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D'ex-agents de la GRC estiment avoir subi des représailles à la suite de gestes déplacés de supérieurs

Il y a quelques années, la carrière de Linda Davidson dans la GRC semblait atteindre des sommets. Elle avait même été affectée à la protection du premier ministre de l'époque Stephen Harper, à Ottawa.

Mais elle soutient, dans son témoignage à Radio-Canada/CBC, avoir plutôt vécu l'enfer, victime d'une agression sexuelle au travail par l'un de ses supérieurs.

« Je me souviens de m'être retournée vers le bureau de mon caporal, de tourner ma chaise face à lui. J'ai demandé : "Est-ce que j'ai oublié quelque chose dans le dossier, quoi que ce soit?" », rapporte Mme Davidson. « Il m'a regardé droit dans les yeux et a dit : "Je vais te montrer ce que tu as manqué." »

Il a attrapé ma chemise, a mis ses mains dessous et a agrippé mes seins. J'étais sous le choc.

Linda Davidson, ex-agente de la GRC

Malgré ce geste, Linda Davidson n'a jamais porté plainte à l'interne, parce qu'elle ne faisait pas confiance au système en place.

Elle estime que les plaignants se retrouvent trop souvent au banc des accusés.

« Si je dis quelque chose, qu'est-ce qui va m'arriver? C'est un homme intouchable! », lance-t-elle. « Est-ce que je vais devoir mettre fin à mon rêve d'être policière, un travail que je fais bien? Est-ce que je devrais l'accuser ou pas? », questionne-t-elle.

« Je suis une policière. J'ai enquêté sur tellement de cas d'agressions sexuelles et honnêtement, je ne savais pas quoi faire », ajoute Mme Davidson. « Ce sont les victimes qui se retrouvent en procès, pas ceux visés par des accusations. Ce sont les victimes qui doivent aller travailler dans une autre division. »

Mme Davidson a depuis pris sa retraite de la GRC, après 27 années de service.

Un cas qui n'est pas isolé

Un autre ancien agent de la GRC soutient avoir vécu une situation semblable, après avoir quant à lui porté plainte pour harcèlement de la part de son superviseur.

Hugo Desrochers rapporte avoir vu la situation se retourner contre lui, alors que le corps de police a rejeté sa plainte et critiqué son comportement.

« Je m'étais fait dire que ce n'était pas du harcèlement. C'était juste un conflit de personnalité que moi j'avais avec l'officier », confie-t-il.

Je n'en revenais pas que quelqu'un puisse me dire que c'est moi qui avais un conflit avec [cet officier] quand je n'en avais pas. J'aurais pu travailler avec cet individu-là n'importe quand.

Hugo Desrochers, ex-agent de la GRC

Estimant qu'il ne pouvait plus progresser dans son milieu de travail, malgré ses 26 années de service, M. Desrochers a décidé de prendre sa retraite de la GRC.

Des plaintes non fondées comme représailles?

Par ailleurs, Linda Davidson avance que des plaintes infondées seraient parfois déposées par des agents de la GRC pour se venger de leurs collègues.

Elle a elle-même fait face à des allégations non fondées de harcèlement. L'enquête a duré 13 mois et le processus a été difficile pour elle. « J'ai été totalement disculpée », souligne-t-elle.

Pour régler cette situation, elle croit qu'il est nécessaire qu'une unité indépendante soit créée pour mener les enquêtes internes, afin d'éviter que des collègues enquêtent sur d'autres collègues.

« L'enquête ne peut pas être effectuée par quelqu'un avec qui vous travaillez ou avec qui vous pourriez travailler dans le futur, parce qu'il n'y a aucun secret à la GRC », note Mme Davidson.

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