Retour

Avant/après : la rue Sparks au cœur d’Ottawa, du 19e siècle à nos jours

À la veille des consultations publiques concernant le projet de revitalisation de la rue Sparks, plongeons dans l'histoire de cette artère historique d'Ottawa, la première rue piétonnière à avoir été crée au Canada.

Un texte d’André Dalencour pour Les malins

Baptisée ainsi en l’honneur de Nicholas Sparks, un éminent homme d’affaires de la région, la rue Sparks a une histoire qui est intimement liée à celle de la création de la ville d’Ottawa. C’est aussi celle d’un incroyable coup de poker survenu il y a près de deux siècles.

Tout juste débarqué de son Irlande natale en 1816, le jeune Nicholas Sparks commence à travailler comme ouvrier agricole pour Philémon Wright, le fondateur de la ville de Hull. Ambitieux, il épouse en 1826 Sarah Olmstead Wright - la veuve de Philemon Wright fils - et devient quelques années plus tard un baron du bois.

« Il va avoir énormément de chance, parce qu’il va acheter en 1821 plusieurs propriétés. Entre autres, il va acheter le Lot C, qui est aujourd’hui le centre-ville d’Ottawa », explique le président de la Société d’histoire de l’Outaouais, Michel Prévost.

Le terrain en question allait de la rue Wellington, devant l’actuel édifice du parlement, à la rue Laurier, et de la rue Waller à la rue Bronson, couvrant une superficie de près de 80 hectares.

Merci Ô Canada

Nicholas Sparks débourse la coquette somme de 95 livres, soit l’équivalent de 10 000 $ aujourd’hui, pour ce terrain marécageux que plusieurs considèrent comme une mauvaise affaire.

« Ça va être tout à fait le contraire, parce qu’on va exproprier une partie de ces terrains pour construire le canal Rideau en 1826 », souligne M. Prévost.

Cette première opération va lui rapporter une petite fortune. Quelques années plus tard, en 1848, Nicholas Sparks tente un nouveau coup de poker en procédant au lotissement de la parcelle.

« Alors la rue Sparks est ouverte en 1848, mais au départ, il n’y a personne qui achète, parce que la population à l’époque vit essentiellement dans la Basse-Ville », précise l'historien.

Les choses vont cependant changer quand Ottawa devient la capitale du Canada en 1857 et que la valeur de ces terrains commence à croître.

« Ce qui va vraiment amener le développement du secteur et de la rue Sparks, bien sûr, c’est la construction des édifices du parlement, puis l’arrivée en 1866 des parlementaires pour le Canada unis », détaille M. Prévost. « En 1867, Ottawa devient la capitale de la nouvelle Confédération. Et là, ça va vraiment être l’envol. Là, les terrains vont se développer. Les commerces vont venir s’installer. »

L’âge d’or de la rue Sparks

La rue Sparks devient un pôle économique pour les résidents des deux côtés de la rivière des Outaouais, qui peuvent s’y rendre directement en tramway.

« À l’époque, c’était le grand moyen de transport », insiste M. Prévost. « Les rues qui étaient les plus dynamiques, c’était les rues où il y avait les tramways, parce qu’on voulait amener facilement les clients vers les commerces. »

Plusieurs banques et institutions financières y installent leur siège, renforçant le statut de poumon économique de la rue.

Ces bâtiments sont autant de témoignages des différentes tendances architecturales qui ont marqué les 100 dernières années, notamment dans les styles néo-classique, néo-gothique ou Art déco.

Cette période faste s’étire jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. L’étalement urbain, le début des trente glorieuses et l’avènement de la consommation de masse vont en sonner le glas.

« Avec le développement des banlieues, on va construire énormément de centres commerciaux, ce qui fait que l’activité commerçante du centre-ville ne sera plus jamais ce qu’elle avait été à la fin du XIXe siècle ou pendant une bonne partie du XXe », déplore M. Prévost.

Dans les années 1960, la rue devient piétonnière l’été dans le but de relancer l’activité commerciale. Devant le succès de l’opération, la formule devient permanente en 1967, mais l’effet de nouveauté finit par s’estomper dans les années 1970.

« Je pense que c’est une question de mode. Il y a des études qui démontrent que ce genre de rue piétonnière est moins au goût du jour que ça l’a été au moment où on a fermé la rue Sparks à la circulation », croit l'historien.

Depuis lors, la rue Sparks n’a jamais retrouvé son lustre d’antan. Reste à voir si les futures tentatives pour lui insuffler une nouvelle vie auront l’effet escompté.

Plus d'articles