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Célébrations du 400e : de « l'argent gaspillé », selon des Franco-Ontariens

Le rideau est tombé sur les célébrations des 400 ans de présence francophone en Ontario, mais quel héritage concret nous laissent les millions de dollars investis pour promouvoir le fait français? Certains Franco-Ontariens estiment qu'une partie de cet argent, destiné aux activités communautaires, a été mal dépensé. 

Un dossier d'Alex Boissonneault et de Valérie Ouellet

Comme bien des francophones du milieu communautaire, Marcelle Lean a d'abord vu les 5,9 millions de dollars versés aux célébrations du 400e comme une chance d'obtenir plus de financement en 2015.

La directrice du festival du film francophone de Toronto, Cinéfranco, espérait obtenir sa part du gâteau en proposant un projet au Programme célébrations du 400e, une enveloppe de 1,4 million de dollars qui faisait partie du budget provincial alloué au 400e.

Elle s'est rapidement rendu compte que même si son organisme avait besoin d'argent supplémentaire, elle n'avait pas de projet pertinent à proposer.

Avec le recul, elle se rappelle surtout à quel point c'était « tentant d'essayer de créer quelque chose, de viable ou non » pour décrocher la subvention. Elle ne doute pas que certains l'ont fait.

Radio-Canada a analysé la liste complète des 61 projets communautaires qui ont décroché du financement dans le cadre du programme.

En tout, 61 projets dans 25 communautés ont reçu des fonds, pour des activités allant des reconstitutions historiques aux spectacles de danse folklorique, en passant par des colloques et ateliers sur l'histoire des Franco-Ontariens.

Pour voir notre carte des 61 activités communautaires financées, cliquez ici. 

En regardant notre liste, Marcelle Lean estime qu'on aurait plutôt dû investir pour assurer la viabilité à long terme des organismes comme le sien, qui permettent à la communauté de rayonner année après année. 

Gérard Poupée, francophone établi à Toronto, parle carrément de gaspillage et d'incohérence dans le choix des projets.

En regardant la liste des projets financés, la députée provinciale néo-démocrate France Gélinas remarque « beaucoup de projets qui auraient eu lieu de toute façon et qui n'ont pas fait des changements fulgurants ». 

Comment évaluer l'impact concret de ces activités du 400e?

Nous avons demandé à deux chercheurs qui étudient la Francophonie canadienne si, à leur avis, les 61 projets financés respectaient bel et bien les critères de sélection de la province, entre autres celui de « laisser un legs culturel permanent pour les communautés francophones et francophiles ».

Première conclusion : on semble avoir privilégié la quantité plutôt que la qualité, selon Rémi Léger, professeur adjoint en sciences politiques à l'Université Simon Fraser. Il souligne que les sommes accordées par activité demeurent toutefois « très modestes », quelques milliers de dollars qui ne changeront pas nécessairement les choses pour la francophonie.

Deuxième conclusion : il est très difficile de prouver l'impact réel de ces activités, ajoute Martin Normand, chercheur associé à la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l'Université d'Ottawa.

Qu'est-ce que le legs du 400e pour la province?

Nous avons aussi posé la question à la ministre déléguée aux Affaires francophones, Madeleine Meilleur.

Elle nous a parlé, entre autres, du parc commémoratif Champlain-Huron/Wendat, aménagé à Penetanguishene, et de la plaque dévoilée à Honfleur, en France. 

Quant aux activités communautaires, elle considère que l'objectif était surtout de permettre aux communautés de célébrer.

La ministre Meilleur a aussi souligné que les responsables des projets devaient soumettre un rapport détaillé à la province au plus tard 90 jours après leur évènement.

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