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Audience publique sur les vols d'Air Transat déroutés à Ottawa : chaos, « prise d'otages » et « torture »

Des passagers des deux vols d'Air Transat cloués au sol pendant des heures, à Ottawa, en juillet, ont comparé leur mésaventure à une « prise d'otages » et à de la « torture ». Leurs témoignages ont retenu l'attention, mercredi, lors de la première journée de l'audience publique de l'Office des transports du Canada (OTC) sur ces événements.

Le 31 juillet, 20 vols qui devaient atterrir à Montréal et Toronto ont été redirigés vers l'aéroport international d'Ottawa en raison du mauvais temps.

Deux vols d'Air Transat, l'un en provenance de Rome, l'autre de Bruxelles, sont resté au sol pendant respectivement 4 h 47 min et 5 h 51 min, au grand désarroi des passagers.

Plusieurs d'entre eux se sont plaints du manque d'eau, de nourriture et de climatisation. Ils ont aussi déploré la chaleur à bord des appareils et l'indifférence de certains membres du personnel d'Air Transat.

Plusieurs passagers témoignent

Au total, sept passagers ont raconté le fil des événements. Certains ont affirmé avoir été mieux traités que d'autres parce qu'ils voyageaient en classe Club, l'équivalent de la classe affaires.

Marie-Hélène Tremblay était à bord de l'avion en provenance de Rome. Elle a déploré le fait que les passagers recevaient peu d'information et que cette information était souvent un peu n'importe quoi.

« La moindre des choses, c'est d'offrir un service courtois, de base aux passagers », a-t-elle dit.

Les passagers du vol en provenance de Bruxelles ont décrit à quel point la situation a dégénéré dans leur avion quand il est tombé en panne sèche et que l'électricité a été coupée.

« Tous les enfants pleuraient », a raconté Blaise Pascal Irutingabo. « Les agents de bord ne faisaient rien », a-t-il dit.

Un autre passager, Brice de Schietere, a souligné que l'arrivée des services d'urgence, appelés par un passager qui a composé le 911, a amélioré la situation. Les portes de l'avion ont été ouvertes et de l'eau a été fournie par l'aéroport d'Ottawa.

M. de Schietere a aussi précisé que l'arrivée des services d'urgence a permis de calmer plusieurs passagers qui commençaient à avoir un comportement inquiétant.

« La présence de la police et de l'aéroport d'Ottawa à bord a été rassurante. La situation aurait pu dégénérer rapidement dans la cabine », a-t-il affirmé.

Une autre passagère, Maryanne Zéhil, a comparé la situation à une « prise d'otages ».

Des suggestions des passagers pour éviter une telle situation

Plusieurs témoins ont souligné la nécessité pour les compagnies aériennes d'avoir des réserves d'eau et de nourriture non périssable en cas de retard.

Mme Tremblay a indiqué également qu'Air Transat devrait reconnaître ses torts et offrir des indemnités à tous les passagers de son vol. Elle a rappelé que les passagers de l'autre vol, en provenance de Bruxelles, se sont fait offrir un dédommagement.

M. de Shietere a suggéré que le gouvernement canadien devrait peut-être s'inspirer des pratiques et des lois en vigueur dans d'autres pays, lesquelles obligent les compagnies aériennes à faire sortir les passagers d'un avion cloué au sol après quelques heures.

« On ne peut pas décemment garder des passagers durant une trop longue durée dans une cabine sans air climatisé et ensoleillée », a-t-il souligné.

L'aéroport donne sa version des faits

Le président et chef de la direction de l'Administration de l’aéroport international d’Ottawa, Mark Laroche, a dit comprendre « la colère et la frustration des voyageurs » et trouver inacceptable que des passagers aient dû attendre si longtemps à bord de leur avion.

M. Laroche a précisé que les passagers auraient pu descendre de leur avion si Air Transat en avait fait la demande aux autorités aéroportuaires.

Il a également indiqué que l'aéroport n'était pas responsable de ravitailler les avions ou de fournir de l'eau et de la nourriture aux passagers, ces services étant la responsabilité des sous-traitants des compagnies aériennes.

Air Transat s'en prend à l'aéroport

Air Transat a remis en question la décision des responsables de l'aéroport de stationner ses avions à un endroit éloigné des pompes de ravitaillement.

L'avocate du transporteur aérien, Madeleine Renaud, a suggéré que d'autres compagnies dont les avions avaient été déroutés, entre autres KLM, avaient obtenu un traitement privilégié pour le ravitaillement en carburant, en raison de l'intervention de l'Administration de l’aéroport international d’Ottawa.

Or, M. Laroche a indiqué que l'équipage de KLM arrivait en fin de quart de travail et qu'il était urgent que l'avion puisse repartir le plus tôt possible. L'aéroport n'a fait qu'informer les responsables du ravitaillement de cet état de fait et n'a pas demandé à ce que cet avion soit priorisé, selon lui.

« Les pilotes d'Air Transat n'ont jamais manifesté de situation urgente et s'ils l'avaient fait [l'aéroport] serait intervenu de la même façon pour faciliter leur ravitaillement », a-t-il affirmé.

Un sous-traitant contredit l'aéroport

L'entreprise responsable de ravitailler les avions en carburant à l'aéroport international d'Ottawa, Aircraft Service International Group (ASIG), soutient toutefois qu'un employé de l'Administration a fait pression en faveur de l'avion de KLM.

Matthew Robillard, le préposé au ravitaillement en carburant qui travaillait le soir du 31 juillet, a qualifié ce quart de travail de « chaotique ».

Il dit qu'il n'a pas été informé par le fournisseur de services d'Air Transat du fait que les réserves en carburant d'un des avions, soit le vol TS157, étaient basses.

Il a expliqué l'avoir appris quelques minutes avant que l'avion ne tombe en panne sèche. M. Robillard a soutenu que s'il l'avait su avant, il aurait tout fait pour ravitailler l'appareil avant qu'il ne tombe en panne.

L'audience se poursuivra jeudi avec le témoignage d'Air Transat et de son fournisseur de services à l'aéroport international d'Ottawa, First Air.

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