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Crise en radio-oncologie à l'Hôpital de Gatineau: « un climat de peur qui paralyse », dénonce le ministère de la Santé

« Malaise omniprésent », « culture de blâme et de conflit », « climat de peur qui paralyse », « tolérance envers l'inacceptable »... Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) ont publié un rapport accablant concernant le service de radio-oncologie à l'Hôpital de Gatineau, rendu public vendredi.

Dévoilé par le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l'Outaouais, ce rapport de 16 pages fait le constat d'un conflit majeur « axé sur le comportement interpersonnel qui se manifeste par le dénigrement constant et par des processus d'intimidation entre les différents membres de l'équipe - médecins, employés de l'équipe, gestionnaires - oeuvrant dans le Centre de cancérologie ».

Ce conflit ne date pas d'hier, puisque le rapport indique qu'il est présent « depuis le début des opérations du service de radio-oncologie » et qu'il a entraîné il y a près de quatre ans la démission d'un ex-chef médical.

Quelle influence sur les patients?

Le ministère de la Santé et la FMSQ affirment clairement que ce « malaise omniprésent » nuit aux patients : il affecte le temps d'attente et influence les services qui leur sont offerts.

En revanche, la qualité des décisions et des traitements de radiothérapie ne sont pas affectés par ce climat délétère. De plus, les patients rencontrés lors de la venue des représentants du ministère et de la FMSQ se sont dits satisfaits des soins reçus. Les membres d'équipe ont aussi fait part d'une volonté de bien faire, malgré un contexte difficile.

Des recommandations

Parmi les 39 recommandations, le ministère et la fédération somment l'administration du CISSS de l'Outaouais d'appliquer « une politique de tolérance zéro face à l'intimidation », de revoir les procédures en matière de plainte, de civilité, de harcèlement et de violence, d'instaurer une culture d'optimisation, mais aussi de pourvoir des postes.

Par ailleurs, le ministère prévoit de nommer un radio-oncologue comme chef de service par intérim pour un an renouvelable afin d'accompagner le service dans ses changements.

Pour sa part, le CISSS de l'Outaouais devra écrire un rapport trimestriel, assurant ainsi le suivi des recommandations.

Réaction du CISSS

Par voie de communiqué, le CISSS de l'Outaouais a affirmé accueillir « favorablement » le rapport.

Le président directeur-général de l'établissement, Jean Hébert, reconnaît que l'évaluation du ministère de la Santé était devenue « nécessaire » en raison du climat de travail nuisible qui régnait.

« Le ministère [de la Santé] et la FMSQ se sont assurés que la qualité des soins était conforme et vont nous accompagner maintenant dans l'établissement, dans l'amélioration du climat de travail et la mise en place des actions qui permettront de donner suite aux recommandations », a-t-il dit en conférence de presse.

Il affirme que l'amélioration du climat de travail sera un travail collectif. « Tous les intervenants qui ouvrent au sein du CISSS de l'Outaouais ont un rôle à jouer dans la mise en place et le maintien des recommandations apportées dans le présent rapport », a-t-il ajouté.

M. Hébert a affirmé que le CISSS de l'Outaouais établira un plan d'action qui détaillera les résultats visés et les personnes responsables d'apporter des améliorations. Ce plan d'action sera par la suite déposé au ministère de la Santé, après quoi un suivi trimestriel devra être fait.

Contexte

Le 11 et 12 juin, un comité terrain s'est tenu en présence de représentants du ministère de la Santé, du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l'Outaouais et de spécialistes en oncologie pour pallier la crise qui frappe le service de radio-oncologie depuis plusieurs mois.

À la suite de deux jours d'une série d'entrevues auprès des différents acteurs, le ministère et la fédération avaient promis d'en faire un rapport détaillé.

Quelques mois avant la venue du comité terrain, Santé Outaouais 2020, un groupe de citoyens avait tiré la sonnette d'alarme, reprochant au CISSS de l'Outaouais son important retard technologique dans le traitement des patients atteints de cancer. Il avait aussi souligné l'absence d'imagerie à résonance magnétique et les problèmes informatiques.

Avec les informations de Florence Ngué-No

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