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Analyse de campagne électorale ontarienne à mi-chemin

Une semaine en politique, c'est une éternité. On en termine deux qui ont complètement changé la donne politique en Ontario. Une tendance qui se maintiendra ou un soubresaut électoral?

Une analyse de Julie-Anne Lamoureux

Qui aurait pu prédire une montée aussi importante du NPD de sorte qu'il devienne la cible principale de ses adversaires? Le paysage a bien changé depuis la fin des travaux à Queen’s Park, le 8 mai.

C'est donc dire que depuis le début de la campagne, les stratèges des trois principaux clans ont dû réviser leurs plans de match et continueront à le faire au cours des deux prochaines semaines. Pour maintenir la tendance, ou la renverser.

Les conservateurs essaient de faire le moins de vagues possible pour éviter de dégringoler dans les sondages, eux qui bénéficiaient d'une confortable avance en début de campagne.

Selon l'analyste des sondages de CBC, Eric Grenier, ils ont toujours le plus de chances de former un gouvernement majoritaire le 7 juin prochain. Mais ils se font talonner dangereusement par le NPD.

Les conservateurs se retrouvent sur la défensive depuis maintenant quelques jours, notamment au sujet des allégations liées au vol de données de clients de la 407.

Leur ancien candidat dans Brampton Est, qui est aussi un ancien employé de 407ETR, a dû se retirer de la course après l'annonce du vol de données. Il dit pourtant qu'il se défendra vigoureusement et qu’il n’a rien à se reprocher.

Le chef conservateur Doug Ford se fait poser des questions quotidiennement là-dessus. Que saviez-vous? Et quand? Le parti a-t-il eu accès aux informations en question? Est-ce que d'autres candidats conservateurs ont un lien présumé avec toute cette affaire?

Le NPD demande à Élections Ontario d’enquêter sur 12 circonscriptions pour déterminer si les données volées y ont été utilisées. Doug Ford offre toujours la même réponse : nous avons agi rapidement, nous agirons rapidement si nous apprenons autre chose. Bref, le moins de vagues possible.

Pour éviter la dégringolade.

Les conférences de presse de Doug Ford sont chorégraphiées au quart de tour : un cordon délimite l'endroit où doivent se placer les journalistes. Un télésouffleur donne à Doug Ford son texte à lire lors de ses allocutions publiques. Le nombre de questions allouées aux journalistes est limité et les questions de relance ne sont habituellement pas permises.

Tout ça pour éviter les pelures de bananes qui pourraient tout faire déraper. C'est probablement la raison pour laquelle, à mi-chemin de la campagne, les conservateurs n'ont toujours pas de plateforme électorale. Ils maintiennent qu'elle sera dévoilée d'ici le jour du scrutin. Veulent-ils éviter que leur plan soit décortiqué?

C'est certainement ce que feraient leurs adversaires libéraux qui s'efforcent de passer à la loupe le programme électoral du NPD divulgué avant la campagne. L'examen méticuleux de la plateforme a permis de trouver une erreur d'au moins 1,4 milliard de dollars.

Et pourtant, le NPD vogue en eau calme pour l'instant. Le parti est en hausse dans les sondages; il attire de plus en plus l'attention et joue la carte de la nouveauté et de la fraîcheur. Et ce, même si Andrea Horwath n'en est pas à ses premières armes, elle qui en est à sa troisième campagne électorale. Elle joue la carte de l'optimisme, de la différence, de la solution de rechange. Pour l'instant, ça lui sert.

Les libéraux ont la côte la plus difficile à remonter. Les sondages les placent troisièmes dans les intentions de vote. L'usure du pouvoir semble leur faire très mal. La frustration est palpable. Et pourtant, la panique à bord de l'autocar libéral n'est pas flagrante.

Vendredi, Kathleen Wynne faisait campagne dans des circonscriptions représentées par les conservateurs Sylvia Jones et Jim Wilson. Sont-ils en déni? Ou savent-ils des choses que nous ignorons? Devraient-ils miser sur les châteaux forts libéraux pour sauver les meubles? Ils ont passé du temps récemment à Ottawa et Thunder Bay notamment, des endroits qu’ils représentent et qu’ils ont absolument besoin de conserver s’ils veulent survivre aux prochaines élections.

Les libéraux savent très bien que les tendances se renversent rapidement et que bien des choses peuvent survenir en deux semaines. Le débat des chefs approche. C'est un rendez-vous qui peut détruire une campagne ou la propulser en première place. Ont-ils un lapin à sortir de leur chapeau?

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