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Assiste-t-on à la mort lente et tranquille du Parti marijuana du Canada?

Mercredi après-midi, des milliers de Canadiens ont convergé vers la colline du Parlement pour fumer de la marijuana et manifester leur soutien à la légalisation du cannabis. C'est une tradition, depuis une dizaine d'années à Ottawa, on souligne le Jour 4-20 : un rassemblement populaire où on dénonce collectivement la prohibition de la marijuana.

Un texte de Angie Bonenfant

Cette année, ce rassemblement a été organisé dans un contexte social différent de celui dans lequel il a vu le jour, il y a plus de 40 ans, aux États-Unis.

Les moeurs des Canadiens - majoritairement en faveur d'une décriminalisation - ont changé. Et la promesse libérale de légaliser la vente récréative de la marijuana semble sur la bonne voie de se réaliser.

En avant-midi, la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, a annoncé que son gouvernement déposera au printemps 2017 son projet de loi pour légaliser la marijuana.

Les adeptes canadiens du Jour 4-20 ont donc une belle occasion de célébrer.

Le Parti marijuana se fait couper l'herbe sous le pied

C'est le Parti libéral qui s'engage, aujourd'hui, formellement à légaliser la marijuana, mais ce sont de plus petits partis, comme le Parti marijuana du Canada, qui ont porté le flambeau de la décriminalisation pendant de nombreuses années.

Le Parti marijuana devrait profiter de cette vague de changement dans l'opinion publique pour gagner en popularité. Pourtant, de l'aveu même de son chef, le Parti stagne et peine à préserver le statut officiel de parti politique au Canada.

En entrevue, le chef Blair Longley a soutenu qu'il avait de la difficulté à recruter le minimum de 250 membres exigés par la loi.

Les Canadiens, dit-il, ne se préoccupent plus des dossiers touchant la marijuana, parce qu'ils croient que l'élection d'un gouvernement libéral a réglé la question.

« Aujourd'hui, 75 % de la population est d'accord pour légaliser la marijuana. Quand le Parti marijuana a été lancé, c'était à une époque où moins de 50 % des gens pensaient comme ça. »

« La plante était aussi mal vue qu'un meurtre, c'est vous dire à quel point c'était démonisé. Ç'a été comme ça pendant des décennies. Nous avions donc un long travail à faire pour faire avancer notre cause. »

Promener votre curseur sur les points pour connaître l'évolution de cet enjeu au pays :

Pour l'instant, Blair Longley sent que la pertinence de son parti est remise en question.

« Le Parti pourrait se renouveler avec un nouveau chef et un nouveau nom, mais le Parti marijuana tel qu'on le connaît, avec une seule idée à défendre, n'a plus vraiment de place sur l'échiquier politique. »

Toujours pertinent, au contraire

Son collègue et porte-parole du Bloc Pot, Hugô St-Onge, ne partage pas cette opinion.

« Le projet de légalisation [du gouvernement libéral], c'est de la prohibition qui se maintient sous un nouveau nom, où on va accentuer les contraventions et le contrôle », a-t-il averti.

Il encourage les Canadiens à demeurer vigilants et à bien lire la proposition libérale.

« Il faut faire attention en politique entre le discours et la réalité. Il y en a qui pensent que légalisation veut dire plus d'ouverture, mais quand on lit le discours du Parti libéral, ce que l'on voit c'est une nouvelle forme de prohibition. »

Dans le projet libéral de légalisation de la marijuana, « tout ce qui touche la production et la revente est toujours considéré comme un crime moral important », rappelle M. St-Onge. « La mentalité n'a pas changé de ce côté-là, on continue de maintenir un discours des années 20, un discours vicieux. »

D'où l'importance, selon lui, de maintenir en vie un parti comme le sien et comme le Parti marijuana.

« On pense que le PLC fait un demi-pas, même pire, on pense que c'est un pas en arrière. Un régime pénal, c'est beaucoup plus sévère en fin de compte, parce qu'il n'y a aucun moyen de se défendre contre une contravention, tu n'as juste à la payer. »

Il admet aussi que le recrutement n'est pas facile : « C'est plus difficile que jamais parce que les gens ont l'impression que c'est déjà réglé ».

Encore du travail à faire

La criminologue et professeur à l'Université d'Ottawa Line Beauchesne croit également qu'il est important de garder l'oeil ouvert sur la légalisation canadienne de la marijuana.

Tout est une question de détails, dit-elle.

« Ç'a toujours été ça mon problème, cette espèce d'impression qu'on va désormais pouvoir fumer tranquille. Mais, c'est beaucoup plus compliqué que ça! »

« Il y a une industrie qui va entrer là-dedans », rappelle-t-elle. « Quelles règles de culture et de distribution émettra-t-on? Parce que tu ne veux pas non plus que l'on fasse comme avec les industries de tabac où la cigarette n'a plus rien à voir avec du tabac cultivé, tellement il y a eu une transformation pour assurer une narcodépendance. »

« Si on regarde l'industrie du chanvre, il y a toutes sortes de transformations : des biscuits, des bas, des produits de beauté, etc. Il y a une capacité dans les laboratoires de développer le produit sous plusieurs formes. Est-ce qu'il y a des formes que tu exclus parce que ça va être trop difficile de contrôler pour les mineurs? » s'interroge-t-elle.

Les partis comme le Parti marijuana et le Bloc Pot ont toujours une raison d'être, selon elle, pour s'assurer que la légalisation se fasse correctement.

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