Retour

Aucune aide après procès pour les jurés en Ontario

Des jurés qui ont connu une expérience de stress à la suite d'un procès criminel demandent l'aide du gouvernement, parce qu'ils se sentent laissés à eux-mêmes. C'est le cas d'un Torontois qui a siégé au procès de Farshad Badakhshan en 2014.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Mark Farrant était le président de son jury au procès de Farshad Badakhshan. L'individu avait été reconnu coupable du meurtre non prémédité de sa petite amie quatre ans plus tôt. Mark Farrant se souvient encore des détails horribles des audiences... Badakhshan avait égorgé sa petite amie avant de mettre le feu dans l'appartement de leur maison de chambres qu'ils partageaient à Toronto.

L'ancien juré de 44 ans affirme qu'il a commencé à présenter, selon son médecin, des symptômes de stress post-traumatique après le verdict de culpabilité. « Il y a d'horribles détails dont je n'arrive pas à me débarrasser, il m'arrive parfois de pleurer ou de trembler sans raison en parlant avec autrui. »

M. Farrant mentionne notamment des symptômes d'anxiété, de stress et de repli sur soi et des problèmes de sommeil et de communication. Il souligne que la stigmatisation associée aux maladies mentales est très insidieuse et qu'il ne voulait en aucun cas faire part de son vécu à sa famille, ses amis et ses collègues... du moins au début.

L'analyste en marketing admet volontiers qu'il tentait de dissimuler les signes avant-coureurs de son stress post-traumatique.

M. Farrant explique qu'il est finalement allé voir son médecin, qui l'a référé à un psychologue.

Le Torontois ajoute qu'il ne savait pas du tout où aller pour demander de l'aide. Il a approché la cour supérieure où il avait siégé durant quatre mois, mais en vain. « Ils ont été extraordinaires avec moi, mais les services aux familles de victimes ou de criminels ne sont pas formés pour aider des jurés en difficulté », reconnaît-il.

En Ontario, les tribunaux ne sont pas habilités à octroyer un soutien à d'anciens membres d'un jury à moins qu'un juge ne l'ordonne, ce qui est exceptionnel. Dans ce cas-ci, le ministère du Procureur général offrira à la personne une session de counseling, mais à ses propres frais. Le ministère n'est toutefois pas en mesure de nous donner les statistiques d'anciens jurés à qui il avait proposé un tel service.

Le Manitoba et le Yukon sont en fait les seules juridictions au pays où les gouvernements ont pris le problème de front. Le Manitoba offre par exemple quelques heures de débreffage aux jurés pour qu'ils puissent exposer leurs craintes ou leurs inquiétudes après le prononcé du verdict au sujet de ce qu'ils ont vécu durant le procès.

M. Farrant a contacté sa députée fédérale, Julie Dabrusin, pour changer les choses. La représentante libérale a alors soulevé la question à la Chambre des communes, où le comité de la justice est en train de revoir le Code criminel dans son ensemble.

Outre le soutien psychologique, il est aussi question d'une aide financière pour d'éventuels traitements médicaux ou thérapeutiques.

En attendant que le Code criminel soit amendé, Mark Farrant paye à ses frais une thérapie coûteuse qui l'aide néanmoins à surmonter, selon lui, son stress. Il ne regrette toutefois pas d'avoir siégé au sein d'un jury.

Avec les informations de CBC

Plus d'articles

Vidéo du jour


L’amour selon le zodiaque