendre des années et des années avant de trouver la bonne personne », souligne Emmanuel.

Koralie ne peut qu'acquiescer. Avant de tomber sur celui qu'elle appelle « l'homme de [sa] vie », elle s'est frottée à l'univers de l'amour 2.0.

En plus des obstacles habituels pour espérer rencontrer l'âme soeur, il y a « une couche supplémentaire de difficulté », comme le dit Marianne Rodrigue, étudiante en sexologie à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Elle anime une série d'ateliers baptisés « Sexy-able », un projet pilote offert par le chapitre montréalais de Vie-autonome. Cet organisme existe dans 23 villes canadiennes et offre des ressources pour les personnes handicapées.

1 - Utiliser Internet?

Les plus récentes données de Statistique Canada sur le sujet (Enquête sur la participation et les limitations d'activités, 2006) révèlent qu'au Québec, 82 % des personnes handicapées de 15 à 34 ans utilisent Internet, comparativement à 98 % des jeunes de 16 à 25 ans dans la population totale (Enquête canadienne sur l'utilisation d'Internet 2010).

À l'instar d'autres membres de leur génération, les jeunes handicapés développent souvent une accoutumance au clavier et à la souris.

« Pour moi, le plus facile, c'est de passer justement par Internet. Et je trouve que c'est une façon aussi de s'ouvrir plus facilement, parce que tu es protégé un peu par l'écran », explique Koralie.

2 - Se méfier d'Internet?

Si Internet est un bon outil pour rompre l'isolement - surtout pour ceux qui ont de la difficulté à sortir de chez eux, souligne Marianne Rodrigue - il faut quand même se méfier.

Les personnes handicapées peuvent attirer les convoitises d'individus mal intentionnés ou - plus surprenant - d'autres qui sont un peu trop bien intentionnés... Ce sont les « devotees », un terme qui désigne une forme moderne de l'acrotomophilie, soit une attirance sexuelle pour les personnes handicapées, et plus spécifiquement celles qui sont amputées.

« Ça peut être les amputés, les personnes en fauteuil ou en marchette. [...] Certaines personnes, s'ils mettent de l'avant leur handicap, peuvent être sollicitées par ces gens-là », prévient Mme Rodrigue.

3 - Quelle plateforme choisir?

Les sites ou applications de rencontres ne sont pas faits pour tout le monde, en tout cas pas pour Koralie, qui a tenté l'expérience pendant plusieurs mois, sans succès.

« Les gens, quand tu leur parles, ils sont quand même assez ouverts. Mais une fois que tu vas les rencontrer en vrai, là ils sont confrontés à mon handicap et à ma personnalité. Des fois, ça fait qu'il y a des clash », rapporte-t-elle.

Marianne Rodrigue ne veut pas déconseiller les sites de rencontres, mais elle estime que de se joindre à une communauté virtuelle est une option à considérer.

« De faire partie d'une communauté sur le web peut nous amener à faire des rencontres », explique-t-elle. « Je pense que c'est important de trouver des gens qui ont des intérêts communs. »

4 - Dire qu'on est handicapé ou pas?

C'est la question qui fait très souvent l'objet de débats animés dans les ateliers de Marianne Rodrigue. Sur les réseaux sociaux, elle note trois types de stratégie. Il y a d'abord ceux qui affichent leur situation. « Comme ça, ils se disent : "La personne le sait, si elle vient me voir elle est au courant. Donc ça ne va pas m'enlever des chances". »

Il y a ensuite ceux qui cachent leur handicap, mais cela peut être risqué. « Tant qu'ils ne le disent pas et que les gens ne les rencontrent pas, ce n'est pas une question qui est soulevée. Mais après, ça devient épineux », souligne Mme Rodrigue.

Enfin, il y a ceux qui laissent des pistes. « Certains choisissent de mettre une première image où on ne voit par leur handicap. Il faut fouiller sur leur profil pour le découvrir », précise Mme Rodrigue. Selon elle, c'est simplement une façon de se protéger en se dévoilant petit à petit, tout en se livrant à un jeu de séduction.

5 - Et si on a un handicap lourd?

Trouver l'amour sur Internet, oui, mais encore faut-il pouvoir utiliser un ordinateur. Selon l'Enquête canadienne sur l'incapacité (ECI) de 2012 de Statistique Canada, sur les 3,8 millions de Canadiens handicapés, environ 622 300 adultes ont indiqué avoir un trouble d'apprentissage, soit 2,3 %. Au Québec, ce taux est de 4,8 %.

« Le taux d'analphabétisme est beaucoup plus élevé chez les personnes en situation de handicap. Ça ajoute une couche d'isolement, qui les freine dans l'utilisation des moyens de communication comme Internet où il faut quand même être capable d'écrire et de lire », explique Marianne Rodrigue.

L'étudiante en sexologie Marianne Rodrigue connait très bien ce type de situation, puisqu'elle donne des ateliers pour les personnes qui ont un handicap. Daniel Bouchard en a discuté avec elle.

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