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Comment redonner le goût de la lecture aux enfants?

« Madame, c'est la première fois que je termine un livre... ». Cette phrase, l'enseignante Julie Brillant-Picard l'a entendue maintes et maintes fois de la bouche de ses élèves de troisième secondaire. À l'ère du numérique, est-il encore possible de transmettre l'amour des livres aux enfants et aux adolescents? La baladodiffusion Labrosse-Wellington a profité de la tenue du Salon du livre de l'Outaouais (SLO) pour se pencher sur la question.

Pas toujours facile de convaincre les jeunes de délaisser leurs tablettes et consoles de jeux pour se plonger dans un bouquin. Julie Brillant-Picard, qui enseigne le français à l’École secondaire Grande-Rivière du secteur Aylmer, à Gatineau, fait ce constat quotidiennement.

C’est néanmoins possible. Convaincue de l’effet bénéfique de la lecture, elle croit que chaque élève, peu importe ses capacités académiques, est un lecteur potentiel. Et c’est à l’enseignant que reviendrait le rôle de transmettre l’amour des mots.

Je suis convaincue que tout le monde peut aimer lire. On peut toujours trouver quelque chose que l’élève va aimer et j’ose croire que c’est notre rôle, comme enseignante de français, de trouver ce filon-là.

Julie Brillant-Picard, enseignante de français, École secondaire Grande-Rivière

Le défi est cependant énorme. Au sein de classes d’une trentaine d’élèves, trouver LE livre qui va plaire autant aux grands lecteurs qu’aux élèves qui ne lisent que par contrainte a de quoi donner des cheveux gris aux enseignants. « C’est une grosse décision de prof. Tu veux élever la barre, mais en même temps, tu veux intéresser le plus grand nombre d’élèves possible », explique Mme Brillant-Picard. La recherche de compromis est parfois ardue.

Des enfants amoureux des livres

Le portrait serait cependant plus réjouissant chez les enfants, particulièrement auprès des garçons. Rencontré durant un atelier de lecture auprès d’un groupe enthousiaste d’élèves de quatrième année de l’École primaire de l’Escalade à Gatineau, le prolifique auteur jeunesse Richard Petit peut en témoigner.

C’est plus présent qu’avant. Avant, on entendait que les petits gars ne lisaient pas. Ça a changé. Maintenant, les garçons ont leurs livres, leurs auteurs. Ma génération n’a pas connu ça.

Richard Petit, auteur de romans jeunesse

Selon l’auteur de la série Passepeur, les enfants ne demandent qu’à lire. Il suffit d’avoir des histoires qui sauront les rejoindre.

Le « monstre » numérique

Il peut être tentant de voir en l’avènement du numérique un monstre qui éloigne les enfants et les adolescents des livres, au profit des écrans de leurs tablettes et de leurs téléphones intelligents.

Mais attention! Aux dires des auteurs, éditeurs, libraires et enseignants, la réalité est infiniment plus complexe. Si l’attrait des écrans est bien réel, il serait encore beaucoup trop tôt pour parler des répercussions des écrans sur les habitudes de lecture des jeunes.

C’est du moins ce que croit Prune Lieutier, de La Boîte à pitons, une entreprise montréalaise qui conçoit des applications numériques interactives à l’intention des enseignants et de leurs élèves.

« On fait face à la première génération d’enfants qui a grandi avec le numérique. On n’en connaît pas encore l’effet », explique-t-elle.

Cependant, Mme Lieutier considère que la présence du numérique dans la vie de nos enfants est inéluctable. Il faut donc se l’approprier et en faire un outil d’éducation qui saura donner goût à la lecture.

Le numérique peut être vu comme un grand méchant loup. Or, ce n’est pas du tout le cas.

Prune Lieutier, chercheuse en éducation et spécialiste du numérique, La Boîte à pitons

Le salut de la lecture chez les jeunes passerait-il donc par le numérique? C’est possible. Mais avant de sauter trop rapidement aux conclusions, Julie Brillant-Picard tient à rappeler qu’encore aujourd’hui, le bon vieux livre papier a cette faculté d’illuminer le regard des adolescents.

« Vers la fin de l’année, une élève m’a avoué qu’elle n’avait jamais lu un livre au complet. Elle venait d’en terminer un et en était très fière. Ce n’était pas de la grande littérature, mais elle avait maintenant le goût de la lecture. J’en avais les larmes aux yeux », relate-t-elle.

Avec la collaboration de Julien Morissette

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