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À quand la première pelletée de terre pour le Monument aux victimes du communisme?

On ne connaît toujours pas la date de la première pelletée de terre pour le Monument aux victimes du communisme, à Ottawa. Plus de huit ans après avoir donné sa première approbation aux promoteurs du projet, en septembre 2009, la Commission de la capitale nationale (CCN) n'a pas encore statué sur le moment où elle donnera son autorisation finale au Monument.

Un texte d'Estelle Côté-Sroka

La fondation privée créée pour mener à terme le projet, Hommage à la liberté, indique néanmoins que l'oeuvre pourrait recevoir le feu vert du gouvernement fédéral lors de la rencontre du conseil d'administration de la CCN prévue le 19 avril. Cette approbation est nécessaire au lancement de l'appel d'offres.

Ce processus et la construction du monument devaient s'étaler sur 15 mois et se terminer en novembre 2018, indiquent des documents de Patrimoine canadien obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information. Or, cet échéancier, partagé avec les responsables du projet en mars 2017, aurait depuis été réduit à moins de 12 mois, selon Patrimoine canadien. Si le projet reçoit l’approbation finale de la CCN dans les temps, le Monument aux victimes du communisme pourrait donc voir le jour dans moins d'un an dans le Jardin des provinces et des territoires, devant l’édifice de Bibliothèque et Archives Canada.

Encore en quête de financement

Hommage à la liberté a déjà versé un million de dollars à Patrimoine canadien. L’organisme devra effectuer un paiement de 500 000 $ lorsque le projet aura été validé par la CCN.

Mais de son propre aveu, la fondation indique sur son site Internet être toujours à la recherche de dons à hauteur de 100 000 $ pour atteindre son objectif de financement total de 1,5 million de dollars. Le gouvernement fédéral doit contribuer au Monument à parts égales, en plus d’absorber « les coûts relatifs au processus de la conception ».

Joint au téléphone, le président d’Hommage à la liberté a refusé de nous accorder une entrevue en bonne et due forme. Ludwik Klimkowski a souligné que son organisme entendait respecter ses engagements financiers. Tout comme lors d'un précédent reportage de Radio-Canada sur le Monument aux victimes du communisme en décembre 2015, il est toutefois resté vague quant aux sommes amassées par son groupe.

Il a invité Radio-Canada à s'adresser au gouvernement fédéral pour plus de détails sur le financement. Patrimoine canadien rétorque pour sa part que c'est à l'organisme Hommage à la liberté de répondre à toutes les questions relatives au financement privé.

Un projet qui ne fait toujours pas l'unanimité

La tournure que prend le projet, officiellement annoncé par le gouvernement conservateur de Stephen Harper en 2013, déçoit l'opposition officielle à la Chambre des communes. Le Monument devait initialement être érigé près de la Cour suprême. La facture de sa construction s'élevait à 5,5 millions de dollars, dont plus de la moitié devait être financée par des fonds publics.

Or, après l’élection des libéraux en 2015, la ministre du Patrimoine canadien Mélanie Joly a annoncé des changements majeurs au projet, invoquant une forme d’ingérence politique dans sa gestion.

« C’est certainement un processus qui était extrêmement politique et je trouve ça déplorable », avait dit Mme Joly.

« L'ingérence des libéraux, qui ont changé le site, aboli une conception déjà approuvée et réduit considérablement la taille, l'endroit et l'effet poignant du monument, est une tentative délibérée de miner le soutien de la communauté au monument », a pour sa part affirmé le porte-parole en matière de patrimoine canadien du Parti conservateur, Peter Van Loan.

Le député de York-Simcoe ajoute que « les retards et les modifications connexes sont l'entière responsabilité du gouvernement, et ont eu l'effet voulu de nuire au projet ». Il estime que le gouvernement « doit compenser pour toute lacune de financement qui en découle ».

Le collectif Entrepreneurs du commun, formé il y a quelques années en opposition au projet, estime de leur côté que les retards accumulés montrent un désintérêt de la population. Nathalie Casemajor avance que la simplification historique du projet est toujours aussi problématique, car le Monument ne vise pas à commémorer les victimes d’une époque ni d’un lieu précis.

« C'est un bricolage qui est le résultat d'un certain bras de fer à la fois politique, partisan, communautaire, gouvernemental, donc on va se retrouver avec un monument qui, s’il tient davantage la route sur le plan d'esthétique que le précédent, en termes de signification historique et nationale me semble assez bringuebalante », a déploré Mme Casemajor.

Quelques années après l'annonce du projet, le maire d'Ottawa est lui aussi toujours aussi sceptique face à sa pertinence.

« Pour moi, ce n'est pas une grande priorité d'utiliser les fonds publics pour ce monument », a indiqué Jim Watson. Il souligne néanmoins être satisfait du nouveau site qui accueillera l'oeuvre.

Avant de commencer la construction du Monument aux victimes du communisme, Patrimoine canadien devra aussi déménager l’oeuvre Douze points d’équilibre classique, réalisée par l’artiste d’origine chinoise Chung Hung, qui se trouve actuellement dans le Jardin des provinces et des territoires.

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