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Des militantes pour le droit des femmes déçues de l’acquittement de deux anciens Gee-Gees

Déception, mais aucune surprise : telle est la vision de militantes ottaviennes devant le verdict de non-culpabilité rendu, lundi, à l'endroit de deux anciens joueurs de hockey de l'Université d'Ottawa accusés d'agression sexuelle.

David Foucher et Guillaume Donovan étaient accusés d'avoir agressé sexuellement une jeune femme de 21 ans dans un hôtel de Thunder Bay dans la nuit du 2 février 2014.

Pour la militante féministe Julie Lalonde, l’acquittement de MM. Foucher et Donovan a un arrière-goût amer de déjà vu.

« Chaque fois qu’on voit qu’un dossier d’agression sexuelle médiatisé, hautement médiatisé, qui se solde par un acquittement, ça fait reculer la cause des femmes de 50 ans », lance-t-elle.

« Le message que ça donne, c’est que les survivantes n’auront pas le goût de porter plainte. Pourquoi passer à travers ce processus judiciaire là, long [...] et par la suite ne pas être écoutée? », renchérit la coordonnatrice des services de prévention et de sensibilisation au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) francophone d’Ottawa, Josée Laramée.

Questions de justice

La juge Chantal Marguerite Brochu devait entre autres déterminer si la relation sexuelle impliquant M. Donovan était non consensuelle hors de tout doute raisonnable.

Tant pour Mme Laramée que pour Mme Lalonde, le procès des anciens joueurs de hockey de l'Université d'Ottawa démontre encore une fois qu’il y a des problèmes avec l’application de la notion de consentement.

« Quand il y a intoxication, il n’y a pas de consentement. Ça doit être un choix libre et éclairé. Elle doit être capable de dire oui avec enthousiasme, sans manipulation », précise Mme Laramée, en rappelant que la plaignante avait consommé de l’alcool le soir des faits allégués.

Pendant la lecture de sa décision, lundi, la juge a soulevé des contradictions dans les témoignages des personnes appelées à la barre durant le procès, en février dernier. De telles contradictions ne seraient toutefois pas anormales.

« C’est possible qu’on n’ait pas des messages congruents, parce qu’il y a eu un stress aigu dans notre vie. Après quatre ans et toutes ces procédures-là, bien entendu qu’il y aura plein de choses qui ne seront pas congruentes, mais ça ne veut pas dire que [la plaignante] a dit oui », croit Mme Laramée, rappelant que quatre années se sont écoulées entre les faits allégués et le procès.

Au-delà de la notion de consentement, ce sont les failles du système de justice en matière d’agressions sexuelles qui doivent être corrigées, croit Mme Lalonde.

« La perception d’innocence jusqu’à preuve du contraire que nous avons signifie pour plusieurs que la victime ment jusqu’à preuve du contraire », estime-t-elle.

Avec les informations d'Antoine Trépanier et Roxane Léouzon

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