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Comment les applications de type Tinder révolutionnent le don de sperme

Si vous décidiez de donner du sperme, seriez-vous capables de résister à la tentation de connaître votre descendance? Pour certains hommes, un tel don est semblable à un don de sang. Mais pour de nombreux autres, c'est loin d'être un geste anodin : ils veulent avoir leur mot à dire s'ils donnent leur ADN, même quand ils ne désirent pas élever des enfants.

Un texte de Claudine Richard

Certaines entreprises ont bien compris ce désir et y ont vu une occasion d'affaires. Elles ont ainsi développé des applications géolocalisées permettant de chercher des donneurs.

Ces équivalents nouveau genre de Tinder - une application offrant de trouver un partenaire potentiel à proximité - permettent aux femmes d’identifier un donneur éventuel. Mais surtout, ces applications offrent la possibilité aux hommes intéressés de choisir à qui ils offrent leur semence.

Pour mieux connaître les motivations de ces messieurs, nous avons utilisé pendant un mois une de ces applications mobiles en créant le profil d’une jeune femme célibataire cherchant un géniteur.

L’utilisation de cet outil est simplissime. Un rapide mouvement du doigt, à gauche ou à droite, permet de trier les donneurs potentiels, comme dans un catalogue, photos à l’appui.

En retour, ces hommes peuvent eux aussi sélectionner les profils de femmes qu’ils jugent intéressantes.

La première surprise a été de constater qu'aucun homme ne nous a demandé de l'argent en échange d’un don de sperme. Cependant, tous voulaient s'assurer que leur ADN finisse entre bonnes mains.

Les banques de sperme? Pas pour eux…

Les quelques hommes à qui nous avons parlé dans le cadre de ce reportage nous ont confié leur aversion pour les banques de sperme.

Ils n'aiment pas le côté froid et médical, mais ils aiment encore moins le fait de n’avoir aucun droit de regard sur la destination de leur offrande.

Voici le témoignage de quelques hommes avec qui nous avons échangé et qui ont choisi l'application mobile pour donner la vie.

Cliquez sur le signe « + » pour les entendre :

L'insémination artisanale, une pratique à risques

Les hommes qui font appel aux applications et qui effectuent ensuite une insémination artisanale doivent savoir que cette procédure ne sera pas forcément couronnée de succès.

En clinique de fertilité, le sperme est congelé pour une période de six mois, le temps de déceler si celui-ci n'est pas porteur d'infections ou de maladies, telles que le VIH ou les hépatites.

Ce ne sont cependant pas tous les spermatozoïdes qui résistent au froid... Sur 1000 donneurs, seulement une dizaine d'entre eux possède un sperme suffisamment résistant pour survivre à la congélation.

« Il faut faire beaucoup de tests », confirme le docteur Arthur Leader, du Ottawa Fertility Centre. « Ça veut dire que si 1000 messieurs veulent être donneurs dans une banque de sperme, il y en a 10 qui sont acceptés. La plupart sont rejetés pour problèmes psychologiques, médicaux, génétiques ou pour des infections. »

Et les droits parentaux dans tout ça?

Du point de vue légal, mettre un enfant au monde donne des droits, mais surtout des devoirs et des obligations.

Pour ne pas avoir à s'y plier, les utilisateurs d'applications de dons de sperme ont la possibilité de signer des contrats de renonciation à leurs droits parentaux.

Cependant, bien que ces ententes puissent constituer une bonne protection, l'avocate spécialisée en droit parental Doreen Brown prévient que ces dernières n'ont pas encore été testées en cour.

La jurisprudence est en effet en train de s’écrire.

Un don de sperme sans relation sexuelle dégagerait les différentes parties de certaines responsabilités légales, mais il y a des exceptions et des critères à considérer, selon Me Brown.

« J'ai déjà eu une cause où c'était deux femmes et le donneur de sperme, c'était un ami. Ils n'ont pas signé de contrat », rapporte-t-elle. « Le code, pour moi, est très clair : il n'y a eu aucune relation sexuelle, il n'est pas le père. Il est venu contre les deux femmes et la cour a adopté la demande de monsieur : son nom est aujourd'hui sur le certificat de naissance. »

Par ailleurs, il semble significatif que le donneur n'entretienne pas de relation avec l'enfant s'il souhaite se dégager de ses responsabilités.

Avec de telles règles, le risque que l'enfant à naître soit atteint d'une maladie génétique est réduit au minimum. L’analyse du profil ADN de la mère et du donneur est en effet effectuée, afin de détecter toute anomalie ou incompatibilité.

Des changements à loi fédérale

Le recours à des applications pour les donneurs de sperme demeure marginal. Mais la tendance semble vouloir rester.

Voulant probablement mieux encadrer ces options de procréation, le fédéral a annoncé, le 30 septembre 2016, que Santé Canada avait l'intention de mettre à jour la Loi sur la procréation assistée (LPA).

L'idée est de permettre aux Canadiens d'avoir un meilleur accès à des « tissus reproducteurs de donneurs », tout en réduisant le risque pour les utilisateurs de technologies de procréation assistée.

Les règles entourant les donneurs « désignés » sur les réseaux sociaux, Internet ou autres, seraient ainsi assouplies, selon une porte-parole du ministère fédéral de la Santé.

C'est aussi ce que souhaite l'Association des couples infertiles du Québec. L'organisme croit que cela permettrait aux femmes qui trouvent un donneur en ligne de faire affaire plus facilement avec les cliniques publiques de fertilité et de leur assurer un meilleur niveau de sécurité.

« On se dit qu'il faudrait vraiment mettre en place certaines lois pour que l'ouverture soit plus grande, pour donner un meilleur contrôle des spermes », précise la porte-parole Céline Brown. « C'est sûr qu'en trouvant quelqu'un sur Internet, on ne sait pas s’il a des antécédents médicaux, des problèmes d'ADN ou de graves problèmes génétiques. »

Pour connaître les normes encadrant les cliniques publiques de fertilité en Ontario et au Québec, cliquez sur les « + » :

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