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Conflit avec les médecins ontariens : où s'en va-t-on?

Les stratégies se raffinent depuis le rejet de l'entente de principe par les médecins ontariens lundi. Le gouvernement souhaite éviter l'imposition d'un contrat de travail et laisser le temps à l'Association médicale de l'Ontario de régler sa bisbille interne. L'AMO a annoncé jeudi la dissolution de son comité de négociations et la mise à pied des conseillers de ce comité. Et les patients dans tout ça?

Une analyse de Julie-Anne Lamoureux 

Il y a tellement de jeux de coulisses que personne n'est en mesure de prédire quel sera le dénouement, ou même le prochain mouvement.

Le gouvernement Wynne prône l'ouverture et la collaboration

Le gouvernement aurait le pouvoir d'imposer unilatéralement un contrat de travail aux médecins. D'autant plus qu'il prévoit toujours un déficit de 4,3 G$ cette année, un déficit qu'il promet d'éliminer d'ici 2017-2018.

Dans le passé, les libéraux n'ont pas hésité à imposer les paramètres aux médecins lorsque la situation financière était tendue. Or, le gouvernement prône une approche de collaboration, de partenariat dans toutes les négociations du secteur public (vous vous souvenez de la première ministre Kathleen Wynne qui disait vouloir faire de la politique autrement?).

Le gouvernement devrait donc renoncer à cette approche s'il allait de l'avant avec l'imposition d'un contrat. N'oublions pas que les médecins sont des partenaires primordiaux pour mener à bien la réforme du système de santé en cours. Se mettre à dos les médecins n'est sûrement pas souhaitable.

Les médecins s'organisent

Du côté des médecins, c'est toujours la zizanie. Des membres reprochent aux leaders de l'Association médicale la façon dont les récentes négociations se sont déroulées et l'entente de principe qui en a découlé. L'AMO vient d'ailleurs de dissoudre son comité de négociations.

Selon le professeur de gestion de droit de l'Université d'Ottawa, Gilles Levasseur, il faut d'abord régler ces tensions. Sans quoi elles vont réapparaître à court, moyen ou long terme. Ça affaiblit le mouvement pour faire pression sur le gouvernement et l'obliger à bouger.

De quels moyens les médecins disposent-ils pour justement réussir à forcer la main du gouvernement? Certains ont évoqué cette semaine la grève du zèle. C'est effectivement une option à leur disposition. Mais ils ne peuvent pas forcer trop la note, sans quoi le gouvernement pourrait décider d'y aller avec une décision unilatérale.

Vous voyez le cercle vicieux?

La joute de l'opinion publique

Chaque groupe s'en remet à l'opinion publique. Les médecins assurent qu'ils se mobilisent pour maintenir et améliorer la qualité des soins, dans un contexte de vieillissement de la population. Le ministre Hoskins, lui, répète que les médecins sont parmi les mieux payés au pays et qu'une approche équilibrée s'impose.

Il faut dire qu'à mi-mandat, les libéraux commencent à préparer tranquillement les élections. Eric Hoskins a invité le chef progressiste-conservateur dans le débat en sous-entendant qu'il appuie les salaires élevés des médecins. Patrick Brown avait critiqué le gouvernement cette semaine sur la gestion du conflit. Bref, chacun tente de se positionner.

La joute politique est bel est bien alimentée. Les élections approchent...c'est dans deux ans. 

Et les patients dans tout ça?

Tout indique que les soins aux patients n'écoperont pas. C'est l'avis des experts que nous avons consultés. D'une part, ça n'aiderait pas la cause des médecins dans l'opinion publique. D'autre part, même si certains moyens de pression sont possibles, la santé reste un service essentiel. Mais le conflit pourrait prendre du temps à se régler.

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