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Accueillir en français des réfugiés syriens hors Québec : des attentes irréalistes?

Attirer des réfugiés syriens dans des milieux francophones hors Québec : c'est l'objectif de bien des politiciens et groupes communautaires. Sauf que les réfugiés qui veulent s'intégrer en français se font toujours attendre et le Commissaire aux langues officielles enquête sur la question.

Un dossier de Laurence Martin et de Valérie Ouellet

Depuis l'automne, les attentes sont claires : les francophones à l'extérieur du Québec veulent attirer, dans leurs régions, des réfugiés syriens qui parlent le français ou encore les convaincre d'apprendre le français pour s'intégrer à leur communauté.

Pourquoi cet intérêt? D'abord, parce qu'il y a des Syriens qui parlent français, même s'ils sont peu nombreux.

Ensuite, parce que la plupart des réfugiés ne parlent ni le français ni l'anglais, ce qui leur permet, en théorie, d'apprendre n'importe quelle langue officielle à leur arrivée au Canada.

Une occasion à saisir, a répété à plusieurs reprises le ministre fédéral de l'Immigration, John McCallum. Il a même ajouté, encore hier, que son gouvernement cherchait à installer des réfugiés syriens dans un plus grand nombre de communautés francophones partout au pays.

En Ontario, la ministre déléguée aux Affaires francophones, Madeleine Meilleur, a qualifié la venue des réfugiés d'occasion rêvée, qui pourrait aider la province à atteindre sa cible de 5 % d'immigration francophone.

Au Nouveau-Brunswick, la ministre Francine Landry voulait « qu'un minimum de 30 % des réfugiés syriens qui arrivent dans la province s'établissent dans des régions francophones ». 

Une réalité bien différente sur le terrain

Des attentes qui tombent à plat pour l'instant dans bien des régions à l'extérieur du Québec.

Au Centre francophone de Toronto, aucun réfugié syrien francophone n'a été accueilli depuis novembre.

Les employés du centre étaient pourtant prêts à étendre les heures d'ouverture de la clinique médicale et à servir d'interprète aux réfugiés parlant arabe seulement, mais désireux d'apprendre le français.

À l'Association multiculturelle du Grand Moncton, environ 160 réfugiés syriens ont été accueillis, mais ils ont tous choisi l'anglais comme langue officielle. 

Un choix tout à fait compréhensible, selon le directeur général Jean-Pierre Alexandre. Il reconnaît que d'augmenter l'immigration francophone, c'est très important pour le Nouveau-Brunswick, mais n'est pas certain que l'arrivée de réfugiés soit la solution. L'objectif, ici, c'est d'aider les gens qui sortent d'une zone de conflit. 

Crise ou non, le Commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, enquête sur les efforts consentis par le gouvernement fédéral pour accueillir des réfugiés syriens dans des milieux francophones à l'extérieur du Québec. 

Selon la plainte qu'il a reçue, le ministère fédéral de l'Immigration n'a pas suffisamment appuyé certains organismes francophones en milieu minoritaire qui voulaient intégrer des réfugiés syriens dans leur communauté, par exemple, avec des cours de français. 

Des attentes irréalistes?

Était-ce même réaliste de penser que les réfugiés syriens voudraient s'installer dans une ville comme Vancouver, Winnipeg ou Toronto pour y vivre en français?

La directrice du Centre francophone de Toronto, Lise Marie Baudry, croit toutefois qu'il est possible de s'intégrer avec le français, l'arabe et des notions d'anglais, par exemple, surtout avec l'appui d'autres familles ou de la communauté.

Un autre obstacle potentiel : oui, la volonté d'accueillir des réfugiés en milieu francophone est là, mais est-ce que cette volonté est bien connue des décideurs?

En Ontario, par exemple, un porte-parole du ministre de l'Immigration nous a confirmé qu'il n'avait pas fait de demande officielle à Ottawa pour accueillir un certain nombre de réfugiés francophones. La ministre Meilleur a promis de rectifier le tir. 

Elle croit qu'il ne faut pas perdre espoir et rappelle que des milliers d'autres réfugiés sont encore attendus. 

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