L'élection d'un gouvernement majoritaire du Parti libéral du Canada (PLC) fait rêver de nombreux maires et premiers ministres d'un peu partout au pays pour une raison bien précise : une promesse ambitieuse d'investir 125 milliards de dollars en 10 ans dans les infrastructures.

C'est un secret de polichinelle. Les infrastructures d'un peu partout au pays ont été négligées depuis 40 ans et aujourd'hui, elles sont en décrépitude.

Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de faire un petit tour sur le boulevard Saint-Joseph, dans le secteur de Hull, une des artères principales de la ville... C'est assez éloquent : des trous partout, un boulevard rapiécé, du slalom urbain. Rien pour donner envie d'aller faire ses emplettes sur une des rues commerciales les plus importantes de Gatineau.

Un besoin criant

La Ville n'a pas les moyens de donner un grand coup pour régler le problème, pour combler l'absence d'investissement des dernières décennies. Au fil du temps, les maires se sont succédé en limitant les hausses de taxes, peu populaires, mais en compromettant la santé financière à long terme des municipalités - électoralisme oblige.

Pelleter par en avant à ses limites : le mur approche.

Pour vous donner une idée, Gatineau consacre chaque année 25 millions pour réparer ses routes, ce qui permet seulement de maintenir le réseau, sans nécessairement l'améliorer.

En fait, il faudrait un autre 25 millions pour rattraper le temps perdu, mais l'argent n'est pas au rendez-vous. Il faut faire des choix.

Depuis quelques années, les nouvelles sources de revenus conférées aux Villes (un point de TPS ou encore des gains provenant du pacte fiscal) ont été consacrées entièrement aux infrastructures.

Ce n'est pas assez, Gatineau traîne un déficit en infrastructure de 1,3 milliard de dollars. C'est deux fois et demie le budget annuel de Gatineau... en rattrapage seulement!

Un peu de lumière

La promesse libérale d'investir massivement en infrastructures peut aider à panser le bobo.

Personne ne lèvera le nez sur de l'argent supplémentaire dans les infrastructures, une enveloppe que Justin Trudeau souhaite investir principalement dans le transport en commun, l'infrastructure sociale (logement abordable) et l'infrastructure verte (aqueducs, eaux usées, énergie propre).

Gatineau veut mener à terme plusieurs projets qui pourraient se conformer aux exigences du nouveau gouvernement, notamment pour le développement d'un corridor de transport rapide vers l'ouest à Aylmer ou encore pour refaire les réseaux d'égouts et d'aqueducs qui flanchent plusieurs fois par année.

Quelle somme Gatineau peut-elle espérer du fédéral?

Difficile de savoir pour l'instant, mais une chose est certaine : ce n'est pas Gatineau qui va cogner à la porte du ministre responsable à Ottawa.

Puisque Gatineau et les villes du Québec relèvent du gouvernement provincial, ce sera au gouvernement Couillard de négocier avec le fédéral pour répondre aux besoins des villes, qui seront plusieurs à se manifester.

Gatineau devra se positionner rapidement pour ne pas manquer le bateau. Depuis quelques années, elle a raté peu d'occasions.

Lorsque les gouvernements fédéral et provincial ont mis de l'avant des programmes de subventions qui exigeaient un investissement au pair, Gatineau a emprunté des millions pour profiter de ces programmes ponctuels d'investissements en infrastructure, le temps qu'ils étaient disponibles.

Le vrai remède

Depuis son élection, j'entends le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, chanter le même refrain sur toutes les tribunes : les villes doivent diversifier leurs sources de revenus.

C'est même inscrit dans la plateforme électorale de son parti.

Pour les élus, un programme de subvention comme un retour de la taxe d'accise sur l'essence est - de loin - un financement privilégié à celui des programmes ponctuels, comme souhaite mettre de l'avant le gouvernement de Justin Trudeau.

Il est prévisible à long terme, les montants sont connus à l'avance et cela permet aux élus municipaux d'établir leurs priorités.

Lorsqu'on sait que les Villes gèrent 58 % des infrastructures avec seulement 8 % des impôts perçus, il est peut-être temps que Québec et Ottawa s'attaquent au vrai problème : la fiscalité municipale.

Un programme ponctuel en infrastructures soulagera certainement le bobo, mais une révision de la fiscalité municipale pourrait sûrement le soigner.

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