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Crise des opioïdes en Ontario : plus d’argent, mais pas d’état d’urgence

Le ministre de la Santé et des Soins de longue durée de l'Ontario, Eric Hoskins, a annoncé un investissement supplémentaire de 222 millions de dollars pour lutter contre la crise des surdoses d'opioïdes qui sévit dans la province.

L’argent supplémentaire injecté par le gouvernement servira notamment à embaucher des intervenants de première ligne auprès des toxicomanes et à élargir la distribution de naloxone aux personnes à risques.

L’annonce prévoit aussi de créer de nouvelles cliniques de traitement des dépendances à accès rapide dans toutes les régions des provinces et d’« étendre les services de réduction des méfaits, comme les programmes d’échange de seringues et les sites d’injection supervisée ». Toutefois, le ministre n’a pas fait de promesses plus précises à cet effet.

Le gouvernement a également décidé de s’associer au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) pour améliorer les services de traitement des dépendances.

Le ministre Eric Hoskins est d’avis que cet argent neuf permettra d’améliorer les services offerts dans le cadre de la stratégie ontarienne pour prévenir la dépendance et les surdoses aux opioïdes.

Non à l’état d’urgence

Selon la première ministre Kathleen Wynne, déclarer l'état d'urgence serait miser sur une gestion de crise à court terme et serait donc inadéquat. Elle juge que cette grave crise de santé publique doit plutôt être gérée grâce à des investissements à long terme.

Le ministre Eric Hoskins, pour sa part, a répété que l’Ontario faisait face à une crise de santé publique grave qui doit être gérée grâce à des investissements à long terme plutôt que de faire une gestion de crise à court terme.

Le médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario, le Dr David Williams, a salué l’annonce du gouvernement et appuie la décision de ne pas déclarer l’état d’urgence. « Nous mettons à jour et élargissons notre stratégie, a-t-il indiqué, à mesure que la crise des opioïdes évolue [...] Des solutions à court terme sont insuffisantes : l’Ontario vise plutôt le long terme. »

Plus de 700 médecins, infirmières, travailleurs de rue et universitaires ont signé une pétition pressant le gouvernement de l’Ontario de déclarer l’état d’urgence. Ils demandent également davantage d’investissements pour ouvrir des centres d’injection supervisée là où les besoins sont les plus criants.

Satisfaits, mais prudents

La directrice du Centre de santé communauté South Riverdale à Toronto, Lynne Raskin, est heureuse de voir que le gouvernement prend au sérieux la situation et qu’il a décidé d’injecter ces fonds supplémentaires. Elle demeure cependant prudente et attend de voir ce que cet argent amènera concrètement comme amélioration dans les services aux consommateurs de drogue.

Zoe Dodd, qui travaille également au Centre de santé communautaire South Riverdale, n’est pas satisfaite du montant prévu, 9 millions de dollars, pour embaucher des intervenants de première ligne dans les trois prochaines années : « Je peux vous dire que ça ne sera pas un montant suffisant pour toute la province. »

Elle est surtout déçue que le gouvernement n'ait pas pris les mesures nécessaires pour permettre aux centres d'injection supervisée improvisés, comme celui du parc Moss à Toronto, de fonctionner de manière légale. Elle répète que ces sites sont efficaces et qu’il est urgent de s’inspirer de ce qui s’est fait en Colombie-Britannique.

Ces intervenants sur le terrain ont très hâte de rencontrer le ministre Hoskins la semaine prochaine pour discuter plus longuement de la façon dont ces nouveaux investissements pourront concrètement améliorer les services aux personnes qui consomment des drogues.

Des données de 2016 montrent que deux personnes meurent chaque jour en Ontario d’une surdose liée aux opioïdes. Selon les intervenants sur le terrain, ces chiffres ne représentent plus la réalité et le nombre de morts liées aux opioïdes serait en importante hausse.

Réactions dans le nord de la province

La députée de Nickel Belt et porte-parole en matière de santé pour le NPD dit être insatisfaite de la décision du gouvernement de Kathleen Wynne.

Selon France Gélinas, décréter l'état d'urgence est la seule façon de faire en sorte que la crise d'opioïdes soit une réelle priorité pour la province.

« Si c'était des enfants qui avaient la grippe aviaire, on l’aurait eu l’état d’urgence, mais ce sont des personnes qui ont des dépendances et, apparemment, la discrimination dans le monde de la santé est en bonne santé », soupire cette dernière.

Le Dr Mike Franklyn, un médecin spécialiste du traitement des dépendances, dirige la Clinique d’accès rapide au traitement médical des toxicomanies (CARTMT) à l’hôpital Horizon Santé-Nord du Grand Sudbury.

Il fait partie des 700 travailleurs de la santé qui ont signé la pétition, souhaitant ainsi voir des changements rapides s'effectuer dans le Nord.

Il aimerait voir un meilleur soutien psychologique offert aux personnes dépendantes.

« Il faut arrêter de voir des gens mourir et la façon pour y arriver, je pense, c’est plus que la distribution de naloxone [...] il faut avoir un bien meilleur contrôle des prescriptions d’opioïdes », soutient-il.

Des données de 2016 démontrent qu'en Ontario deux personnes meurent chaque jour d’une surdose liée aux opioïdes.

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