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Bébé pressé? Une maman accouche en plein air!

« Quand je suis arrivée au pied de l'escalier, j'ai senti quelque chose tomber par terre. Et quand j'ai regardé, j'ai juste vu un corps au sol. » C'est ainsi qu'Ann-Kathryne Lassgue raconte, une semaine plus tard, son accouchement en plein air qui aurait facilement pu tourner au drame. Récit d'un scénario digne d'Hollywood.

Un texte de Jérôme Bergeron

Mardi, 3 juillet. La jeune mère de 36 ans, diplomate à l’ambassade d’Haïti, n'est pas très inquiète lorsqu’elle commence à souffrir de contractions dans la journée. La jeune mère ressentait de fausses contractions depuis quelques mois déjà et, après tout, l’arrivée du jeune Georges-Alix n’était pas prévue avant deux semaines.

Mais face à la douleur de plus en plus aiguë, Ann-Kathryne décide de consulter un médecin. Il est 21 h. À peine a-t-elle quitté son condo et descendu les grands escaliers menant à sa résidence que bébé décide qu’il est temps de se pointer le bout du nez.

Je me suis mise à crier et j’ai vu des enfants en train de se moquer de moi. Mais je sentais quelque chose pousser , explique la mère. C’est là que quatre voisins s’attroupent pour lui venir en aide. Les gens me disaient: " Vous devez vous asseoir. "

Le nouveau-né de près de huit livres est tombé sur l'asphalte, au pied de leur escalier. Surprise et sous le choc, Ann-Kathryne baisse les yeux sur le bébé et craint le pire. Quand j'ai regardé, j'ai juste vu un corps jaune. Je croyais que le bébé était mort.

Pris dans un état de panique, le père, Georges-Philippe Jean, récupère alors le nouveau-né. Du même coup, il rattrape de la main droite sa femme qui perd connaissance. C'était un manège d’émotion, comme si le train venait de me passer dessus, raconte-t-il.

Le couple n’avait pas du tout prévu d’accouchement à la maison. Le papa s’est retrouvé, malgré lui, dans le feu de l’action : Il fallait que j’agisse tout de suite. Il y avait un peu une atmosphère d’hystérie.

Le petit Georges-Alix a « touché le sol » à 21 h 10, comme aime le raconter à la blague son père.

Un accouchement qui soude le voisinage

Quelques minutes avant que le bébé ne se pointe le bout du nez, Solange Habyalinana était à l’intérieur de son appartement, lorsque ses enfants sont entrés en panique dans sa résidence.

Ils sont venus en courant dans la maison me dire : " Maman, je pense qu’une madame se fait battre." , raconte-t-elle. Mais lorsque Mme Habyalinana et sa soeur, policière à la ville de Montréal, sont sorties, elles ont vite réalisé qu’il s’agissait d’un accouchement en plein air.

Par instinct, on a pris chacun un rôle. Ma soeur a commencé à s’occuper de la situation avec le 911 au téléphone, relate-t-elle. Une vague d’entraide et de solidarité s’est alors déferlée.

À la demande de la téléphoniste, un voisin part aussitôt à la recherche d’une couverture et d’un lacet pour nouer le cordon ombilical. Solange s’occupe de l’autre enfant de deux ans du couple et Michel Yvon déplace la voiture du couple pour laisser place aux ambulanciers paramédicaux.

C’était assez intense comme moment, mais tout le monde participait et savait quoi faire, explique-t-il.

Les ambulanciers paramédicaux et les pompiers ont pris le relais et ont conduit la maman et le poupon à l’hôpital.

Une semaine plus tard, les fiers parents rayonnent en voyant le petit George-Alix, un bébé en santé qui a fait une entrée spectaculaire dans le monde. Ça été une leçon de vie, de voir comment la communauté s’est aidée, avoue le papa, émotif.Cette expérience nous a vraiment unis.

Cet événement a tissé des liens entre des voisins qui n’auraient jamais cru vivre de si fortes émotions ensemble. Outre les traditionnels « bonjour » qu'ils s’échangeaient tous par politesse, ils n’avaient jamais pris le temps de se rassembler.

Solange Habyalinana est encore émue lorsqu’elle raconte son histoire. Elle tenait à ce qu’elle soit racontée, pour une raison : C'est de savoir que la bonté existe encore et que ça fait partie de l’être humain.

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