Retour

D'anciens toxicomanes de l'Outaouais craignent la légalisation du cannabis

Une centaine de personnes sont réunies à Aylmer, cette fin de semaine, pour le 28e congrès local des Narcotiques anonymes de l'Outaouais. Parmi les participants, des toxicomanes, ayant tout perdu entre autres à cause de leur dépendance au cannabis, s'inquiètent des effets de la légalisation.

La vie n'a pas été douce avec Mathieu. Ses problèmes de famille l'ont poussé vers la drogue et l'alcool.

« Ç’a vite dégénéré dans les pilules, la cocaïne, la mescaline, le crack. Les seules choses que je n’ai pas faites, c'est l'héroïne et le fentanyl », dit Mathieu.

Cependant, c'est avec le cannabis que ses problèmes de consommation ont débuté.

« Mon père rentrait dans une pizzeria et il fumait son joint. Il l'a lancé et je suis allé le chercher et c'est là que ça a commencé », relate-t-il.

À 26 ans, Mathieu est abstinent depuis maintenant six mois grâce, entre autres, au soutien des Narcotiques anonymes. Chaque semaine, au Québec, l'association tient plus de 270 réunions pour favoriser l'entraide entre des hommes et des femmes pour qui la consommation de drogue est devenue un problème majeur.

À l'approche de la légalisation du cannabis, possiblement dès le mois d'août, Mathieu s'inquiète de la normalisation d'une drogue qui a fait basculer sa vie.

« Ça me blesse un peu de voir qu'on est rendu là, qu'on va accepter que la drogue va faire partie de notre société, parce que c'est là que moi j'ai commencé. Si mes parents n'avaient pas fumé devant moi et qu'ils ne m'avaient pas appris c'était quoi à l'âge de huit ans, je n’aurais peut-être pas fumé », déplore-t-il.

Une crainte pour les jeunes

Georges, un autre membre des Narcotiques anonymes, ne croit pas qu'une plus grande exposition à la marijuana l'écartera du droit chemin, lui qui n'a pas consommé de drogue depuis 25 ans.

Or, en tant que vétéran du groupe de soutien, il craint pour les plus jeunes.

« Je pense que je vais rester dans les salles assez longtemps pour accueillir le jeune qui va avoir essayé la marijuana légalement pis qui va franchir la porte, en espérant qu'il ne soit pas allé plus loin [dans sa dépendance aux drogues], qu'il arrive dans une salle et qu'il s'avoue vaincu », dit-il.

L'organisme des Narcotiques anonymes de l'Outaouais a de la difficulté à anticiper les effets de la légalisation du cannabis, mais il assure qu'il sera présent pour les gens aux prises avec des problèmes de dépendance, peu importe les substances consommées.

NDLR: Mathieu et Georges n'ont accepté de témoigner que si leur identité était protégée.

D'après le reportage de Jacaudrey Charbonneau

Plus d'articles