Radio-Canada et CBC ont appris que Pierre Dupont, l'ex-dentiste radié, devenu podologue en Ontario, a créé et inséré de faux implants HyProCure dans le pied de certains de ses patients. Le podologue a même inséré ces copies modifiées d'implants dans les deux pieds d'un enfant. L'Ordre des podologues de l'Ontario vient de lui interdire de procéder à ces opérations.

Un texte de François Dallaire de l'émission La facture

Maryse Pagé est la maman de Francis Deschênes, un garçon maintenant âgé de 8 ans. Pour corriger les pieds plats de son fils, elle s'est adressée à Pierre Dupont en juillet 2015, à sa clinique Ottawa Foot Practice. Elle y a laissé plus de 7000 $, ce qui inclut les orthèses postopératoires.

L'opération du premier pied s'est bien déroulée. Mais l'enfant a mal réagi à la présence de l'implant. Quelques semaines plus tard, Pierre Dupont a néanmoins inséré un implant dans le deuxième pied.

Le premier pied a continué de faire souffrir l'enfant, tellement qu'il a dû manquer plusieurs jours de classe. En mars dernier, la décision a été prise de retirer l'implant.

« S'il pleurait, c'est qu'il avait vraiment mal. Et moi, j'étais à genoux en train de prier dans la salle d'attente parce que, tout ce que je voulais, c'était qu'il sorte de là », poursuit-elle.

Le garçon claudique toujours, un mois après l'opération.

Un choc

Maryse Pagé a définitivement perdu confiance en son podologue lorsqu'elle a vu, une semaine après cette opération, un extrait annonçant le reportage de La facture sur Pierre Dupont plus tôt ce mois-ci.

« Mon coeur a arrêté de battre », dit-elle. Elle a alors transféré son dossier à un podiatre d'Ottawa, David Greenberg.

Mais le cauchemar de la mère n'était pas fini. Une autre mauvaise découverte l'attendait dans son dossier. Ce n'est pas un authentique implant de marque HyProCure que Pierre Dupont lui a inséré, mais une copie. Le numéro de l'implant ne correspond aucunement aux registres que tient la compagnie GraMedica, responsable de la mise en marché de l'implant HyProCure.

« Quelqu'un a mis quelque chose de mauvais pour mon enfant dans son corps et c'est moi en tant que parent qui a pris cette décision-là pour mon garçon. J'ai un sentiment de culpabilité et d'inquiétude », explique-t-elle.

Selon David Greenberg, le deuxième implant devra être retiré le plus vite possible, car il doute qu'il soit en pur titane.

Un courriel incriminant

Informé de rumeurs voulant que Pierre Dupont ait copié l'original, le Dr Michael Graham, l'inventeur de l'implant, lui a posé directement la question. Dans une conversation par courriel, Pierre Dupont a lui-même avoué le fait. Voici la teneur exacte de cette conversation :

Pierre,

By chance, have you been making a copy of HyProCure and using it in your patients?

Mike

Voici la réponse de Pierre Dupont:

Hello Mike,

I have been using unique stent devices that I did create. I will be happy to talk about this with you in Montreal.

Pierre

Dès la réception de ce courriel, Dr Michael Graham a sommé Pierre Dupont de cesser d'utiliser le nom de HyProCure dans sa clinique. « J'étais bouleversé et anéanti lorsque j'ai lu ce courriel », a déclaré Michael Graham, lors d'une entrevue à ses bureaux à Macomb, au Michigan.

« Je suis très préoccupé pour la santé des patients qui ont reçu ces implants. On ignore tout de la stérilisation de ces implants, déplore-t-il. On ne sait pas non plus si les patients ont reçu un implant adapté à leur état. On ignore combien de patients sont dans cette situation, mais nous allons le découvrir ».

Des cobayes

Indigné, Dr Graham ajoute que Pierre Dupont « a menti à ses patients, les a induits en erreur, leur a inséré un produit expérimental sans que Santé Canada l'ait approuvé ».  

Pierre Dupont a suivi une formation auprès de GraMedica, le fabricant de l'implant, de marque HyProCure, un produit homologué par Santé Canada depuis 2006.

Selon notre enquête, une trentaine de patients auraient reçu ces faux implants, dont Érika Brathwaite, qui a témoigné à La facture le 5 avril dernier. Alors qu'ils croyaient recevoir un implant homologué par Santé Canada, ces patients ont servi, à leur insu, de cobayes pour les expérimentations de Pierre Dupont.

GraMedica étudie ses recours en vue d'une poursuite contre Pierre Dupont.

Dentiste radié, banni du Québec comme podiatre

Pierre Dupont est ce dentiste qui a été radié à vie en 2005 pour avoir entre autres « mis la santé et la vie de ses patients en péril à plusieurs reprises » comme on peut le lire dans une décision rendue par le Tribunal des professions.

Formé en podiatrie au Québec, malgré les réticences de l'Université du Québec à Trois-Rivières, Pierre Dupont est devenu podologue en Ontario. Au Québec, l'Ordre des podiatres refusait de l'admettre dans ses rangs « afin de protéger le public ». L'Ordre des podologues de l'Ontario l'a accueilli, mais sous la supervision d'un podiatre de la capitale, David Greenberg.

Après deux ans de supervision, sans demander au préalable un rapport d'évaluation à son superviseur, l'Ordre des podologues a accordé un permis sans restriction à Pierre Dupont. « Je trouve que mon ordre n'a pas oeuvré à protéger le public en faisant cela », a déploré David Greenberg, lors d'une conversation téléphonique avec La facture.

Pierre Dupont a refusé de répondre à nos questions. Nous voulions savoir si les implants qu'il a « créés » sont homologués par Santé Canada, dans combien de pieds ils ont été insérés, où et dans quelles conditions ils ont été fabriqués.

Dans un communiqué que son avocat nous a fait parvenir, Pierre Dupont explique qu'il « collabore entièrement à l'enquête menée par l'Ordre des podologues de l'Ontario » et que pour respecter le caractère confidentiel de cette enquête, « il serait inapproprié d'en discuter publiquement ». Mais il ajoute qu'« il y a un autre côté à cette histoire. »

Des recours

Les personnes qui ont reçu des implants HyProCure par Pierre Dupont, et qui doutent de leur authenticité, peuvent contacter David Greenberg. L'entreprise GraMedica s'est engagée à les retirer de leurs pieds et à les remplacer par d'authentiques implants HyProCure et ce, sans frais.

Par ailleurs, le cabinet d'avocat Thompson Rogers de Toronto envisage d'intenter un recours collectif contre Pierre Dupont. Jusqu'à maintenant, au moins cinq personnes à notre connaissance ont porté plainte contre lui à l'Ordre des podologues de l'Ontario.

Avec la collaboration de Manjula Dufresne et Rosa Marchitelli de Go Public (CBC)

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