Retour

Coup de feu au palais de justice de Maniwaki : c'était évitable, selon le syndicat des constables spéciaux

La confrontation violente s'étant soldée par un coup de feu qui a grièvement blessé un jeune contrevenant, mercredi, au palais de justice de Maniwaki, aurait pu être évitée, selon le Syndicat des constables spéciaux du gouvernement du Québec (SCSGQ).

Son président, Franck Perales, affirme que le Syndicat craignait depuis plusieurs années qu'un événement du genre ne se produise.

« Depuis deux à trois ans, nous dénonçons un manque d'effectifs, surtout en région », a dit le porte-parole des constables spéciaux, dont l'un des membres a été impliqué dans l'affrontement et a été blessé.

« Les constables sont laissés seuls à eux-mêmes lors d'interventions un peu plus musclées », a-t-il soutenu.

La ministre ébranlée

La ministre de la Justice et responsable de la région de l'Outaouais, Stéphanie Vallée, n'a pas répondu directement à la critique du Syndicat des constables spéciaux.

Mais elle a dit qu'il y a une réflexion fréquente sur les enjeux de sécurité dans les palais de justice.

Mme Vallée a indiqué que les ressources dans certains palais de justice avaient été augmentées en fonction du volume. Ailleurs, ces ressources peuvent varier « suivant le type de dossiers, suivant le rôle, qui sont parfois plus chargés, des dossiers qui sont plus particuliers, qui vont être appelés à avoir une vigilance additionnelle ».

Mme Vallée s'est dite ébranlée par cette violente confrontation. « Je vous avoue que c'est venu me chercher dans le plus profond de ce que j'ai », a-t-elle affirmé.

« C'est le palais de justice où j'ai fait mes premiers pas [comme avocate] », a précisé Mme Vallée. « C'est le palais de justice où j'ai travaillé pendant 12  ans, c'est le milieu où j'ai habité pendant 20 ans. C'est une situation exceptionnelle, il ne faudrait pas que les gens s'imaginent que c’est la réalité de Maniwaki. »

Dispute au sujet d'une pause cigarette?

Selon plusieurs sources, c'est une dispute au sujet d'une pause cigarette qui aurait mis le feu aux poudres, après que le jeune contrevenant eut reçu une peine de six mois de prison.

Selon Franck Perales, le jeune homme impliqué dans la bagarre était alors escorté par le constable spécial qui avait le mandat de le remettre aux autorités carcérales.

« Il y avait eu sentence prononcée par un juge sur un individu, afin qu'il soit incarcéré. C'est le travail d'un constable de faire en sorte que cette personne soit menottée et livrée aux autorités carcérales », a expliqué M. Perales.

M. Perales est convaincu que s'il y avait deux constables pour menotter le jeune homme et le livrer aux autorités, il n'y aurait pas eu d'événement fâcheux.

Le président du Syndicat dit que lors de l'affrontement avec le jeune contrevenant, le constable spécial avait reçu un coup de bâton télescopique sur la tête, et qu'il devait éviter d'en recevoir un autre pour ne pas « perdre connaissance ».

« Le bâton télescopique, on considère que c'est une arme intermédiaire pouvant causer beaucoup de dommages », a dit M. Perales. « Il [le constable] saignait. Il n'a pas eu le choix de faire feu. Notre responsabilité, c'est de protéger notre arme de service. Imaginons ce qui aurait pu se passer si on avait saisi son arme de service. »

M. Perales a aussi jugé que, même si les agents de sécurité ont une formation beaucoup plus sommaire que les constables spéciaux, ceux qui étaient présents au palais de justice auraient dû intervenir.

« Ils n'ont pas fait leur job. Ils n'ont pas fait leur travail. C'est aussi clair que ça. Ils auraient dû assister ce constable, qui était vraiment pris dans une situation délicate avec quelqu'un qui ne voulait pas coopérer. Il a été laissé seul à lui-même. C'est inacceptable », a affirmé M. Perales en fin de journée.

M. Perales a dit que le constable spécial a reçu son congé de l'hôpital mercredi soir, mais qu'il est « ébranlé » par toute cette affaire.

Des questions en suspens

Après avoir visionné une vidéo filmée et diffusée sur Facebook par un témoin, des intervenants du milieu policiers s'interrogent sur les circonstances des événements.

« Ce qui capte mon attention, c'est que l'individu […] n'est pas menotté », a souligné Guy Ryan, ancien inspecteur au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Il déplore par ailleurs que la situation ait escaladé à un tel point aussi rapidement, et se demande pourquoi le constable spécial n'a pas reçu d'aide des autres agents autour de lui.

Selon lui, le constable spécial n'a pas volontairement visé la tête du prévenu.

Stéphane Berthomet, analyste en affaire policière, estime qu'il est difficile de tirer des conclusions très précises de la vidéo. Il appartiendra au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) de juger si la situation a été gérée dans les règles de l'art.

« Il est vrai que la situation est, a priori, pour un citoyen moyen, choquante. […] Mais effectivement, quant à l'interprétation de la situation, on a très, très peu d'éléments pour comprendre dans quelles conditions le constable a exactement fait feu », a expliqué M. Berthomet.

Huit enquêteurs du BEI sont arrivés sur les lieux du drame tard mercredi soir. Ils ont quitté la scène tôt jeudi matin. L'enquête se poursuit.

Avec les renseignements de Jérémie Bergeron

Plus d'articles

Vidéo du jour


Un gros chien fait des vagues en apprenant à nager





Rabais de la semaine