Le curling a beau avoir été admis aux Jeux olympiques depuis 1998, être une activité pratiquée par près d'un million de Canadiens et générer annuellement des profits de dizaines de millions de dollars, cette activité physique traîne encore la mauvaise réputation de ne pas être un « vrai sport ».

Un texte de Angie Bonenfant

Vous les avez probablement toutes entendues, des blagues - plus ou moins douteuses - sur ce sport souvent considéré comme une activité « pour vieux ».

C'est probablement le plus important préjugé que doivent combattre les amateurs de curling, même si les plus récentes statistiques démontrent que la majorité des joueurs canadiens sont âgés de 12 à 17 ans.

Le curling est-il un « vrai » sport?

Au centre de cette polémique, la définition même du mot « sport ». Étrangement, les internautes ne partagent pas tous la même définition. La ligne entre ce qui différencie le simple jeu du sport est souvent floue.

Par souci de cohérence, nous adopterons dans le cadre de cet article celle du Petit Robert :

Le sport sous-entend le déploiement d'un effort physique. Toutefois, cette définition n'en précise pas l'intensité. Les détracteurs du curling aiment souligner que cette activité ne requiert pas un grand effort.

Selon une étude de l'Université Harvard, une personne pesant 155 livres qui joue au curling, pendant 30 minutes, dépenserait environ 149 calories.

C'est beaucoup plus d'énergie dépensée que pour jouer au Frisbee (112 calories), par exemple, ou faire du tir à l'arc (130 calories). Mais c'est encore bien inférieur à ce que dépenserait cette même personne en faisant du ski alpin (223 calories) ou du patin (260 calories).

Effort intense sur courtes périodes

Le curling est avant tout un sport en anaérobie, tient à préciser Amélie Blais, présidente de Passion Curling, à Québec.

« Le brossage peut durer de 10 à 45 secondes, sauf que dans ces 45 secondes-là, c'est très, très intense, il faut mettre beaucoup d'énergie », a-t-elle expliqué.

« Ensuite, on a environ une minute et demie pour récupérer, avant de recommencer tout ça. Lors d'un tournoi, on fait ça pendant 2 h 30, deux fois par jour, pendant sept à huit jours d'affilée. »

Pour soutenir un tel effort physique, les joueurs de curling doivent, selon elle, suivre un plan de conditionnement physique rigoureux.

« Pour la personne qui va jouer seulement social, une fois par semaine, c'est sûr que les dépenses en énergie vont être beaucoup moins grandes », a poursuivi Amélie Blais.

« Mais aussitôt que l'on tombe dans un niveau de jeu d'élite ou d'excellence, c'est énormément d'entraînement sur glace et d'entraînement en salle. On travaille aussi avec des psychologues sportifs pour améliorer encore plus notre niveau de jeu. On passe beaucoup d'heures à l'entraînement. »

« Les gens regardent ça à la télé et se disent que ç'a l'air facile. Mais aussitôt qu'ils mettent les pieds sur la glace et qu'ils font leur premier glissage, c'est là que l'on voit leur regard changer et qu'ils se rendent compte que c'est plus difficile que l'on aurait pensé! »

Pour en finir avec les préjugés

Neil Frotten est un entraîneur personnel d'Ottawa spécialisé dans le conditionnement physique. Il travaille avec l'équipe de curling Homan, actuellement classée numéro un au monde.

Il est bien placé pour dire que le curling est un sport : « Des joueurs de curling de haut niveau m'ont déjà dit qu'un brossage du début à la fin se compare à un sprint de 200 mètres. »

Training hard and having fun with Lisa and Emma of Team Homan #fitness #training #athlete #canada #teamhoman #nationalathlete #offseason #curling

Une photo publiée par Neil Frotten, CSCS (@nffunctionalperformance) le

Il a accepté de déconstruire certains préjugés :

1. Il est possible de jouer au curling jusqu'à l'âge de 99 ans, donc le curling n'est pas un sport

« Les gens qui utilisent l'âge pour dire que le curling n'est pas un sport se trompent, royalement. Je joue au hockey avec des joueurs de 60 et 70 ans. Sur le canal, je croise des personnes âgées qui font du patin tous les jours et, pourtant, personne n'osera dire que le patin n'est pas un sport! Il faut savoir faire la différence entre une activité récréative et professionnelle. Quand on joue à un haut niveau, l'intensité est là. »

2.  Il n'y a aucun contact physique au curling, donc le curling n'est pas un sport

« Il y a plusieurs personnes qui pensent qu'une activité n'est pas un sport à partir du moment où il n'y a pas de contact physique, comme au hockey ou au football. Il y a encore des gens aujourd'hui qui pensent que le golf n'est pas un sport, alors que c'est faux. À partir du moment où il y a un élément compétitif, c'est un sport. Au golf, on se bat contre nous-mêmes. Au curling, c'est contre une autre équipe. Il y a un pointage, vous devez vous entraîner pour être au sommet, donc le curling pour moi est un sport! »

3. Balayer, ce n'est pas très difficile, donc le curling n'est pas un sport

« Le brossage au curling, c'est un art. Tu dois être vraiment en forme pour effectuer le mouvement de balayage - pousser et tirer le balai - intensément, plusieurs fois dans une partie, sur la glace. L'élément de fatigue est souvent un enjeu dans ce sport et la forme physique est très importante. Ceux qui s'entraînent ont une longueur d'avance sur les autres! »

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