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De nombreux obstacles sur la route du bilinguisme officiel à Ottawa

Mercredi dernier, les parlementaires ont rendu un hommage émouvant au député libéral d'Ottawa-Vanier, Mauril Bélanger. Ils ont voulu souligner son courage exemplaire et sa détermination, toujours ardente malgré la maladie, pour défendre les droits des francophones d'Ottawa et de partout au pays.

Il y a deux semaines à peine, alors qu'il recevait le prix Bernard Grandmaître de l'ACFO d'Ottawa, Mauril Bélanger a réitéré sa volonté de voir la Ville d'Ottawa devenir officiellement bilingue.

Mauril Bélanger, tout comme le Mouvement pour une capitale du Canada officiellement bilingue, suggère que la politique de bilinguisme actuelle de la Ville d'Ottawa soit enchâssée dans la Loi de 1999 sur la Ville d'Ottawa, soit la loi constitutive de la Municipalité adoptée à Queen's Park.

Pour ce faire, le conseil municipal pourrait d'abord adopter une résolution demandant à l'Assemblée législative à Toronto de procéder au changement. Deux défis en soi...

Idéalement, les promoteurs d'une capitale officiellement bilingue aimeraient voir le tout réalisé à temps pour les célébrations du 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Il reste à peine un peu plus d'un an pour concrétiser tout cela. Autre défi.

Une politique avec plusieurs exceptions

Le mois dernier, le conseil municipal a confirmé l'embauche d'un nouveau directeur général, Steve Kanellakos.

Si personne ne remet en doute ses compétences de gestionnaire pour occuper le plus haut poste de la fonction publique municipale, il a été incapable de répondre à nos questions en français.

Il promet cependant d'obtenir ces compétences au cours des prochaines années et de se remettre à l'apprentissage du français.

En 2008, M. Kanellakos avait atteint le niveau de bilinguisme requis pour le poste de directeur municipal adjoint. Cependant, impossible de savoir de quel niveau il s'agit, puisque, selon la directrice par intérim des Ressources humaines, Marianne Phillips, « cela constituerait une divulgation de renseignements personnels ».

À moitié bilingue?

En fait, après analyse, sur 21 personnes qui occupent des postes de la haute direction municipale à Ottawa, seulement 6 sont « bilingues ».

Il faut spécifier que neuf sont exemptées de l'application de la politique, soit parce qu'elles occupent le poste de façon intérimaire, soit parce qu'elles sont à moins de trois ans de la retraite - une autre exception de la politique.

Compte tenu de ces exceptions, Mme Philips affirme donc que 50 % de la haute direction est « bilingue », sans préciser encore là leur niveau de bilinguisme. Et avec ce taux, la Ville assure qu'elle respecte la Politique.

Dans les faits cependant, 6 personnes sur 21, équivalent à un taux de bilinguisme de 29 %.

Neuf niveaux de bilinguisme

Une autre question importante est le niveau de bilinguisme recherché chez les employés, surtout ceux de la haute direction, puisqu'ils occupent des postes de leadership et doivent, en quelque sorte, prêcher par l'exemple.

L'évaluation des compétences linguistiques des employés se fait sur neuf niveaux. Et le niveau minimal requis pour être considéré bilingue varie selon le poste.

Voici la description fournie par la Ville d'Ottawa pour décrire le niveau le plus faible et le niveau le plus élevé de bilinguisme. L'échelle décrit aussi toutes les nuances entre ces deux extrêmes :

Débutant 1

  • Expression orale (grammaire/prononciation/vocabulaire/débit) : Dit quelques mots isolés et expressions mémorisées de deux ou trois mots avec beaucoup d'erreurs. La prononciation est inintelligible. Aucun débit - ne doit pas être évalué.
  • Compréhension orale : comprend quelques mots isolés, des phrases simples et courtes sur des sujets personnels énoncés lentement, avec des répétitions fréquentes face à face.
  • Lecture : Lire et comprendre des mots sur des sujets familiers.
  • Expression écrite : Écrire des mots, avec beaucoup d'erreurs, sur des sujets personnels.

Avancé 3

  • Expression orale (grammaire/prononciation/vocabulaire/débit) : Énonce des structures complexes dans toutes les situations générales, avec erreurs occasionnelles. Se fait facilement comprendre. Proche de la prononciation d'un locuteur natif. L'emploi d'un vocabulaire relié au travail permet de faire face sans effort à toutes les situations de travail. Débit presque aussi aisé et fluide que celui d'un locuteur natif.
  • Compréhension orale : Comprend le discours rapide et peu clair sur des sujets généraux et reliés au travail dans toutes les situations.
  • Lecture : Lit et comprend tous les types de textes.
  • Expression écrite : Écrit des textes généraux et reliés au travail avec quelques rares erreurs.

Il y a bilinguisme et bilinguisme...

À quel niveau de bilinguisme la population d'Ottawa est-elle en droit de s'attendre de ses hauts fonctionnaires? Doivent-ils être capables de s'exprimer couramment dans les deux langues officielles? Doivent-ils être simplement capables de comprendre les deux langues?

Quelle proportion de personnel bilingue les citoyens d'Ottawa ont-ils raisonnablement le droit de s'attendre dans la haute direction? 100 %? 50 %? Ou 17 %, soit le pourcentage de francophones dans la capitale nationale?

Et si la politique de bilinguisme actuelle devenait loi, comblerait-elle, automatiquement, les fossés actuels? Ou faudrait-il une nouvelle loi avec des critères plus serrés, moins d'exceptions, moins de nuances dans l'évaluation des compétences réelles de s'exprimer dans les deux langues officielles?

L'expert en droits linguistiques de l'Université d'Ottawa, Pierre Foucher, croit de son côté qu'il faudrait d'abord resserrer les critères, car il serait plus difficile de le faire après.

 

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