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Carence de soins médicaux adéquats pour homosexuels

À Ottawa, un patient homosexuel sur cinq refuse de dévoiler son orientation sexuelle à son fournisseur de soins médicaux, par crainte de stigmatisation. C'est une des raisons qui motive l'Hôpital d'Ottawa à créer une chaire de recherche pour les homosexuels.

Un texte de Jérôme Bergeron

L'Hôpital d'Ottawa veut créer un programme complet de soins de santé qui aidera à améliorer l'accès à des soins adaptés pour les gais.

« Certains patients vont faire face à du jugement, surtout face à leur sexualité. Pas seulement du jugement, certains médecins ne vont simplement pas comprendre la réalité des hommes gais », soutient d’entrée de jeu l’assistant à la recherche de la Fondation de l’Hôpital d’Ottawa, Maxime Charest. C’est ce qui expliquerait la crainte des homosexuels à dévoiler leur identité sexuelle.

En 2017, alors que le mariage entre deux personnes de même sexe est permis depuis 12 ans et que l’homosexualité n’est plus un crime, il y a encore beaucoup de changements à apporter dans le système de santé afin de le rendre plus accessible, selon le directeur général de l’organisme MAX, Roberto Ortiz Núñez. Cet organisme, mis sur pied il y a quelques mois, promeut la santé chez les hommes gais.

« On rencontre encore un peu de l'hétéronormativité, donc on présuppose qu’on a une femme, qu’on va avoir des enfants. Toutes les questions qu’on nous pose ou qu’on ne nous pose pas vont avoir un impact sur les services qu’on va avoir », estime M. Ortiz Núñez.

À cela s’ajoutent les « homosexuels invisibles », c’est-à-dire ceux qui résistent et ne dévoilent pas leur orientation à leur médecin. Que ce soit par refus de le dévoiler ou tout simplement parce que le médecin ne s’informe pas. L’impact sur la santé de ces hommes est réel, selon le Dr Rémi De Champlain, qui s’intéresse à la santé des homosexuels.

« Le médecin n'aura pas accès à tout un pan de ta personnalité, sur le côté sexualité, les infections transmises sexuellement, par exemple [...] Les ITSS sont plus fréquentes dans la population homosexuelle. On va voir plus de syphilis, d’hépatite et de VIH et il y a des façons différentes de traiter selon l’orientation », explique le Dr De Champlain.

Les homosexuels sont une population vivant avec un plus haut taux de troubles mentaux. Dans une vaste étude menée pour la Fondation Jasmin Roy, rendue publique il y a quelques semaines, 81 % des répondants ont avoué avoir ressenti, au cours de leur vie, des sentiments de désarroi, de solitude, d’isolement ou de découragement en lien avec leur orientation sexuelle.

« Et si la personne souffre d’anxiété, de dépression en raison de son orientation [...] si le médecin n'a pas accès à ces informations-là, il ne peut pas l'aider de façon optimale », souligne le Dr De Champlain

À la recherche de fonds

Ce portrait sombre de la réalité homosexuelle encourage la Fondation de l’Hôpital d’Ottawa à lancer une chaire de recherche sur la santé des hommes gais en Ontario.

Elle tente de récolter un million de dollars afin de lancer l’étude. La chaire n’a pas encore été octroyée à un chercheur, mais celui-ci aura du pain sur la planche, selon l’assistant à la recherche Maxime Charest.

« Il va regarder l'épidémiologie des maladies des hommes gais à travers la province. Il va aussi regarder aux enjeux psychosociaux qui ont un impact sur l'accès et la qualité des services de santé », énumère M. Charest.

À son avis, l’offre de soins n’est pas adéquate pour les minorités sexuelles de l’Ontario, les cliniques spécialisées étant peu nombreuses et installées seulement dans les grands centres.

Le directeur général de l’organisme MAX est bien ravi d’apprendre que des chercheurs se pencheront spécifiquement sur la question. Plusieurs recherches ont été dirigées sur le sujet, mais plutôt à Toronto et à Vancouver.

« Le fait qu'on ait une chaire à Ottawa, ça va nous permettre de développer des initiatives avec des données probantes, locales, pour mieux répondre aux besoins des gars de la région », se réjouit M. Ortiz Núñez.

La Fondation espère pouvoir lancer la recherche au début de 2019. Un chercheur principal sera recruté pour diriger une équipe qui examinera les moyens d'améliorer la santé des homosexuels.

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