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Bernard Aimé Poulin : « Je ne suis pas artiste, je suis peintre! »

Il a croqué avec son pinceau le Prince William, les anciens premiers ministres du Canada Brian Mulroney et Jean Chrétien, ainsi que l'ancien premier ministre de l'Ontario Ernie Eves. Pourtant, après plus de 40 ans passés devant son chevalet et bien qu'il soit reconnu comme un portraitiste chevronné, Bernard Aimé Poulin ne revendique rien, si ce n'est une certaine idée de la peinture comme un moyen d'entrer en communication.

Un texte d’André Dalencour pour Les malins

Bernard Aimé Poulin a vu le jour en 1945 à Windsor, en Ontario. Aussi loin qu’il s’en souvienne, il a toujours eu un intérêt pour le dessin et la peinture.

« Mes parents étaient très encourageants, quoique mon père était mécanicien et ne comprenait pas trop tôt. À 9 ans, j’ai juré devant la famille au souper que je devenais portraitiste », se remémore-t-il.

La fibre artistique était bien présente dans la famille - sa mère était soprano et ses oncles chantaient. Mais de là à en faire un métier?

« En annonçant que je devenais portraitiste, mon père a annoncé pour sa part que son aîné voulait crever [de faim]. Mais il m’a supporté et encouragé. À 14 ans, il m’a envoyé vendre mes toiles… Si j’étais capable de les vendre. Il m’a poussé du côté survie. C’était une bonne leçon », analyse-t-il avec le recul. « Encore aujourd’hui, je crois que lui avait de l’huile sur ses mains comme mécanicien. Moi aussi.

C’est tout simplement une différente huile. On est tous deux des travailleurs. »

Cette éthique de travail de col bleu, Bernard Aimé Poulin la revendique haut et fort, lui qui s’enferme dans son studio dès 5h du matin, parfois jusqu’à 22h.

L’ombre et la lumière

Bernard Aimé Poulin raconte avec affection comment son père qui était allé en France pour apprendre la mécanique d’une voiture française avait passé tout son temps libre au Musée du Louvre.

« Il avait annoncé à ma mère qu’il voulait tout simplement comprendre c’est qui son fils. J’ai découvert ça comme adulte. […] Il l’a dit à ma mère qui me l’a dit après son décès. […] Pour moi c’était très touchant », confie le peintre.

Pour comprendre Bernard Aimé Poulin et sa peinture, il faut encore remonter à son enfance et à son grand intérêt pour la lumière.

« J’adore les coins cachés, j’adore les coins où la lumière joue dans les ombres. J’ai découvert les ombres enfants, parce que je me cachais dans les boisés. Je me cachais sous les arbustes pour avoir la paix », explique-t-il, lui qui est issu d’une fratrie de huit enfants.

Amoureux des couleurs, des ambiances et des formes que sculpte la lumière, il se définit aussi comme un « enragé » et un « passionné » d’art.

« Tout ce que je regarde, tout ce que je goûte, je veux peindre. Que ce soit une vague, un enfant avec des cerfs-volants, si ça m’attire je veux le faire, mais je veux bien le faire », précise-t-il. « Je veux sculpter, analyser, foncer dans le tas pour savoir, ça vient d’où ça. »

Bien qu’il se dise inspiré et stimulé par son environnement, il admet qu’il a redécouvert les couleurs du Canada à force de voyager à l’étranger.

« Je n’aimais pas les couleurs du Canada, je trouvais ça trop gris. Ce que j’ai découvert en voyageant, c’est que les gris sont quand même un mélange de toutes les autres couleurs. Ça peut être des gris rosés, des gris bleutés, des gris noir, vert, bruns. Alors soudainement, le Canada devenait absolument extraordinaire », explique l’artiste.

La peinture, un travail technique

Au cours de son adolescence, Bernard Aimé Poulin faisait surtout des natures mortes et des paysages, parce que c’était plus facile et ça se vendait le mieux.

« Dans le domaine du portrait, je n’étais pas tellement bon. […]Moi, c’était une question d’apprendre, dessiner constamment. Ça m’a pris beaucoup d’années avant d’être capable de réaliser ces choses », indique le septuagénaire.

À défaut d’une formation académique en peinture, Bernard Aimé Poulin s’est forgé une expérience en autodidacte, notamment à travers des lectures, mais aussi des voyages en Italie pour étudier les œuvres des Grands Maîtres.

« Pour moi, dessiner et peindre, c’est une question d’apprendre une technique », insiste-t-il.

Dans sa conception des choses, le produit qui résulte de ce processus de création est avant tout un médium communication.

« Je ne suis pas artiste, je suis peintre. Si on me dit artiste, c’est un compliment. Mais créer des toiles, c’est une question de communication, de partage », fait-il valoir. « Il faut que les gens y goûtent et créent chez eux, dans leur intérieur, ce que je voulais dire. Moi, ce que je voulais dire ce n’est pas nécessairement ce que celui qui regarde la toile pense. C’est à eux de créer dans leur intérieur ce que c’est cette affaire-là. »

Le portrait, son métier

Bernard Aimé Poulin a commencé à peindre à temps plein quand son épouse, Marie Charette-Poulin, et lui sont partis s’installer à Sudbury, à la fin des années 70. Il a découvert sur place une vie artistique vibrante et reste à ce jour marqué par les rencontres qu’il a pu y faire.

Plusieurs années plus tard, quand sa femme est devenue sénatrice en 1995, il s’est mis à côtoyer le milieu politique.

Entre-temps, il avait accumulé beaucoup d’expérience comme peintre et il commençait à se faire connaître comme portraitiste, notamment à l’étranger.

« J’avais déjà fait plusieurs portraits de différents genres, que ce soit des bureaucrates, des présidents de corporation. Et là, j’ai commencé à peindre des politiciens. Pas parce que je suis allé courir après. J’aimais bien mieux peindre des enfants », précise Bernard Aimé Poulin.

Peu lui importe les allégeances politiques, ce qui compte le plus pour lui, c’est de pouvoir exercer son métier.

« Qu’ils soient conservateurs, libéraux ou de n’importe quel parti politique, ça m’était égal. J’étais peintre, alors si on me commande, je peins, c’est tout. J’ai toujours aimé ma vie de portraitiste », affirme-t-il.

S’il expose actuellement à la Galerie Jean-Claude Bergeron des natures mortes et quelques portraits, Bernard Aimé Poulin promet que sa prochaine exposition sera plus engagée et abstraite, avec un concept tournant autour des mots.

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