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Confessions d’éboueurs : « On en voit de toutes les couleurs! »

Les reconnaissez-vous? Pourtant, ces deux hommes vous ont peut-être déjà rendu service en débarrassant votre propriété de ses déchets. Voici l'occasion d'en apprendre davantage sur leur quotidien agrémenté d'animaux morts, de trouvailles insolites et de rencontres imprévisibles.

Un texte de Christelle D’Amours pour Les malins

Gatineau, 7 h tapantes : l’équipe composée du chauffeur Yves Lafontaine et de Vincent Renaud, éboueur, charge un premier bac dans le conteneur. Le duo commence une journée de travail typique qui s'échelonnera sur une dizaine d’heures.

Ensemble, ils ramasseront jusqu’à cinq tonnes de déchets en une heure. Ils éviteront d’écraser un cycliste distrait qui leur passera sous le nez en coup de vent, ou encore contourneront de justesse une voiture qui se sera mise à reculer, sans préavis, à la demande de son chauffeur encore endormi.

« Le coeur, il faut l’avoir à la bonne place pour faire ce qu’on fait », raconte Yves Lafontaine, chauffeur de camion de déchets depuis 10 ans. « Il y a des gens, on dirait, des fois, qu’ils n’ont pas de respect pour nous autres. »

En plus d’être souvent ignoré, M. Lafontaine raconte que les citoyens peuvent aller jusqu’à leur crier des bêtises, voire leur lancer des objets. « Il y a des gens qui nous dénigrent, comme si on était des bons à rien. [...] On nous regarde de haut », ajoute-t-il.

« Les gens ont l’impression : “ Je paye mes taxes ” et qu’ils ont droit à tous les services possibles », renchérit Serge Girouard, responsable d’exploitation chez Dericheboug, une compagnie sous-traitante à la Ville de Gatineau.

Toutefois, le revers de la médaille peut être brillant et réchauffer le coeur des employés qui s’affairent à ramasser les déchets de leurs concitoyens. « L’été, à trente degrés, les gens nous attendent. Ils viennent nous apporter des bouteilles d’eau froides, [...] puis c’est là qu’on est contents qu’il y ait des citoyens qui pensent à nous », dit M. Lafontaine.

Coeurs sensibles, s’abstenir

Les défis ne se font pas attendre dans le quotidien d’un éboueur. Il y a aussi les odeurs et toutes les trouvailles peu ragoûtantes qui, selon le tandem, ont découragé plus d’un aspirant du métier.

L’été, Vincent Renaud peut compter sur la présence de plusieurs animaux et insectes pour lui tenir compagnie : les abeilles qui suivent le camion ou les vers blancs qui envahissent son pantalon. « J’ai déjà eu un [raton laveur] » dans un gros bac vert. [...] Il m’a sauté dessus! Un écureuil, un serpent, une couleuvre. Ah oui, il y a de tout! », s’esclaffe-t-il.

Ceux-là, ce sont les animaux vivants. Il y en a d’autres qui n’ont toutefois pas cette chance. Les crânes d’orignaux, de boeufs et de chevreuils ont maintes fois fait sursauter des éboueurs, selon les dires de M. Renaud.

Le pire, pour lui, reste toutefois les carcasses de mouffettes placées incognito dans des sacs.« Quand tu presses la mouffette, bien là, tu as l’odeur toute la journée. Ça, tu ne t’habitues pas. La mouffette, ça pue! », explique-t-il.

Le superviseur du duo, Serge Girouard, rappelle toutefois qu’il reste du travail à faire pour mieux informer les citoyens au sujet de la gestion des déchets. Il souhaite aussi sensibiliser la population au sujet de la sécurité de ses employés.

« Le monde ne le sa[i]t pas, mais [avec] le chlore qu’ils mettent dans les poubelles, le feu prend dans les camions », dit-il.

Il y a aussi les bombonnes de propane qui peuvent éclater sous le poids de la lame du camion. « Le gars en arrière, il n’est pas prêt pour une explosion », soulève M. Girouard.

Un métier qui n’est pas fait pour tous

Qui peut devenir éboueur? C’est une question à laquelle le responsable d’exploitation de Derichebourg répond que « le gars avec la maîtrise ou le bac, je ne l’engagerai pas, parce que je sais que je vais le perdre. [...] J’essaie tout le temps d’engager en souhaitant qu’ils fassent tout le contrat. Qu’ils vont faire sept ans avec nous autres. »

Homme ou femme, Serge Girouard priorise les gens qui souhaitent travailler à temps plein. « Tu lui donnes une chance, puis s’il aime l’emploi, puis que tu lui as donné la chance de travailler pour une compagnie qui respecte ses employés puis tout ça, bien là, tu viens de l’embarquer dans un genre de famille. »

En ce sens, le chauffeur Yves Lafontaine se fait un devoir de soutenir ses collègues. « Il faut toujours être là pour les encourager, ces petits gars-là, parce que, sinon, ils ne réussiront pas dans la vie. Ils ne travailleront pas longtemps avec nous autres si l'on ne les encourage pas, si l'on ne va pas les aider », dit-il.

N’empêche que « grand-père » reconnaît la robustesse de ses collègues : « Ça prend quelqu’un qui n’a pas peur de travailler. C’est un travail qui est extrêmement physique », ajoute M. Lafontaine.

Le chauffeur du camion veille à la sécurité de son éboueur sur le terrain. Il lui prête aussi main-forte pour soulever des charges qui atteignent parfois 90 kg parce que les citoyens remplissent les bacs à ras bord, sans savoir qu’ils devront être levés manuellement.

« C’est dur sur un corps, à la longue », avoue l’éboueur Vincent Renaud. « Je cours tout le temps. J’ai tout le temps couru. Ça garde en forme! », dit celui qui peut faire jusqu’à 43 000 pas par jour.

« L’été, c’est drôle à 30°. Il faut que tu travailles dans ces températures-là. Moi j’aime ça, j’aime ça ” au boute ”! », dit le jeune homme de 22 ans.

Il espère d’ailleurs, un jour, devenir chauffeur du camion de déchets.

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