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Comment les subventions contribuent à créer deux solitudes artistiques dans la région

Nous sommes des milliers à traverser les ponts quotidiennement vers Ottawa ou Gatineau. Pour aller au travail ou à l'école, voir des spectacles et des films, rencontrer des amis, aller au restaurant ou sortir prendre un verre. Pour les artistes des deux côtés de la rivière des Outaouais, cette manière de travailler se fait tout naturellement. Cependant, la réalité administrative complique les choses.

Un texte de Julien Morissette, pour la série Labrosse-Wellington

La semaine dernière, j'ai rencontré une poignée d'artistes gatinois oeuvrant en arts visuels, en bande dessinée et en slam, me disant que les communautés créatives gatinoises souffraient d'un certain repli sur elles-mêmes. L'absence de ce réflexe d'établir des liens avec leurs pairs ontariens a comme conséquence de limiter les occasions, les collaborations et la vitalité culturelle de la région en entier.

Dans les derniers jours, je me suis tourné vers des artistes franco-ontariens qui m'ont affirmé le contraire : le va-et-vient entre les deux provinces est si naturel pour eux que la région ne devrait qu'être un seul pôle culturel vivant et dynamique. Or, ce n'est pas la volonté des artistes qui fait défaut, ce serait plutôt les institutions et les organismes culturels, qui travaillent en vase clos.

Le Conseil des arts de l'Ontario coupe les ponts

Avant le 1er janvier 2016, les artistes d'Ottawa et de Gatineau pouvaient recevoir des subventions du Conseil des arts de l'Ontario (CAO). Seule condition : ils devaient avoir une pratique active en Ontario. Depuis le début de l'année, le nouveau règlement excluant les artistes résidant en Outaouais a déjà commencé à avoir un effet sur la manière dont travaillent les créateurs franco-ontariens. Ces derniers doivent maintenant faire appel en priorité à des collaborateurs qui ont une adresse en Ontario. 

La solution de Catherine Voyer-Léger

L'auteure et essayiste Catherine Voyer-Léger travaille régulièrement au sein d'organismes artistiques des deux côtés de la rivière des Outaouais, comme l'Alliance culturelle de l'Ontario et le Salon du livre de l'Outaouais.

Nous avons discuté des défis de la réalité transfrontalière dans laquelle évoluent les artistes de la région. Sa solution de rêve : un fonds régional, qui ne tiendrait pas compte de la structure administrative et qui permettrait aux artistes d'Ottawa et de Gatineau de collaborer librement.

À Culture Outaouais, la directrice générale, Julie Martineau, est aussi à la recherche de solutions pour « aller au-delà des limites pour penser la région comme un seul pôle dans lequel les artistes circulent, profitant des opportunités du côté de Gatineau, comme du côté d'Ottawa ».

Peut-être que le problème d'identité culturelle de la ville de Gatineau passe finalement par une plus grande ouverture et une plus grande collaboration avec les artistes ontariens? Catherine Voyer-Léger et Julie Martineau reconnaissent cependant que le défi administratif pour y arriver est imposant.

Une chose est sûre, nous pouvons au moins compter sur le milieu culturel pour être créatifs.

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