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Arrestation du journaliste Antoine Trépanier : la police de Gatineau reconnaît son erreur

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) ne portera pas d'accusation à la suite de l'arrestation du journaliste de Radio-Canada Antoine Trépanier. La police de Gatineau admet avoir commis une erreur dans ce dossier.

Un texte de Yannick Donahue

Dans un communiqué, le DPCP explique qu'après examen du rapport d’enquête du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG), il conclut qu’« aucun acte criminel n’a été commis » par le journaliste.

Le DPCP précise qu'il a avisé la plaignante du résultat de l’analyse du dossier avant de rendre publique cette décision.

Le SPVG reconnaît qu’aucune infraction n’a été perpétrée par le journaliste et s'engage à revoir ses façons de faire pour « qu’une situation de cette nature ne se reproduise plus ».

« Nous respectons évidemment cette décision [du DPCP] », a déclaré le chef de police Mario Harel, en conférence de presse, jeudi.

Le SPVG a indiqué que le policier impliqué dans cette affaire avait travaillé sur la seule foi des échanges qui ont eu lieu avec la victime ainsi que de sa déclaration. Il a considéré les éléments rapportés et la crainte réelle exprimée par la victime pour sa sécurité comme suffisamment sérieux pour faire une intervention auprès de M. Trépanier.

Rappel des faits

Antoine Trépanier était visé par une plainte pour harcèlement criminel dans le cadre d'une enquête journalistique sur la directrice générale des Grands Frères Grandes Soeurs (GFGS) de l'Outaouais, Yvonne Dubé, qui s’est faussement présentée comme avocate et a pratiqué le droit sans autorisation.

Mme Dubé avait déposé une plainte pour harcèlement à la suite d’appels et d’un échange de courriels avec le journaliste, qui lui offrait une chance de donner son point de vue dans le cadre de cette enquête.

Dans sa déclaration, Mme Dubé affirmait craindre pour sa sécurité « à la suite de menaces reçues et de communications répétées de la part d'un homme », avait indiqué le SPVG par voie de communiqué.

Le 13 mars en fin de soirée, Antoine Trépanier recevait l’appel du SPVG lui annonçant qu’il était en état d’arrestation et qu’il devait se présenter au poste de police. Il s’y est donc rendu, accompagné de ses deux patrons, pour signer une promesse de comparaître.

Remise en question

Le SPVG voit dans cette affaire « une occasion de se remettre en question et de faire évoluer l'organisation ».

« Un post mortem sérieux et approfondi de ce dossier a été entamé par notre Service et nous ferons rapidement les ajustements qui pourraient s’avérer d’intérêt pour qu’une situation de cette nature ne se reproduise plus », a révélé le directeur Mario Harel.

Il a rappelé qu’en aucun cas « les policiers n’ont procédé à l’arrestation de M. Trépanier dans le but de nuire à la liberté de presse ou de nuire à son travail ».

Désormais, la direction du corps policier devra être informée rapidement de tout événement concernant un journaliste. Une directive a été mise à jour à cet effet au sein du service. Au cours des prochaines semaines, le SPVG travaillera à développer un outil de référence pour ses policiers à l’égard des représentants de la presse.

Soulagement

Radio-Canada, qui a soutenu la démarche de son journaliste et qui considérait que l'arrestation d'Antoine Trépanier était sans fondement, a réagi favorablement à la décision du DPCP lors d’un point de presse tenu jeudi après-midi.

« Aujourd'hui, à Radio-Canada, nous sommes soulagés. Nous avons le coeur un peu plus léger », a déclaré le directeur des Services français de Radio-Canada à Ottawa-Gatineau, Yvan Cloutier.

Également sur place, le journaliste Antoine Trépanier en a profité pour donner sa version des faits. Il s’est défendu d’avoir menacé Yvonne Dubé.

Il a précisé avoir fait des suivis auprès de Mme Dubé. Résultat : trois appels au total, deux communications directes avec elle et un courriel. Il raconte avoir même été accommodant envers elle.

« Je lui ai étalé les faits que j’avais en ma possession. Je lui ai promis de lui montrer les documents avant l’entrevue, chose qu’on fait rarement. Généralement, on va ouvrir la caméra, on va montrer les documents, on va enregistrer. Moi, je m’étais engagé auprès d’elle par transparence, par, honnêtement, par gentillesse aussi, qu’elle me donne sa version des faits. Et c’est ce que j’ai fait », a-t-il souligné.

Questionné sur son arrestation, le journaliste a raconté la manière dont elle s'était déroulée.

Antoine Trépanier croit que le SPVG a failli à bien évaluer la situation.

« J’ai été extrêmement troublé d’avoir cet appel-là. Ce n’est pas un appel qui est évident. Ce n’est pas des jours qui ont été évidents non plus. Mme Dubé avait le droit de porter plainte. C’était son droit le plus fondamental, il n’y a pas de problème avec ça. Mais je pense que la police de Gatineau n’a pas fait ce que j’ai fait, c’est-à-dire vérifier de l’autre côté l’histoire », a-t-il déploré.

Une expérience troublante

M. Trépanier avoue avoir trouvé l’expérience très pénible.

« Tout ça ne me plaît pas du tout. Ce n’est pas un bon film. C’est extrêmement troublant. C’était extrêmement difficile pour moi de me promener ici dans la salle des nouvelles, ne pas pouvoir dire un mot à mes collègues, à mes amis. Il n’y a rien de plaisant là-dedans. Là, je regagne un peu cette liberté, un peu. Il y a toujours cette épée de Damoclès au-dessus de ma tête », a-t-il confié.

Le journaliste réclame des excuses du Service de police de la Ville de Gatineau.

Il ignore s’il intentera des poursuites contre le SPVG. Il dit y songer, mais n’a pas encore décidé. Il prendra du temps pour y réfléchir au cours des prochains jours.

Yvan Cloutier a indiqué que la Société Radio-Canada allait également étudier la question, précisant que ce n’est pas une tradition de la maison de porter des accusations, mais qu’elle ne l’excluait pas.

M. Cloutier a dit ne pas connaître le contenu de la plainte déposée au SPVG. « La plainte, on n’en a aucune idée de son contenu », a-t-il résumé.

Antoine Trépanier, qui s’est déclaré en conflit d’intérêts, ne pourra plus couvrir les nouvelles qui affectent le SPVG et des Grands Frères Grandes Soeurs de l'Outaouais.

« Au fond, c’est dans le respect complet de notre Code de conduite à Radio-Canada, c’est-à-dire qu’à partir du moment qu’on a un conflit d’intérêts, il faut le déclarer. En ayant maintenant – comme il vous l’a dit – moins ou plus du tout confiance au Service de police de Gatineau, il est tout à fait normal qu’il nous en avise et que nous, on adapte son affectation en conséquence », a affirmé Yvan Cloutier.

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