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Analyse de discours : quel message les chefs ont-ils voulu passer à Ottawa?

En politique, à l'ère numérique, la maxime selon laquelle le « médium est le message » demeure toujours actuelle. En revanche, il ne faut pas sous-estimer le contenu et le pouvoir des mots. Les chefs des trois principaux partis, lors de leur passage à Ottawa, l'ont très bien compris et ont profité de toutes les tribunes pour marteler leur message.

Un texte d’Angie Bonenfant

Qu’avez-vous retenu des déclarations de Doug Ford, Kathleen Wynne et Andrea Horwath à Ottawa ?

Laure Paquette, professeure en sciences politiques à l'Université Lakehead à Thunder Bay et auteure d'un livre portant sur la stratégie politique en campagne électorale, rappelle que pour capter l'attention des électeurs, un message doit être simple et répété.

Et dans cette campagne électorale, personne, selon elle, ne maîtrise cet art mieux que le chef du Parti progressiste-conservateur Doug Ford.

Les discours de Doug Ford sont « moins potassés, moins travaillés, plus spontanés », indique la professeure. Selon elle, même s'ils sont inexacts, ils sont livrés avec des indications d'authenticité et les électeurs aiment ça.

À l'opposé, la chef du Parti libéral Kathleen Wynne s'embrouille dans de longues explications, soutient Mme Paquette. Sur ce point, la première ministre sortante rappelle la candidate démocrate à la présidentielle américaine.

« Mme Wynne, c'est vraiment Hillary Clinton en version miniature qui connaît tous les dossiers, tous les détails et a toutes les solutions, mais son message n'est vraiment pas simple, indique Mme Paquette. Elle s'embourbe dans les détails. »

Les détails de l'analyse : 

Doug Ford en quelques mots

Les discours du 9 mai et du 2 juin

Ce qui a retenu l'attention de Mme Paquette lors des deux passages de Doug Ford à Ottawa, ce n'est pas tant ce que le chef conservateur a dit, mais plutôt ce qu'il a omis d'aborder. Pas un seul mot n'a été prononcé sur les enjeux qui touchent les francophones.

Le chef conservateur a deux obsessions, croit Mme Paquette : l’économie, qui s’articule autour des mots « argent », « taxes » et « hydro », et Kathleen Wynne, qu’il ne cesse de démoniser.

« Il exploite cette faiblesse du PLO [l’impopularité de son chef] de la même manière que Mme Wynne et Mme Horwath parlent continuellement [des faiblesses de son plan] », expose Mme Paquette. « Il veut constamment rappeler à la population que c'est Mme Wynne, celle que vous détestez, qui sera première ministre pour quatre années, si vous ne votez pas pour lui. »

Ce sont des thèmes que M. Ford a véhiculés partout en province. Son message « populiste » ne s’adresse pas particulièrement aux résidents de la région d’Ottawa, mais le chef conservateur fait le pari que les résidents de la capitale nationale partagent son désir viscéral de changement.

Kathleen Wynne en quelques mots

Les discours du 9, 16, 17 et 31 mai

De son côté, Kathleen Wynne, qui sait qu'une partie de son succès repose sur l'appui des francophones, n'a pas manqué de marteler ses engagements envers les communautés francophones.

En fin de campagne, à Orléans, une conférence entière a été consacrée aux enjeux de cette communauté. Lors de ce discours, Mme Wynne a prononcé le mot « francophone », en français et en anglais, près d’une quinzaine de fois.

Le transport en commun a également été l'un des sujets de prédilection de Mme Wynne, à Ottawa, qui a promis d'accélérer la mise sur pied de la deuxième phase du train léger en injectant une somme d’argent supplémentaire.

« À Ottawa, tout comme à Toronto, le transport en commun est très important pour l'emploi. Les constructions sont longues et Ottawa traîne un retard », avance Mme Paquette. En misant sur cet enjeu qui touche directement le quotidien des électeurs d’Ottawa, Wynne espère marquer des points.

Andrea Horwath en quelques mots

Discours du 20 mai

« La chef du Nouveau Parti démocratique Andrea Horwath cherche à vendre son message de compassion. Le dossier parfait pour parler de ça, c'est la santé. C'est surtout de ça qu'elle a parlé à Ottawa », analyse Mme Paquette.

« Mme Horwath adapte son message aux régions qu’elle visite et, à Ottawa, elle a choisi les soins de longue durée. »

« À Ottawa, la fonction publique est un des grands employeurs de la région et le profil démographique est vieillissant, rappelle Mme Paquette. « Les questions de soins de longue durée sont donc des préoccupations très importantes pour les électeurs de cette région. »

Au cours de la campagne électorale, la chef néo-démocrate n’est venue qu’une seule fois à Ottawa. Elle ne compte pas sur les votes issus de la capitale nationale pour remporter les élections.

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