Dans le cadre du lancement cette semaine de la nouvelle émission Vox pop de Radio-Canada, nous nous penchons sur cette pratique, qui fait partie de notre quotidien de consommateurs et de producteurs de contenus médiatiques. Une chose est sûre, la question n'a laissé personne indifférent!

Un texte de Julien Morissette, à l'émission Les malins plaisirs

Définissons d'abord le phénomène. Guy Bertrand, notre conseiller linguistique préféré, définit le vox pop comme étant « les opinions recueillies auprès de simples citoyens dans des lieux publics ou dans des cabines spéciales munies de caméras et de systèmes d'enregistrement de la voix. »

Des « béquilles pour les médias »

Comme un peu de latin n'a jamais fait de mal à personne, vox populi renvoie à « la voix du peuple ». Mais ce même peuple veut-il réellement se voir et s'entendre en ondes? Si vous posez la question aux spécialistes qui s'intéressent aux pratiques journalistiques, vous aurez des réponses plutôt négatives.

Selon Marc-François Bernier, professeur en journalisme à l'Université d'Ottawa, les vox pop représentent « une façon très économique de remplir du temps d'antenne, en plus de donner une impression de proximité au public. »

Même son de cloche chez Alain Saulnier, ancien directeur général de l'information à Radio-Canada. Maintenant professeur invité en journalisme à l'Université de Montréal, il a récemment écrit que « les vox pop sont à [s]on avis des béquilles pour les médias en période de disette. »

De son côté, en étudiant la question du journalisme culturel, l'essayiste et blogueuse Catherine Voyer-Léger écrivait dans son essai Métier critique que « le 1er janvier 2014, le Téléjournal présentait un vox pop sur le Bye Bye 2013, ce qui est sans doute le comble du journalisme culturel à la fois convergent et complètement vide. »

L'opinion des journalistes

En interrogeant quelques reporters de la salle des nouvelles d'ICI Ottawa-Gatineau, il semble que cette aversion des universitaires pour les vox pop soit partagée par un bon nombre de journalistes, qui doivent produire quotidiennement des reportages.

Laurie Trudel, journaliste à ICI Ottawa-Gatineau, exprime une certaine réticence et fait preuve de prudence lorsqu'elle doit recueillir l'opinion des passants. « Le danger est que les gens ne comprennent pas la question et qu'ils répondent un peu n'importe quoi », souligne-t-elle. « Avec nos contraintes de production, ça peut malheureusement devenir la voie rapide... Ça aussi, ça représente un danger. »

Nathalie Tremblay, journaliste depuis 29 ans, a fait des centaines de micros-trottoirs sur une vaste gamme de sujets. Elle croit que le public a réellement besoin de forums pour exprimer ses opinions par rapport aux enjeux d'actualité et de société.

Le point de vue d'un gestionnaire

Selon le chef de l'information d'ICI Ottawa-Gatineau, Yvan Cloutier, les micros-trottoirs permettent d'établir un contact direct avec le public. Il croit que les réponses des « gens ordinaires » permettent d'obtenir un contenu que les journalistes n'auraient pas pu trouver ailleurs, que ce soit auprès des porte-paroles, des politiciens ou des gestionnaires. Ayant lui-même passé de reporter à gestionnaire, il doit souvent débattre de la question avec des reporters, qui remettent en question l'utilité des vox pop.

Le vox pop à l'ère des réseaux sociaux

Marc-François Bernier rappelle que les vox pop ont été valorisés par les spécialistes du marketing des médias à partir des années 1970. Les sections pour commenter les articles et les nouvelles sur Internet et les réseaux sociaux sont donc de dignes héritiers du micro-trottoir.

Les journalistes rencontrés s'entendent pour dire que les commentaires des internautes ne remplaceront pas les vox pop. Le journaliste Patrick Pilon, spécialiste en nouvelles technologies, observe que les internautes se permettent de commenter rapidement et plus abondamment que lorsqu'ils sont devant un journaliste, micro ou caméra à la main.

La pratique du vox pop ne semble pas s'essouffler, malgré les critiques et les nouvelles manières de recueillir l'opinion du public. Qui sait, peut-être qu'un futur André Robitaille animera un Vox Pop 2 dans cinquante ans?

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