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Changement de sexe : les personnes trans en Ontario attendront moins mais devront encore se rendre au Québec

Le gouvernement ontarien entend réduire les temps d'attente pour les opérations de changement de sexe. Par contre, des centaines de personnes transgenres qui vivent en Ontario doivent encore se rendre au Québec pour se faire opérer. 

Un dossier de Laurence Martin et de Valérie Ouellet

En Ontario, avant même de pouvoir aller de l'avant avec une chirurgie de réattribution sexuelle, il faut subir une évaluation psychiatrique au Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto (CAMH).

C'est le seul endroit dans la province qui peut autoriser les transgenres à obtenir l'opération qui leur permettra de changer de sexe - un terme que la communauté trans rejette, lui préférant les expressions « chirurgie de réattribution sexuelle » ou encore « d'affirmation sexuelle ».

Résultat: l'attente pour ce rendez-vous d'évaluation est interminable.

Les personnes trans qui vivent parfois à des milliers de kilomètres de Toronto n'ont pas le choix de se déplacer pour ce rendez-vous.

Dans quelques mois, la situation devrait changer. Le ministre ontarien de la Santé, Eric Hoskins, va permettre à un plus grand nombre de cliniques à travers la province de faire cette évaluation. 

Une attente interminable et dangereuse

Après avoir annoncé à son médecin de famille qu'elle voulait une chirurgie de réassignation sexuelle, Rachel Lauren Clark, qui a passé une quarantaine d'années dans le corps d'un homme, a dû attendre un an et demi afin d'obtenir une consultation avec un psychiatre de CAMH.

La consultation, est l'un des quatre critères à remplir pour obtenir une chirurgie de réattribution sexuelle remboursée par la province.

Des critères très stricts qui rendent les transgenres encore plus vulnérables, affirme Rachel Lauren Clark.

Les trans doivent se rendre au Québec pour se faire opérer

Une fois cette évaluation psychiatrique terminée, l'attente n'est pas terminée pour autant.

Comme des centains d'autres personnes trans en Ontario, Rachel Lauren Clark a dû se rendre à Montréal, au Centre métropolitain de chirurgie plastique, pour se faire opérer.

Pourquoi? Le centre est la seule clinique au pays qui pratique les chirurgies de réattribution sexuelle remboursées par le gouvernement de l'Ontario.

Selon Santé arc en ciel Ontario, il y a des chirurgiens qui pratiquent ces opérations en Ontario, sauf qu'ils trouvent que les montants remboursés par l'assurance-maladie ontarienne ne sont pas assez élevés. Résultat : ils exigent de se faire payer par leurs patients.

Bien des personnes trans, fatiguées d'attendre, décident de payer des milliers de dollars pour avoir la chirurgie plus rapidement. Plusieurs se rendent aussi à Cuba ou en Thaïlande pour le faire. 

Le ministre de la santé, Eric Hoskins, a dit en conférence de presse ce matin qu'il allait examiner la situation. 

Au total, Rachel Lauren Clark dû attendre presque 4 ans pour son opération. 

Pourquoi la province a mis des années à agir?

Le ministre de la santé Eric Hoskins n'a pas pu expliquer clairement aujourd'hui pourquoi son gouvernement avait mis tant de temps à agir.

D'après Rachel Lauren Clark, le gouvernement et le système de santé ont sous-évalué, pendant des années, le nombre de transgenres dans la province.

Elle a en partie raison : le nombre d'opérations remboursées et le montant des remboursements ont explosé en Ontario depuis 2009, tandis que la liste d'attente de CAMH s'allonge.

Selon des chiffres fournis par la clinique CAMH, en juin, la liste comptait 970 noms alors qu'au mois d'octobre, 1064 patients y figuraient.

Rachel Lauren Clark affirme que les transgenres peuvent maintenant attendre jusqu'à six ans afin d'obtenir une chirurgie. 

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