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Comment faire face à la crise des programmes d'immersion française en Ontario?

La crise de l'éducation en immersion française s'intensifie en Ontario en raison d'un manque d'enseignants qualifiés. Est-ce que la popularité de ces programmes pourrait causer leur perte? Quelques pistes de solutions émergent. Parmi elles, recruter à l'extérieur de la province.

Un texte de Camille Feireisen et Marine Lefèvre

Le conseil scolaire catholique anglais de London a annoncé en décembre dernier qu'il mettrait fin à son programme d'immersion française dans les maternelles de quatre de ses écoles à la prochaine rentrée des classes. À l'instar d'autres conseils dans la province, il explique sa décision par la pénurie d'enseignants dans ces programmes qui fonctionnent déjà actuellement au-delà de leur capacité physique.

Pour le surintendant de l'éducation au conseil, Vince Romeo, il n'y a pas d'autre solution.

L'embauche de nouveaux enseignants est d'autant plus difficile qu'ils doivent être catholiques pour être embauchés par ce conseil. « C'est sûr qu'il s'agit d'une autre exigence qui peut rendre plus difficile la tâche », reconnaît M. Romeo.

Pourtant, le conseil scolaire affirme avoir intensifié ses efforts de recherche depuis un an et demi, notamment en travaillant de concert avec des facultés d'éducation pour recruter de nouveaux enseignants.

Et il y a urgence, puisque le nombre d'élèves inscrits dans ces programmes monte en flèche en Ontario depuis plusieurs années et dépasse les 10 000 nouveaux élèves chaque année, une augmentation annuelle d'environ 6 %.

Sonder les parents sur les besoins

Si la crise des programmes d'immersion préoccupe dans l'ensemble de la province, elle ne touche pas tous les conseils de la même façon.

Au conseil scolaire catholique anglais de Windsor-Essex, par exemple, les classes d'immersion ne sont pas en péril grâce à un sondage effectué auprès des parents il y a près de trois ans qui permet de plutôt bien gérer la situation pour le moment.

« Nous avons procédé graduellement, en ajoutant au fur et à mesure plus de classes à différents niveaux », précise Emelda Byrne, la surintendante à la réussite des élèves au conseil.

Le sondage a permis, selon elle, de voir dans quelles régions se trouvaient les besoins afin de déterminer quelles communautés scolaires bénéficieraient en priorité de programmes en immersion française.

Quant aux critères de recrutement, Mme Byrne affirme que tous les enseignants doivent être titulaires d'un certificat en français ou un diplôme prouvant qu'ils parlent bien français.

Pour le moment le conseil scolaire ne possède pas de programme au secondaire, mais c'est déjà dans ses ambitions pour les prochaines années, indique Mme Byrne.

Aller ailleurs pour embaucher?

« Pourquoi pas? », répond Vince Romeo. Aucune piste n'est écartée, pas même par le ministère de l'Éducation, explique-t-il.

« Je sais que notre ministre a partagé [l'idée d'avoir recours] à des stratégies similaires en matière de recrutement, et je pense que c'est une réalité à laquelle nous sommes confrontés : sortir de la province [pour recruter] est tout à fait une option », explique-t-il.

Mais cette approche n'est pas si simple.

C'est l'Ordre des enseignants de l'Ontario qui régit le métier et qui dicte les qualifications requises à la profession. Il n'est donc pas si évident d'aller recruter dans d'autres provinces.

C'est d'ailleurs ce qu'a pu constater le surintendant à l'éducation du conseil scolaire public anglais de Windsor-Essex, John Howitt, qui commence, lui aussi, à être préoccupé par la pénurie d'enseignants pour ses programmes.

Selon lui, les établissements postsecondaires de la région qui offrent des programmes de français pour leur formation permettent d'assurer un certain maintien dans le vivier d'enseignants.

« Nous avons aussi un long héritage de français dans ces régions. Il y a donc des étudiants qui participent à ce programme et qui sont intéressés à rester dans le comté de Windsor-Essex », croit-il.

En revanche, s'il y a un manque de personnel, il faudra d'abord obtenir des autorisations de l'Ordre des enseignants de l'Ontario pour changer les critères de sélection.

Un plan pancanadien à venir

La directrice générale de l'Association canadienne des professionnels de l’immersion (ACPI), Chantal Bourbonnais, est bien consciente de tous ces écueils et des frustrations générées.

Un rapport sur la question est d'ailleurs prévu pour la fin du mois de mars qui permettra l'élaboration d'un plan pancanadien, explique-t-elle.

L'organisme vient en effet de terminer une consultation à laquelle ont participé 700 éducateurs à travers le pays.

« On s'est aussi rendu dans les dix provinces et les trois territoires pour regarder un peu les enjeux et la réalité des professionnels de l'immersion au Canada », souligne Mme Bourbonnais.

Valoriser coûte que coûte l'immersion

La popularité des programmes reste toutefois une « bonne chose », rappelle la directrice de l'ACPI. Il faut maintenant trouver des solutions pour répondre à la demande croissante, plutôt que de continuer à fermer des programmes qui n'en sont qu'à leurs balbutiements.

Elle précise que tous les ministères de l'Éducation au pays se disent préoccupés par ce problème de pénurie.

« On essaie de trouver des solutions parce qu’on ne veut pas non plus freiner l’ardeur et la popularité de ces programmes, on veut pouvoir continuer à les offrir et avoir une grande qualité », ajoute-t-elle.

Parmi les pistes évoquées, l'accompagnement des enseignants déjà présents dans le système pour mieux les équiper au niveau des compétences linguistiques et culturelles notamment.

Il faut aussi valoriser la fonction, note-t-elle. Et rappeler aux étudiants qu'il y a des postes à pourvoir en immersion, un fait souvent ignoré par ces derniers, selon elle.

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