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Des conseils scolaires d’Ottawa commanditent un gala de gens d’affaires pour 18 000 $

Plusieurs milliers de dollars provenant des fonds publics ontariens seront utilisés pour commanditer le gala du Regroupement des gens d'affaires de la capitale nationale (RGA), qui se tiendra le 12 mai dans un luxueux hôtel sur la rive québécoise. Ces commandites accordées par deux conseils scolaires d'Ottawa soulèvent des enjeux éthiques, selon des experts, et créent certains malaises.

Un texte de Catherine Lanthier

Le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) est l’un des deux présentateurs officiels du gala, avec une commandite de 15 000 $.

Le Conseil des écoles publiques de l’est de l’Ontario (CEPEO) offre quant à lui une première commandite, à hauteur de 3000 $.

Le gala huppé, qui regroupe les leaders de la communauté d’affaires et salue leurs initiatives, se tiendra au Hilton du Lac-Leamy.

Des commandites qui créent des frictions

Le directeur du RGA, Jean Léger, explique être en train de développer « une grande entente de partenariat avec le CECCE ». Lors d’une entrevue à Radio-Canada, il a invité les autres conseils scolaires « à s’impliquer comme le CECCE l’a fait avec le gala dans d’autres activités. »

La directrice de l’éducation du CEPEO, Édith Dumont, répond cependant que cette approche ne cadre pas avec la philosophie de son conseil scolaire, et n’offrirait pas de commandite allant jusqu’à 15 000 $.

Le CEPEO a aussi l’habitude d’être présent lors du gala du RGA, durant lequel des élèves sont habituellement bénévoles. Mais cette année, malgré cette toute première commandite, ces élèves ne pourront pas y participer.

« Ça permet à des élèves d’être témoins d’un événement économique d’envergure. Alors pour nous, cette année, on a eu une déception, je dois vous avouer », confie Mme Dumont.

Les élèves qui seront bénévoles lors du gala proviendront plutôt exclusivement du CECCE, qui est le plus important commanditaire des deux conseils.

Le RGA justifie cette décision en affirmant que ces élèves des écoles catholiques « ont été les premiers au portillon »..

Trop de latitude accordée aux conseils scolaires?

La politique d’aménagement linguistique de l’Ontario donne à l’école française un mandat de leader dans la communauté. Elle doit notamment développer des partenariats avec des organismes communautaires pour « contrer l’impact de l’assimilation ».

Cependant, la latitude accordée aux conseils scolaires dans la gestion des fonds publics préoccupe la professeure de sciences politiques de l’Université Laurentienne, Aurélie Lacassagne.

Selon elle, une commandite d’un montant aussi élevé que 15 000 $ à un regroupement de gens d’affaires est « une erreur » et « pas forcément approprié ».

Radio-Canada a accordé six jours au CECCE pour expliquer ce choix de commandite, mais le conseil scolaire catholique a finalement refusé de nous accorder une entrevue.

Il a plutôt fait parvenir un communiqué à l’ensemble des médias, lundi après-midi, dans lequel il annonce cette commandite publiquement et en détaille les mérites.

Cette participation représenterait « un premier pas vers une entente plus globale », peut-on lire.

Le directeur de l’éducation, Réjean Sirois, y explique que ce partenariat « permettra aux élèves et au personnel enseignant d'avoir un accès direct aux gens d'affaires » et, par ricochet, qu’elle pourrait permettre aux entreprises francophones de la région d’offrir des occasions de stages, de mentorat ou de conférences à ses élèves, notamment.

Un système à deux vitesses?

L’éthicien René Villemure, qui offre des conseils professionnels à des entreprises et à des institutions de gouvernance scolaire, y voit un « système scolaire à deux vitesses avec des fonds publics ».

D’un point de vue éthique, il estime que les deux parties ont à effectuer « un examen de conscience ». Selon lui, la communauté d’affaires devrait offrir de telles opportunités aux élèves sans qu’elle « ait à récolter ou à prendre des fonds publics pour ce faire ».

« Nous, le RGA, on a besoin de faire nos frais, et des activités comme le gala permettent d’obtenir du financement. Alors, je crois que c’est tout à fait normal qu’il y ait du donnant donnant », rétorque de son côté le directeur général de l’organisme, Jean Léger.

M. Villemure croit cependant qu’il s’agit d’une « forme de gaspillage, parce que ça amène une inflation, une compétition, là où ce n’est pas nécessaire. »

Plus d’un million de dollars en publicités

La compétition entre les conseils scolaires publics et catholiques ne date pas d’hier, puisqu’ils sont financés en fonction du nombre d’élèves qui s’y inscrivent.

Pour la région d’Ottawa uniquement, les deux conseils scolaires francophones prévoient dépenser cette année au total tout près de 1,5 million de dollars pour promouvoir leurs écoles.

Dans le cas précis des commandites, le CEPEO envisage d’y consacrer un peu moins de 30 000 $, tandis que le CECCE ne veut pas chiffrer ces dépenses, puisqu’elles peuvent varier en fonction des opportunités qui surviennent.

La façon dont les fonds publics sont dépensés devrait-elle être davantage encadrée?

« Ce serait peut-être un débat à avoir », estime Denis Vaillancourt, ancien sous-ministre adjoint au ministère de l’Éducation de l’Ontario.

Toutefois, M. Vaillancourt rappelle que l’école a un rôle à jouer dans un milieu linguistique minoritaire. « C’est comme ça qu’on se fait connaître : si on n’est jamais vus, on est oubliés », lance-t-il.

Cependant, l’ancien sous-ministre adjoint pense aussi que le message qui devrait être envoyé au public est simplement « de s’éduquer en français ».

Le climat actuel se rapprocherait plutôt d’une compétition malsaine au sein même de la communauté, estime quant à lui le président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), Denis Chartrand.

Selon lui, un seul système scolaire pour les francophones mènerait à « moins de dépenses sur l’ensemble ».

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