L'ex-dentiste Pierre Dupont, qui s'est recyclé en spécialiste des pieds, va bientôt comparaître devant un comité disciplinaire de l'Ordre des podologues de l'Ontario.

M. Dupont, qui a fait l'objet de plusieurs reportages de La Facture, est accusé d'avoir utilisé des implants non homologués sans le consentement de ses patients et d'avoir outrepassé les limites imposées par sa pratique.

Selon un document obtenu par CBC, l'Ordre des podologues estime que M. Dupont est « incompétent » et dénonce le fait qu'il n'a pas respecté les codes d'éthique et de bonne conduite de sa profession.

Il risque maintenant la radiation à vie ou d'autres sanctions disciplinaires moins sévères comme la mise sous supervision ou l’obligation de suivre des cours sur le comportement professionnel.

Pierre Dupont a longtemps travaillé comme dentiste au Québec, mais il a perdu son droit de pratique en 2005 lorsqu’un patient a subi un arrêt respiratoire sur sa chaise avant de mourir lors de l’hospitalisation subséquente.

Depuis, il s'était recyclé en spécialiste des pieds et pratiquait en Ontario.

L’Ordre a admis Pierre Dupont malgré ses antécédents. Son travail a été supervisé pendant plus d’un an, puis l'Ordre lui a remis un permis pour exercer la profession sans même exiger de voir son rapport d'évaluation.

Or, une enquête de La Facture et de Go Public, une émission du réseau anglais CBC, a montré que le nouveau podologue a facturé par la suite des milliers de dollars pour des implants homologués, alors qu'il refilait à ses patients des implants de sa propre conception, et sans leur consentement.

Certains de ces patients, dont un enfant de 8 ans, souffrent encore des conséquences de ce mauvais traitement. Ils doivent maintenant payer des milliers de dollars pour se faire retirer les implants de M. Dupont, qui ont été conçus dans un atelier d’usinage sans aucune certification médicale.

Témoignage

Erika Brathwaite est allée voir Pierre Dupont en août 2015 pour un problème de pieds plats. Elle a contacté l’émission Go Public en raison des problèmes qu'elle a vécus après l’insertion d’implants, affirmant être plus mal en point qu’avant sa rencontre avec le podologue.

Mme Brathwaite a déposé une plainte contre M. Dupont le 30 novembre 2015, mais elle affirme qu’elle n’a pas été prise au sérieux avant que l'émission Go Public et Radio-Canada amorcent leur enquête en avril 2016.

« Je crois que c’est absolument ridicule, surtout en raison des antécédents de fautes professionnelles de l’individu contre qui la plainte a été déposée », déplore-t-elle.

L'Ordre des podologues de l’Ontario, qui a reçu plusieurs autres plaintes concernant Pierre Dupont, a mis cinq fois plus de temps qu’à son habitude pour rendre une décision, alors que selon son site web, le délai maximum est censé être de 150 jours.

L'Ordre a pris son temps. Ils n’ont pas pris ces allégations au sérieux.

Erika Brathwaite

L'organisme, qui a pour mandat de protéger le public, est également dans l'embarras pour avoir accordé un permis de pratique à Pierre Dupont sans avertir le public de ses antécédents de dentiste au Québec.

Après avoir appris que Pierre Dupont devra faire face au comité disciplinaire de l'Ordre des podologues de l'Ontario, Erika Brathwaite s'est dite soulagée. « Je sens qu'on a finalement donné raison à mes accusations », a-t-elle confié.

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